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applications à la demande

pas toujours simple, ni économique

patrick brébion
archimag - avril 2008

Après quelques années laborieuses, les parts du marché prises par le logiciel commercialisé en ligne progressent. Les outils de relation client caracolent en tête, suivis par les outils collaboratifs et de stockage. Difficile encore de prédire l’avenir de ce mode d’exploitation logicielle.


« Plus de 40 % des sociétés européennes auront déployé au moins une solution Saas en 2010 », prévoit le cabinet d’analyse américain Saugatuck. Même son de cloche d’après une étude du cabinet Forrester. Les deux cent quinze responsables informatiques interrogés dans cette étude déplorent « des licences et contrats de maintenance trop chers et des modes de tarification peu pertinents ». Encore des prévisions optimistes si l’on en croit les Assises de l’ASP (application services providers), tenues au début de l’année. À cette occasion, Markess International a indiqué que deux tiers des quatre-vingts-cinq éditeurs et autres prestataires interrogés vont basculer vers des modèles en ligne et à la demande dans le cadre d’un baromètre 2008 des prestataires ASP-Saas (software as a service). Le même baromètre signale une croissance de la demande des PME pour ce type de services et un allongement de la durée de contrats. Markess estime que le marché français ASP-Saas atteindra 1,48 milliard d’euros cette année. À l’échelle mondiale, le Gartner prévoit 13,5 milliards d’euros pour 2011 pour le Saas.

le périmètre du secteur

Encore faut-il expliciter le périmètre du secteur. Saas recouvre une notion assez précise : les applications sont installées chez l’éditeur ou chez un de ses partenaires chargé de l’hébergement physique. Elles restent accessibles à travers le web ou des réseaux privés. La commercialisation sous forme de licence assortie d’un pourcentage annuel pour la maintenance est remplacée par une location. Côté éditeur, l’avantage est évident. Il peut faire évoluer sa gamme de logiciels sans avoir à maintenir des versions antérieures, ni le support lié. « Tous nos clients se connectent sur la même application, estampillée par la saison en cours, Spring 2008 pour l’heure », explique Pierre Soria de Salesforce. Les clients disposent à tout moment de la dernière mouture. Autre avantage, l’application peut être hébergée dans les mêmes infrastructures techniques pour plusieurs clients. Pour le client, cette externalisation évite de passer par une étape de mise en oeuvre et limite les coûts d’administration. Pour toutes ces raisons, ce modèle revient moins cher que son équivalent classique, au moins en théorie. Les éditeurs tarifent en général par mois et par utilisateur.
Quelque peu différent, l’ASP signifie que les applications sont hébergées chez le fournisseur. Ceci n’implique pas forcément que la commercialisation d’un service remplace celui d’une licence. « Nous hébergeons et gérons des applications pour le compte de clients qui ont acheté des licences classiques », confirme Philippe Bournhonesque, directeur de la stratégie software chez IBM France. Dans ce cas, ces prestations s’ajoutent aux licences. Autre approche, quelques éditeurs commercialisent leurs logiciels sous forme de location. Et ce,même pour dans le cas où ceux-ci sont installés directement chez le client.
En 2007, environ un tiers des éditeurs ont proposé des logiciels à la demande sous une forme ou autre, mais le marché ne semble pas décoller. Une faiblesse relative confirmée par les éditeurs de toute taille. « La part du chiffre d’affaires généré par le Saas reste très minoritaire », rappelle Philippe Bournhonesque d’IBM. Même constat pour Lingway, éditeur de solutions métier de recherche. « Outre la vente de licences, nous proposons quelques-unes de nos solutions, par exemple l’analyse de CV, sous forme de service. Sans démarrage réel de la commercialisation sous cette forme », explique Bernard Normier, PDG de l’éditeur. Par contre, les types d’applications connaissent des succès différents. Globalement, cinq familles couvrent l’essentiel de ce marché : la collaboration, les applications de sécurité et de stockage, les applications de CRM et les applications d’ERM (content et enterprise resource management, respectivement). S’y ajoutent naturellement, les applications de création de sites et tout ce qui touche au web content management. Avec un constat clair : les applications de CRM – marketing, ventes, forces de ventes, etc. – se vendent plus facilementen Saas que les autres.


DR Markess International - Durée moyenne d’engagement pour une application en mode Saas ou ASP (pourcentage de sociétés sur un total de 85 interrogées) Source : Baromètre 2008 Saas-ASP de Markess International

limites techniques…

Si les motivations des entreprisespour remplacer l’achat de licences par celui de services paraissent évidentes, il n’en demeure pas moins de nombreux freins, notamment techniques. La banalisation des applications Saas implique de les interfacer avec celles installées dans l’entreprise; une opération possible maisgénérant un coût de développement parfois rédhibitoire. De plus, quand les connecteurs existent, le fournisseur doit alors maintenir autant de versions que de systèmes d’exploitation et de versions de logiciels. « Ce qui nécessite les ressources d’un éditeur classique pour maintenir ces interfaces », reconnaît Pierre Soria de Salesforce. Techniquement, l’alternative la plus couramment invoquée consiste à s’intégrer via des protocoles techniques, notamment le SOA. Problème, nombre de systèmes d’information ne supportent pas – encore – ces standards. Quelques sociétés proposent depuis des plates-formes techniques pour accélérer l’intégration des briques. Lesaméricains Parallels et Smart Online viennent de lancer un kit de développement baptisé Saas Paralysés. Ce dernier est destiné à regrouper et à faciliter l’administration de plusieurs applications délivrées en mode Saas

.... et financières

Sur un plan financier, le coût du Saas n’est pas forcément plus attractif que les licences pour un nombre important d’utilisateurs. SAP propose SAP Business Bydesign à partir de 133 euros par mois et par utilisateur. Moins connus, Prodware et Divalto éditent un PGI (programme de gestion intégrée, appellation française d’ERP). La version à la demande de Divalto pour PME démarre à partir de 99 euros par mois et par utilisateur.Les tarifs d’un pure player du Saas comme Salesforcedémarrent à 950 euros par an pour dix utilisateurs etmontent jusqu’à 200 euros par mois et par utilisateur en version illimitée, soit 24 000 euros pour dix utilisateurs à l’année. Dernière handicap au développement du Saas, la banalisation de l’open source notamment dans l’ECM et les PGI, avec des solutions comme Compiere, limite également l’intérêt économique de ce choix. Un développement qui pourrait trouver ses limites du côté de la… demande.

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