Suisse : Les Vallesiana, une plateforme des institutions culturelles au service du patrimoine

Le 07/03/2018 (Mis à jour le 19/04/2018) - Par Alain Dubois
Entrée de l’espace des Vallesiana (photo : Michel Bonvin, Sion/Lausanne)

Le Canton du Valais, en Suisse, a lancé un projet documentaire qui réunit les Archives de l’État du Valais, la Médiathèque Valais et les Musées cantonaux. Les Vallesiana proposent aujourd’hui un guichet d’accès unique au patrimoine de la région.

[De notre correspondant à Genève]

La création du Service de la culture en 2005, en Suisse, a été l’occasion pour les Archives de l’État du Valais, la Médiathèque Valais et les Musées cantonaux de réfléchir à une intensification de leurs collaborations. Cette réflexion a consisté à examiner les possibilités de synergies et à envisager le développement de prestations et de produits communs dans les domaines de la collecte, de la conservation, de la communication et de la mise en valeur du patrimoine documentaire valaisan. Le tout, dans le strict respect des missions et des spécificités propres à chaque métier.

Parmi les projets réalisés, citons l’ouverture en mai 2011 d’une plateforme de pérennisation et d’archivage commune pour les collections numériques et numérisées de ces institutions, la mise en ligne en octobre 2014 du moteur de recherche fédérée Vallesiana ​ou la réalisation en 2015 de « Passez à l’Acte ! 1815, das Wallis und die Schweiz », première exposition transversale proposée dans le cadre du bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération.

D’autres projets sont par ailleurs en cours de réflexion et de développement dans les domaines de la mémopolitique et des publications.

Guichet d’accès unique

L’ouverture des Vallesiana aux Arsenaux, à Sion, en mai 2016, constitue le point d’aboutissement des collaborations initiées depuis 2005. Il s’agit d’un espace inédit à ce jour dans le domaine de la conservation du patrimoine. Il a pour ambition d’offrir non seulement un guichet d’accès unique au patrimoine détenu par les institutions culturelles cantonales, mais également des prestations communes dans les domaines de la communication et de la mise en valeur de celui-ci.

Le changement de perspective est ainsi complet par rapport à la situation antérieure. Désormais, les institutions mettent en commun leurs sources et ressources pour offrir à leurs publics différents produits et prestations dans le domaine du patrimoine valaisan. Un exemple permet d’illustrer ce changement de philosophie. Toute personne qui auparavant souhaitait travailler sur le peintre Edmond Bille (1878-1959) devait se rendre aux Archives de l’État du Valais pour y dépouiller son fonds d’archives et à la Médiathèque Valais pour y étudier son travail d’affichiste ou d’illustrateur.

Avec cette nouvelle organisation, le tout est consultable dans l’espace des Vallesiana. Le changement est certes exigeant, mais il offre une cohérence et une pertinence indéniables du point de vue du public. Pour ce faire, il a notamment nécessité l’organisation de nombreuses formations internes et a demandé de la part des collaborateurs la capacité de renseigner sur les fonds et collections de toutes les institutions culturelles cantonales. Il s’agit du reste à ce stade d’un « work in progress », puisque les Musées cantonaux rejoindront la structure d’ici quelque temps. L’objectif final est néanmoins clairement défini et il est atteint par étapes successives.

Les Vallesiana offrent ainsi au public un espace d’accueil et de renseignements géré par une équipe d’archivistes et de bibliothécaires, et un espace de consultation des fonds des Archives de l’État du Valais et des collections de la Médiathèque Valais. Dans un proche avenir, ils seront complétés par des fonds d’artistes et de certaines collections des Musées cantonaux, ainsi que d’une bibliothèque de référence sur l’histoire valaisanne dans ses multiples dimensions.

Une fabrique de l’histoire valaisanne

Les Vallesiana ont pour ambition de devenir une véritable fabrique de l’histoire du Valais, qui mérite d’être davantage étudiée et soutenue. Ce besoin est du reste d’autant plus légitime et nécessaire dans un canton non universitaire, qui reste très souvent hors des réseaux universitaires traditionnels. Cette fabrique de l’histoire passe par la réalisation de plateformes thématiques qui mettent en lumière des aspects particuliers de l’histoire valaisanne et dont la documentation est conservée par les institutions culturelles.

