Xavier Galaup, directeur adjoint à la médiathèque départementale du Haut-Rhin « Il est temps d’inscrire la médiation dans les fiches de poste et dans notre planning de travail » (DR)
« Il est temps d’inscrire la médiation dans les fiches de poste et dans notre planning de travail »
Comment définiriez-vous la médiation numérique ?
La médiation consiste à favoriser l’appropriation des contenus par leur destinataire, c’est-à-dire mettre en relation des usagers avec les contenus qu’ils cherchent, voire leur faire découvrir l’inattendu. Le volet numérique de la médiation est plus complexe car nous faisons face à une profusion et une dispersion des contenus alliés à une expertise plus grande des usagers et un besoin de personnalisation croissant. L’enjeu de la médiation numérique est alors de ratisser large pour diffuser avec précision, tout en ayant une personnalité capable d’attirer l’attention. Ce qui implique de reformater les contenus et même d’en produire, par exemple des synthèses qui renvoient vers différentes ressources numériques. La médiation numérique est plus complexe que la médiation physique où l’interlocuteur est en face de soi et qu’on peut dialoguer facilement afin de bien cerner la demande. En dehors des dialogues en ligne ou d’un service de questions-réponses, la médiation numérique est d’abord une sorte de prescription mais avec une dimension plus interactive.
« La finalité de la médiation numérique est d’être mise à profit des services physiques », estime Lionel Dujol, responsable de la médiation numérique à la médiathèque du pays de Romans. Qu’en pensez-vous?
Son point de vue est même plus large puisqu’il évoque dans des journées d’études une vision globale de la médiation : ce qui sert à la médiation numérique doit être utile à la médiation physique et réciproquement. L’idée, que je partage, est d’avoir une politique éditoriale globale pour son établissement : l’ensemble des actions de médiation doivent raisonner sur les deux plans avec au minimum un renvoi de l’un à l’autre. Pour prolonger, je dirais que les bibliothèques devraient avoir une stratégie à 360° sur leurs activités : de l’achat aux animations en passant par la médiation et les services. Ce qui manque un peu aujourd’hui dans le foisonnement des expériences.
Le phénomène de médiation numérique réoriente-t-il le gestionnaire de l’informationi vers des tâches à plus forte valeur ajoutée, en en faisant davantage un prescripteur qu’un exécutant?
Oui, mais cela représente une révolution de notre métier et de nos habitudes professionnelles. C’est parfois plus confortable d’être un simple exécutant plutôt qu’un acteur de médiation numérique. La dimension numérique ajoute une difficulté car les outils numériques font un peu peur aux bibliothécaires. Une appréhension qui peut être levée grâce à des formations. Faire de la médiation numérique implique un engagement personnel plus fort, par exemple écrire un avis ou un articlei et le signer. Ce qui n’est pas très confortable car on s’expose, même s’il ne faut pas non plus fantasmer sur les milliers d’internautes qui vont nous lire.
Alors, pas de médiation numérique sans web 2.0i?
Effectivement. Mais je dirais plutôt pas de médiation numérique sans outils du webi faciles à utiliser. Je pense aux CMS, blogs, wikis, messageries instantanées, forums, les catalogues enrichis et dynamiques permettant la contribution des bibliothécaires et des internautes, les blogs et CMS, les réseaux sociaux à condition d’être plus qu’un outil de communication verticale et les wikis.
Qu’en est-il au sein de votre structure, la Bibliothèque départementale de prêt du Haut-Rhin?
Le besoin s’est fait sentir d’un poste de médiation numérique à la médiathèque départementale du Haut-Rhin en lien avec le portaili des bibliothèques du Haut- Rhin. Calice68 est un très bel outil de médiation numérique dont se sont déjà emparées les différentes bibliothèques du Haut-Rhin. Pour le coordonner, le faire vivre davantage et le développer, un poste est apparu nécessaire. Il lui reviendrait, dans un fonctionnement collaboratif, de synthétiser les articles à la une, rédiger et susciter des critiques ou des articles de bibliothèques, accompagner les bibliothèques dans leur usage quotidien de l’outil, mettre en place des sousdomaines spécialisés fonds local, musique, jeunesse…
La pratique d’une démarche de médiation numérique requiert-elle des formations, l’acquisition de compétences spécifiques et nouvelles pour les professionnels des bibliothèques?
Les formations pour entrer dans la médiation numérique sont, d’une part, la familiarisation avec ces outils du web 2.0 avec une session plus poussée selon les outils pratiques à utiliser, d’autre part, à l’écriture créative et les règles de l’écriture pour le web. C’est surtout un changement de paradigme professionnel qui est nécessaire : placer la médiation au coeur de notre métier, donc de nos activités quotidiennes, au lieu de se focaliser encore sur le traitement des collections. Ce qui implique d’inscrire cette médiation dans les fiches de poste et dans notre planning de travail.
En ajoutant la recommandation à l’indexationi, la médiation numérique n’introduit-elle pas le subjectif au sein du scientifique, du documentaire?
Je crois que le subjectif n’est jamais très loin quand on achète un document ou quand on indexe certains documents même si les chartes documentaires et autres thésaurus veulent encadrer tout cela. La médiation numérique n’amène pas forcément plus de subjectif car il nous faut conserver notre rigueur professionnelle et prendre du recul pour favoriser la rencontre entre l’usager et l’information qu’il recherche. Nous devons rester en mesure de décrire le document et de faire en sorte que la connexion ait lieu avec son usager potentiel.
repères
parcours
Bibliothécaire depuis 1994 et conservateur territorial des bibliothèques depuis 2007, Xavier Galaup a travaillé aux médiathèques de Poitiers et Strasbourg avant d’occuper depuis près de trois ans le poste de directeur adjoint à la médiathèque départementale du Haut-Rhin. Créateur et animateur de la liste de diffusion Discothecaires_fr de 2000 à 2007, de son site associé ainsi que de l’Association des bibliothécaires musicaux de l’Est, il fait partie du conseil d’administration de l’ACIM, l’Association pour la coopération des
professionnels de l’information musicale (2). Xavier Galaup tient par ailleurs un blog de « réflexions, points de vue, débats, variations sur les bibliothèques et leur environnement » (3).
le Far-West de la médiation numérique
S’ils sont deux en France – Silvère Mercier, fraîchement nommé à la BPI, et Lionel Dujol, à la médiathèque du pays de Romans – à occuper la fonction explicite de médiation numérique, Xavier Galaup confie avoir eu l’occasion d’en croiser d’autres lors de formations menées un peu partout en France. Le besoin s’en fait sentir, c’est une évidence,
mais aucune formation, qu’elle soit initiale ou professionnelle, n’y est à l’heure actuelle consacrée. Hors de nos frontières, et malgré la familiarité accrue que présentent les Anglo-Saxons pour les réseaux sociaux et le web 2.0, la situation n’est guère plus avancée.
La protection juridique du patrimoine immatériel de l'entreprise
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