enjeux et pistes d'avenir

Adaptation au monde de l’entreprise, part croissante et déterminante des nouvelles technologies, émergence de nouvelles problématiques de gestion de l’information. À l’heure de l’infobésité et de l’entrée dans les moeurs de la réforme LMD, les enjeux ne manquent pas pour les formations en infodoc.

Guillaume Nuttin Par Guillaume Nuttin,
rédacteur archimag.
01/03/2007
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 L’histoire des formations en infodoc est encore très contemporaine. Si l’Union française des organismes de documentationi, l’association professionnelle pionnière des documentalistes, voit le jour en 1931, il faut attendre l’immédiat après-guerre pour trouver la première structure de formation. Rattaché aux Conservatoire national des arts et métiers, l’Institut national des techniques de la documentation (INTDi) naît ainsi en 1950, proposant un diplôme public. Dès lors, les trente glorieuses constituent le cadre de la multiplication des formations universitaires. Lespremiers IUT de documentation datent de la fin des années1960, les premiers diplômes de troisième cycle, les DESS, de la fin des années 1970. En quoi consiste aujourd’hui l’enseignement de l’infodoc ? Il vise à préparer des documentalistes, des bibliothécaires, des concepteurs et des administrateurs de bases de données et d’applications webi, des veilleurs ; en bref, des gestionnaires de l’informationi sous toutes ses formes. « Être documentaliste aujourd’hui, c’est avoir le choix de plusieurs métiers au sein d’une profession », comme l’écrivait Laurence Briot dans Archimag il y a dix ans.
 

l'Ecole européenne d'intelligence économique

«Nourri par mes différentes expériences en entreprise, je suis convaincu de l’utilité de l’IE. C’est une matière neuve dont les méthodologies sont déjà très opérationnelles, non seulement pour permettre aux entreprises de se protéger, mais aussi de sedévelopper. Notre démarche pédagogique n’a qu’un objectif : professionnaliser les étudiants pour trouver un emploi »,explique sur le site de l’école son directeur et fondateur, Benoît de Saint-Sernin. Installée au château de Versailles, l’école accueille une quinzaine d’élèves de niveau bac+4 et présentant un excellent niveau de langues. Payante – un peu moins de dix mille euros par an, l’équivalent d’une école de commerce –, la formation ne comporte que deux jours de cours par semaine, le reste du temps étant consacré à des cas pratiques émanant directement des entreprises.
 
Cette multiplicité des métiers de l’infodoc justifie-t-elle l’actuel émiettement des formations ? On dénombre en France pas moins d’une vingtaine de bac+2, DUT et DEUST, une vingtaine de licences et une vingtaine de masters. Y sont dispensés des cours de techniques documentaires – catalogagei, veille, création et recherche sur bases de données –, des cours de langage documentaire et d’informatique documentaire – logiciels de Gedi, usage d’interneti et des moteurs de recherche, formats électroniques tels le XMLi. Or, la teneur de l’enseignement y est contestée : « Ce sont les fondements mêmes de ces formations qui sont à revoir. Parce qu’on ne forme pas aux fonctions documentaires, mais aux techniques. En d’autres termes, on s’attache plus à expliquer le comment ça marche que le à quoi ça sert » estime Didier Frochot, formateur et consultant. L’idéal réside-t-il dans une parcellisation des savoir-faire se matérialisant dans des formations très spécifiques ? Car parmi la foultitude des enseignements en infodoc, on distingue les formations généralistes et celles qui s’attachent àun domaine précis. C’est essentiellement le cas pour laveille et l’intelligence économique [voir encadré]. Un compromis entre ces deux attitudes constitue sans doute la solution la plus appropriée : ne peut-on pas imaginer un tronc commun de type ingénierie de l’information, consacré aux techniques et aux outils, suivi d’une spécialisation dans l’un des domaines de l’infodoc, tels que la bibliothéconomie, l’archivistiquei ou la veille ?
 