Inaugurée à la fin du mois d’avril 2017, la première d’entre elles est dédiée à l’émigration valaisanne. Elle prend la forme d’un espace physique au sein des Vallesiana. Celui-ci met à la disposition du public intéressé des ressources documentaires sur cette thématique. En parallèle, elle est accompagnée d’un site dédié, accessible en ligne, où sont notamment présentés un historique de l’émigration valaisanne, un moteur de recherche spécifique et des expositions virtuelles. Une plateforme similaire consacrée au Rhône est en cours d’élaboration.

Les Vallesiana apportent par ailleurs leur soutien à la recherche par l’attribution de bourses de soutien à des chercheurs débutants et confirmés, qui ont pour objectif général de renforcer le secteur de la recherche de niveau scientifique en lien avec le patrimoine conservé par les institutions culturelles cantonales. Les premières bourses ont ainsi été attribuées au début de l’automne 2017 à des projets consacrés aux internements administratifs et aux pollutions industrielles en Valais au XXe siècle.

Le défi de la coordination

Les Vallesiana ont enfin pour ambition de devenir un lieu de rencontres et d’échanges entre les associations et les personnes intéressées par le patrimoine valaisan. Cela passe certes par la mise à disposition de salles de travail et de réunion dans l’espace des Vallesiana, mais surtout par la volonté de réunir les professionnels et les amateurs de patrimoine. Au final, l’objectif est de permettre à tout un chacun de mieux connaître et surtout de mieux s’approprier son histoire individuelle et collective.

Un conseil de direction des Vallesiana, composé des trois directeurs des institutions culturelles cantonales, assure en outre la coordination opérationnelle et stratégique des Vallesiana au cours de réunions mensuelles. C’est ainsi dans ce cadre que sont réglés les problèmes liés à la gestion des espaces, décidés les projets à réaliser et planifiés les développements futurs de la structure. L’existence de cet organe de discussion et de décision est, en tous les cas, décisive dans une période de consolidation et d’amélioration continue de l’organisation quotidienne et des prestations proposées par les Vallesiana.

Meilleure visibilité du patrimoine

Au final, les collaborations initiées entre les Archives de l’État du Valais, la Médiathèque Valais et les Musées cantonaux voici dix ans ont permis le développement de prestations et de produits originaux et cohérents, la rationalisation des processus de travail et une meilleure utilisation des ressources financières et humaines.

L’ouverture des Vallesiana en mai 2016, plateforme de prestation commune dans les domaines de la communication et de la mise en valeur du patrimoine valaisan, constitue de ce point de vue un premier point d’aboutissement.

Le tout contribue aujourd’hui à une meilleure visibilité du patrimoine détenu par les institutions culturelles auprès des publics ; l’augmentation significative de la fréquentation des Vallesiana constitue de ce point de vue un excellent curseur de son succès. Elle révèle en même temps la nécessité de consolider la structure pour lui garantir un avenir serein.

Alain Dubois (archiviste cantonal et directeur opérationnel des Vallesiana)

NB : cet article a fait l'objet d'une première parution sur le site Arbido.

Ce sujet vous intéresse? Retrouvez-en davantage dans les Magazines Archimag !

Au sommaire

- Rentrée 2016 : les formations se mettent à jour
- Ifla 2016 : rendez-vous actif des bibliothécaires du monde
- La dématérialisation, est-ce déjà la fin ?​
- Logiciels de gestion de projet collaborative : le grand bond en avant !

DOSSIER Métiers de l’information : visages de la francophonie

Et si l’on élargissait notre horizon ? En France, archivistes, bibliothécaires, documentalistes, veilleurs ont des identités souvent bien arrêtées, parfois des racines historiques profondes, mais qu’en est-il au-delà des frontières ?

Et aussi :
- Face à la fraude documentaire, des outils pour réagir
- La gratuité, c’est le vol
- Open access, une voie royale pour le partage de la connaissance​​
- Gestion documentaire : quatre solutions au banc d’essai
- Accueillir des publics dans les services d’archives
- Les nouvelles obligations pour la cession de droits d’auteur
- Applications de sécurité pour smartphone
- Portrait de Gaëlle Béquet, Madame les Présidentes
- Déconnexion numérique pour (presque) tous !
+ Archimag store et Archi...kitsch

  ou  Abonnez-vous

À lire sur Archimag