En 2009, 60 000 livres numériques ont été téléchargés sur le site de la Fnac. Un chiffre modique par rapport aux 50 millions de livres physiques vendus la même année par l’enseigne. Mais ces modestes ventes n’ébranlent pas la conviction de ses dirigeants : « Le livre numérique est un dossier stratégique pour les années à venir, les ventes ne feront que croître », assure Marie-Pierre Sangouard, directrice du livre à la Fnac.
Il suffit d’ailleurs de constater la frénésie qui a saisi les constructeurs de tablettes et les éditeurs de contenus pour comprendre que les lignes sont en train de bouger. Lors de la foire du livre de Frankfort, tenue au mois de septembre 2009, une enquête révélait l’état d’esprit du monde de l’édition : pour 50 % des éditeurs, 2018 sera l’année charnière où les ventes de contenus numériques dépasseront en valeur celles des supports papier.
Pas la peine d’attendre 2018 pour observer l’avalanche de nouveaux modèles qui ont été présentés ces derniers mois. À tout seigneur, tout honneur, la tablette Ipad présentée par Apple le 27 janvier 2010 a fait l’effet d’une bombe. Comme d’habitude, la firme de Cupertino a conçu un magnifique objet doté de nombreuses fonctionnalités : outre la possibilité de lire des livres au format numérique, celui-ci permet la navigation sur internet, l’accès aux messageries, la lecture de vidéos et de photos, les jeux et les dizaines de milliers d’applications App Store. Le tout dans un appareil dont la taille est à peu près celle d’une feuille A4 pour une épaisseur de 1,3 cm et un poids de 680 grammes.
Pour télécharger des livres électroniques, l’heureux possesseur d’un Ipad devra se rendre sur une plate-forme de téléchargement baptisée Ibookstore qui fonctionne sur le modèle de l’Itune. Après avoir ouvert un compte, le lecteur-internaute accédera aux fichiers numériques de ses livres préférés. Mais à ce jour, peu d’informations ont filtré sur l’offre éditoriale et commerciale ; tout au plus sait-on que « l’Ibookstore proposera les livres des grandes maisons d’édition, mais aussi les livres d’éditeurs indépendants ».
Bonne nouvelle, le Ipad accepte les fichiers ePub, un format ouvert utilisé comme standard par les livres électroniques. Mauvaise nouvelle, Apple a décidé de verrouiller ces fichiers ePub avec ses propres DRM (protection technique des droits d’auteur). Cela signifie qu’il sera impossible de transférer des livres numériques du Ipad vers une autre liseuse et vice-versa. Une pratique de verrouillage courante chez Apple qui insupporte jusqu’aux plus fidèles clients de la marque à la pomme.
Côté design, fonctions et ergonomie, la tablette d’Apple est déjà placée en orbite par rapport à ses concurrents. Mais le rêve a un prix : l’Ipad devrait être commercialisé à partir de 499 euros. Soit 200 euros de plus de que les liseuses stricto sensu.
Il n’y a pas que Apple dans la vie. D’autres outils vont bientôt faire leur apparition sur le marché : la tablette Que (prononcer Qiuu) est proposée par Plastic Logic, un constructeur connu pour avoir déjà réalisé des prototypes de livres électroniques flexibles. Splendide liseuse tactile, Que n’a pas grand chose à envier à Apple en ce qui concerne la beauté plastique. Côté éditorial, cette tablette donnera
accès au catalogue de l’éditeur Barnes & Noble.
Microsoft, de son côté, n’est pas en reste. Son PDG, Steve Ballmer, a récemment dévoilé une tablette qui offrira un écran tactile en couleurs et des capacités multimédias dédiées à la vidéo, à la musique et aux jeux. Sans oublier la fonction livre électronique.
Quant à Google, ses développeurs ne restent pas les bras croisés. Des visuels opportunément mis en ligne par la firme de Mountain View ont montré une tablette fonctionnant avec le système d’exploitation Chrome OS. Cette tablette pourrait être l’outil idéal pour accueillir les livres que Google numérise par dizaines de millions aux quatre coins du monde...
On le voit, toutes ces tablettes proposent un écosystème très riche mais le ticket d’entrée se situe à 500 euros pour les modèles de base ! De quoi laisser de la place aux acteurs historiques du livre électronique : Sony, Kindle, Irex, Bookeen qui, avec leurs liseuses traditionnelles, proposent des produits moins sexy mais bien plus accessibles : compter de 100 à 300 euros selon les modèles. Pour 85 euros, on peut même se procurer le Wikireader, un lecteur qui embarque les 900 000 articles de l’encyclopédie Wikipedia en français !
Cependant, de nombreux observateurs estiment que les liseuses se feront rapidement dévorer par les tablettes. Selon le cabinet Gartner, les appareils qui n’ont d’autre fonction que d’afficher du texte ne résisteront pas longtemps aux tablettes multitâches communicantes.
Du côté de l’offre éditoriale, les choses bougent également mais en ordre dispersé. À ce jour, il existe une multitude de plates-formes de téléchargement : Numilog pour Hachette, Eden Livres pour Flammarion, Gallimard et La Martinière, e-Plateforme pour Éditis et Média Participations... sans compter les plates-formes gérées par la Fnac et e-Pagine.
Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette, préconise un point d’accès unique qui permettrait aux usagers de télécharger des livres numériques à partir d’une seule plate-forme. Les libraires et les grandes chaînes de distribution réclament également la création d’une plate-forme interprofessionnelle unique.
Le Syndicat des distributeurs de loisirs culturels (SDLC) demande par ailleurs que la loi sur le prix unique du livre soit étendue au livre numérique afin d’éviter une guerre des formats.
Les professionnel du livre se sont rendus à l’évidence : la multiplication de sites de téléchargement risque d’entraver le développement du livre électronique en France alors qu’outre-Atlantique, ce marché commence à engranger des revenus prometteurs.
Reste à résoudre la délicate question des tarifs. Le 31 janvier 2010, la justice a imposé à Amazon de mettre un terme à sa politique de bas prix sur la vente de livres électroniques. Le site de vente du libraire en ligne – également fabricant de la tablette Kindle – proposait un prix moyen de 9,99 dollars par titre en version numérique. À l’initiative de l’éditeur Macmillan, les tribunaux ont estimé que le prix de vente devait être fixé à entre 12,99 et 14,99 dollars.
Un coup dur pour Amazon qui, avec une librairie électronique à prix bradés, a déjà vendu près de trois millions de Kindle. Selon Jeff Bezos, fondateur et patron de l’entreprise, Amazon vend aujourd’hui six livres au format numérique pour dix livres en papier.
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