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info scientifique, technique et médicale : les lignes bougent !

patrick brébion
archimag - novembre 2008

Bousculé par la banalisation d’internet et l’open access, les éditeurs et les intermédiaires multiplient les initiatives afin de capter leur public. Au risque de changer de métier ?

« dans le domaine de l’information scientifique, plus de 50 % du marché est détenu par cinq leaders : Reed Elsevier, Thomson, Wolters Kluwer, Springer et Wiley », constate Paolo Laï, le responsable de la communication de l’Inist (Institut de l’information scientifique et technique du CNRS). La concentration devrait se poursuivre. Sans contester le poids des leaders, « le marché de l’ISTM, l’information scientifique technique et médicale, est vaste et mal cerné. Tout ce qui s’adresse aux professionnels de la santé en fait partie », pondère Rémy Bilbault, le directeur général du pôle santé et action sociale de Wolters Kluwer France. Dans le secteur de l’information professionnelle, le secteur biomédical se détache par son dynamisme. « Les sciences du vivant et la recherche médicale représentent près de 50 % des demandes effectuées auprès de l’Inist », souligne Paolo Laï. Le dynamisme et la concentration masquent des tendances plus profondes, capables de modifier largement le poids respectif de chacun des acteurs et le type de services d’information proposée.
« La banalisation d’internet et du document électronique a bouleversé toute la chaîne du chercheur, producteur de l’information scientifique destinée au client, en passant par les différents intermédiaires, tels l’Inist, des éditeurs de revue, des agences d’abonnement et des bibliothèques universitaires, assure Paolo Laï. Chacun de ces acteurs est, grâce à internet, en mesure de publier directement des informations sans passer par un intermédiaire. Excepté les abonnements aux revues électroniques scientifiques impliquant de recourir aux éditeurs ».

l’open access bouscule

L’une des conséquences les plus évidentes de cette potentialité se concrétise par l’initiative sur les archives ouvertes (openaccess), des articles aux recherches universitaires. Pour autant, la plus grande part du marché de l’information médicale demeure liée à des abonnements payants. « 90 % de l’ISTM correspond à des abonnements à des revues », soutient Rémy Bilbault de Wolters Kluwer. Et le simple fait de publier de l’information dans la langue native assure un marché.
« Une étude, datant de mai 2008 et portant sur l’open access, a démontré que cette approche aboutirait à un transfert entre les pays fortement producteurs de recherches et de publications et ceux consommateurs. Le modèle hybride abonnement payant partiel et accès gratuit partiel devrait s’imposer. L’open access évite la publicité sauvage présente sur les sites dépendants de cette manne financière », ajoute-t-il.
Wolters Kluwer cherche également à développer d’autres modèles économiques , comme le sponsoring classique. Le laboratoire pharmaceutique Bristol Myers Squibb a ainsi financé un ouvrage décrivant l’état de l’art sur le sida, par l’achat de 3 500 exemplaires. « Nous en avons vendu de notre côté 1 500 », précise Rémy Bilbaut. Une démarche témoignant de la volonté des annonceurs de communiquer auprès de leurs prospects, par des voies plus discrètes que la publicité courante. Avec les risques de conflit d’intérêt évidents ! Pour le public, Paolo Laï précise que « les services proposés gratuitement pour les chercheurs du CNRS, de l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale] et parfois pour le grand public,sur des portails comme Bibliovie.inist.fr et Biblioinserm.inist.fr,reposent en grande partie sur des abonnements payants ».
Parallèlement à cette mission de service public de donner accès à l’information, l’Inist produit et commercialise des bases de données, « dans les quelles la santé est fortement représentée et atteint parfois 50 % du volume des bases », détaille Paolo Laï. Pour les vendre, l’Inist dispose d’une filiale dédiée, appelée Inist Diffusion. Quel que soit le dynamisme du marché aujourd’hui, les éditeurs et les intermédiaires tentent de développer de nouveaux services. « Chaque maillon se doit de proposer une valeur ajoutée », résume Paolo Laï.

nouveaux services...

« Nous avons besoin d’intermédiaires pour fédérer l’accès à l’information », insiste Paolo Laï. Une démarche largement adoptée par d’autres intermédiaires privés [Lire l’enquête intitulée Inflation sur les e-abonnements, parue dans le n° 217 d’Archimag]. L’Inist a également fait indexer son catalogue par Google, afin de faciliter la consultation de ses fonds par les chercheurs. Côté privé, Rémy Bilbaut constate que « le pay per view, le paiement à la consommation de fichiers numériques, demeure marginal ». Cela n’empêche pas Wolters Kluwer d’investir dans des projets internet, comme des moteurs de recherche et des portails métier. L’éditeur a récemment lancé deux sites, l’un destiné aux pharmaciens, WKPharma, l’autre aux vétérinaires, WKvet. Une offre stratégique au vu de la réaction de Rémy Bilbaut : « Nous ne communiquons pas le nombre d’abonnés de WKPharma». Service oblige, ces portails proposent de nombreuses nouveautés dépassant la simple livraison de renseignements. On y trouve des informations réglementaires sur le métier concerné, des offres d’emploi, une librairie en ligne, mais aussi un espace, baptisé user generated content, dédié aux professionnels apportant leurs contributions et leurs commentaires.

...ou nouveaux métiers?

Loin de s’arrêter à des services comme la fédération des accès ou le forum métier –permettant aux professionnels de livrer leur avis sur une pathologie et d’identifier plus rapidement les effets secondaires d’un médicament par exemple –, les acteurs étendent leur métier de base. WK-Pharma comptabilise 600 000 visiteurs uniques par an, pour 30 000 pharmaciens en France. « Les portails devraient devenir des plates-formes de rencontres professionnelles. Des modules d’e-learning sont déjà disponibles. Nous avons également des pharmaciens experts capables de répondre aux questions que peuvent se poser les professionnels chargés des officines », explique Rémy Bilbaut. Cela revient à un service de diagnostic en ligne. La volonté de diversification des services est la même à l’Inist. « Nous avons développé un site d’actualités sur la grippe aviaire », rappelle Paolo Laï. L’Inist prévoit de mettre à disposition des chercheurs un portail les autorisant à publier en ligne leurs publications, mais aussi leurs données brutes à l’origine de leurs travaux de recherche, comme l’imagerie médicale et les ressources génomiques.
Une seule chose est certaine : les métiers d’éditeurs, d’agences d’abonnement et autres intermédiaires sont loin d’être stabilisés.

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