Un tiers des bibliothécaires refuse de travailler plus tard le soir et le dimanche

Le 22/02/2018 - Par Clémence Jost
Xavier Galaup, président de l'Association des bibliothécaires de France (ABF) se dit optimiste face à ces résultats, persuadé que le dialogue sur le terrain favorisera le volontariat. (Pixabay/Klimkin)

"Aura-t-on une compensation financière et des récupérations ?", "jusqu'à quelle heure faudra-t-il travailler ? Et tous les soirs ?", "la collectivité est-elle prête à nous donner suffisamment de moyens financiers ?" Au delà de la volonté ou non de modifier leurs rythmes et horaires, les inquiétudes des bibliothécaires sont nombreuses.

La machine est lancée. La question de l'élargissement des horaires des bibliothèques et de leur ouverture le dimanche, qui court depuis des années, vient d'être actée par le gouvernement : à l'occasion de la remise du rapport Orsenna, le mardi 20 février, un "plan national pour les bibliothèques" visant un élargissement de leurs horaires d'ouverture a été annoncé.

Si celui-ci prévoit qu'un diagnostic territorial soit réalisé afin d'évaluer localement les besoins des usagers et les moyens mis à disposition, Archimag s'est demandé ce qu'en pensaient les professionnels de terrain. Car ce sont bien les 38 000 agents (et les 82 000 bénévoles) qui devront adapter leurs rythmes de travail, et donc leur vie personnelle, à cette décision. Sont-ils prêts à travailler plus tard le soir et le dimanche ? Et sous quelles conditions ? 750 bibliothécaires ont répondu à notre enquête en ligne lancée mardi dernier. Celle-ci révèle qu'un bibliothécaire sur trois ne souhaite pas étendre ses horaires de travail (33 %). Pire, près d'un bibliothécaire sur deux (43 %) refuse catégoriquement de travailler le dimanche. Des chiffres qui ne semblent pas inquiéter l'Association des bibliothécaires de France (ABF), qui se montre optimiste. 

Pas à n'importe quel prix 

De tels résultats prouvent donc que deux bibliothécaires sur trois seraient prêts à travailler plus tard le soir : en effet, aux 30 % de bibliothécaires ayant répondu "oui", s'ajoutent les 37 % ayant répondu "ça dépend", c'est à dire qu'ils seraient prêts à étendre leurs horaires de travail sous certaines conditions. Mais quelles sont-elles ?

Moyens mis en oeuvre, compensations salariales, jours de récupération ou encore fréquence des "nocturnes"... certains bibliothécaires seraient prêts à travailler plus tard mais pas à n'importe quel prix. Les suggestions avancées sont nombreuses : "sous condition d'embauche de personnel", "pas après 19h", "pas après 22h", "seulement un soir par semaine", "pour des animations uniquement" ou encore "si c'est en équipe et pas seul" font partie des réponses les plus fréquemment avancées. 

Ne pas faire la garderie le dimanche

Concernant le travail le dimanche, les résultats de notre sondage sont davantage tranchés : seuls 57 % des bibliothécaires seraient prêts à renoncer à leur repos dominical (21 % ayant répondu "oui" plus les 36 % ayant répondu "ça dépend"). 43 % des répondants refusent donc fermement de travailler le dimanche. 

Un certain nombre de répondants hésitants considèrent que les conditions pouvant éventuellement les convaincre à venir travailler le dimanche seraient les mêmes que pour étendre leurs horaires de travail journalier (la réponse "idem" est revenue de nombreuses fois). Pour la plupart des répondants, la fréquence d'un dimanche sur quatre semble acceptable. Et comme pour la question précédente, les conditions de compensation, de récupération et de rémunération sont essentielles. Une grande partie des répondants réclame d'être au moins payée le double le dimanche (ils sont nombreux également à réclamer le triple). D'autres accepteraient de travailler le dimanche si ils ne travaillaient pas le samedi. En règle générale, beaucoup craignent une ouverture "au rabais", c'est pourquoi ils estiment que les conditions d'accueil et les moyens alloués doivent nécessairement suivre une ouverture dominicale. "Je ne souhaite pas faire garderie pour les enfants qui viennent seuls comme les mercredis / samedi / vacances", avance l'un des répondants.  

A la lecture des résultats de notre enquête, il s'avère que la condition d'une analyse préalable des besoins du terrain soit essentielle pour les bibliothécaires qui hésitent à travailler plus tard le soir ou à travailler le dimanche. "Seulement si la bibliothèque est dans un lieu de passage afin de s’assurer d’avoir du public. Je suis dans une ville de moins de 5000 habitants et je ne suis pas sûr de toucher des personnes le dimanche", explique l'un des bibliothécaires prêt à travailler le dimanche. Une condition auquel le diagnostic territorial préalable avancé par le rapport Orsenna semble être la meilleure des réponses. 

Les agents de BU plus souples

Trois bibliothécaires sur trois ayant répondu à notre enquête travaillent dans une bibliothèque publique (75 %) et 20 % dans une bibliothèque universitaire (BU) et de recherche (5 % exercent dans un autre type d'établissement : bibliothèque associative, privée, de musée, d'hôpital, etc ou est encore en formation). Nous avons comparé les réponses parmi les deux catégories principales, et si les tendances sont sensiblement les mêmes, les agents travaillant en BU semblent un peu plus ouverts à un élargissement de leurs horaires et à travailler le dimanche : en effet, 28 % d'entre eux refusent de travailler plus tard le soir (contre 35 % pour les agents de bibliothèques publiques) et 40 % d'entre eux refusent de travailler le dimanche (contre 44 % pour les agents de bibliothèques publiques). 

Qu'en dit l'ABF ?

Nous avons soumis ces résultats à Xavier Galaup, président de l'Association des bibliothécaires de France (ABF), qui ne s'en étonne pas : "De tels chiffres sont compréhensibles, commente-t-il ; car ils dépendent de situations individuelles et familiales. C'est pourquoi prendre le temps de dialoguer avec les agents sur le terrain est indispensable, tout comme la réalisation d'un diagnostic territorial sur les besoins et les rythmes de vie".

Si l'ABF se dit favorable à un élargissement des horaires d'ouverture des bibliothèques, elle admet que l'effort fourni par les agents pour s'adapter à cet élargissement devra être récompensé. Loin d'être pessimiste, Xavier Galaup conclut : "il faudra étudier, sur chaque territoire, quels moyens seront prêts à mettre les collectivités et comment s'adapteront les services de ressources humaines. C'est généralement quand on prend le temps de bien échanger que l'on voit émerger des volontaires".

À lire sur Archimag