la réforme LMD

C’est précisément dans cette direction que la réforme LMD – pour licence-master-doctorat, correspondant à l’application du même standard universitaire aux pays de l’Union européenne – a permis à la plupart des masters de s’engager.
Néanmoins, le reproche principal adressé aux formations en infodoc concerne leur déconnexion du monde de l’entreprise. C’est certain pour les formations de type DUT ou DEUST : « Le tremplin vers l’entreprise que constituait le bac+2 ne suffit plus aux étudiants face à un marché du travail où les employeurs exigent non seulement des compétences techniques, mais aussi une connaissance de la vie de l’entreprise », explique le magazine 01Informatique en évoquant les DUT en informatique. La problématique est similaire pour les formations bac+2 de l’infodoc. En revanche, l’accusation devient de moins en moins avérée pour les formations supérieures, essentiellement masters et écoles spécialisées. En effet, toutes ont intégré dans leur enseignement un stage en entreprise d’une durée d’environ six mois, durant lequel l’étudiant met en oeuvre un projet documentaire– audit, déploiement d’une solution, migrationi d’un portaili, élaboration de procédures documentaires. La véritable clé du succès reste à trouver dans la spécialisation du professionnel de l’infodoc dans un domaine d’activité. Nul ne peut gérer efficacement l’information sans en maîtriser le sens et les enjeux. Là encore, d’un décloisonnement entre les formations et le monde de l’entreprise découle cette exigence. Certaines formations vont même plus loin et se déroulent directement au sein de l’organisation professionnelle comme la nouvelle Inai Sup. Deux ans durant, les étudiants traitent de la documentation d’un fonds et l’ingénierie documentaire, de la gestion des bases de données audiovisuelles et des flux numériques, des politiques de valorisation des ressources audiovisuelles et numériques dans le monde de la télévision et d’internet; pour ainsi se former à la fois à la gestion de l’information et aux spécificités des métiers de l’image.
 
informatique et documentation,une question de dosage

Fabien Torre, docteur en informatique, maître de conférence à l’université Lille 3 etresponsable pédagogique du master Gide (gestion de l’Information et de ladocumentation en entreprise), nous éclaire sur cette synergie particulière.
 
Archimag. Informatique et documentation se côtoient dans les masters Gide et ID (Informatique et Document). Comment expliquez-vous cette synergie ?
 
Fabien Torre. Le master Gide, auparavant DESS, existe maintenant depuis près de vingt-cinq ans. Ses responsables successifs ont toujours eu la volonté d'associer les enseignements en documentation à de solides cours d'informatique. Cela est sans doute lié à son ancrage fort dans l'UFR Idist (information, documentation, information scientifique et technique). Quant au master ID, qui enverra sa deuxième promotion sur le marché du travail en juin prochain, il est né de certaines missions de stage proposées par de grandes structures à partir des années 2000. Nos étudiants de Gide, les plus susceptibles de répondre à la demande, étaient recrutés, mais de nombreuses compétences restaient à acquérir sur le tas. La problématique reste celle du passage d'un format propriétaire à un format ouvert, d'abord pour le stockage de documents, puis pour leur diffusion via différents médias. Le master ID s'est construit sur ces thèmes.
 
En quoi le master ID se différencie-t-il du master Gide ? Revendiquez-vous pour ledésigner le terme de master XML ?
 
La différence essentielle porte sur le dosage doc-informatique : plus de doc pour le Gide, plus d'informatique pour le ID. Les deux partagent certains cours, comme ceux de gestion de projets. Nous ne nous sommes jamais battus pour le titre de master XML. L’appellation s'est répandue parmi les étudiants et les professionnels. Elle est justifiée et nous l'assumons puisque une centaine d'heures de cours est consacrée chaque année aux technologies XML. Cependant, elle ne doit pas masquer le fait que nos étudiants ne sont pas de purs informaticiens. Nous ne revendiquons pas pour eux l'étiquette informatique XML, plutôt une double compétence XML et documentation. À ce sujet et à l'image du Gide, nous avons souhaité que le master ID soit dirigé par un informaticien, Marc Tommasi, et un spécialiste des sciences de l'information, Dominique Cotte.
 
Qu'a changé la réforme LMD ?
 
Le passage en LMD a produit un avantage indéniable pour le master ID. Il nous a permis de penser la formation sur deux années universitaires complètes. Revers de la médaille, les étudiants doivent s'engager pour deux ans, dès la sortie de la licence. Il devient difficile d'accepter en deuxième année des étudiants qui auraient suivi la première année d'un autre master.

Tags : Archimag 202

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