e-book mûr cherche contenu riche pour relation profitablearchimag - février 2009 Les livres électroniques arrivent sur le marché français et la concurrence devrait faire baisser des prix encore élevés. Malheureusement, l’offre éditoriale n’est pas à la hauteur tant du point de vue qualitatif que quantitatif.
chaîne du livreCela fait plusieurs mois que le Syndicat national de l’édition organise colloques et tables rondes pour informer les acteurs de la chaîne du livre des enjeux du livre électronique. Un signe ne trompe pas : ces réunions font salle comble et rassemblent éditeurs, journalistes, libraires et diffuseurs. Un public qui prend conscience que la technologie est désormais mature mais qui s’interroge sur le modèle économique qui prévaudra pour les formats numériques. Les éditeurs, à juste titre, mettent en garde contre la dilution du droit d’auteur dans un monde toujours plus numérisé. Résultat, l’heureux possesseur d’un e-book qui aura dépensé autour de 300 euros pour l’acquérir trouve en face de lui une offre éditoriale bien maigrichonne. La Fnac propose un site de téléchargement avec environ deux mille titres. Malgré la promesse d’enrichir cette librairie électronique, l’internaute est bien en peine de trouver le roman ou l’essai qu’il cherche. Il faut dire que l’offre de la Fnac est adossée aux collections du groupe Hachette : Fayard, Grasset, Armand Colin, Calmann-Lévy, Le livre de poche… Or, le PDG du groupe Hachette, Arnaud Nourry, montrait un enthousiasme très relatif lors de la conférence de presse qui annonçait le partenariat entre la Fnac, Sony et Hachette dans le domaine des livres électroniques. Pourtant, le groupe éditorial s’est porté acquéreur au printemps dernier de la société Numilog, spécialisée dans les formats numériques. Un rachat qui confirmait l’intérêt des grands éditeurs pour le livre électronique : « Cette opération est pour Hachette Livre une étape majeure dans sa stratégie numérique », indiquait un communiqué de l’éditeur. vente à la découpeBien que racheté par Hachette Livre, Numilog continue de vendre des e-books sur son propre site. Au total, plus de 55 000 livres en ligne en français et en anglais. Le catalogue francophone est le fruit d’un accord signé avec plus de soixante éditeurs, garantissant ainsi une plus large couverture éditoriale que le catalogue de la Fnac. Autre avantage sur la concurrence, Numilog propose la vente au chapitre comme cela se fait depuis plusieurs années pour la musique – les internautes peuvent télécharger un morceau plutôt que tous les titres d’un album. Cette option à la découpe n’existe que pour un nombre limité d’ouvrages, ceux dont la lecture par chapitres isolés ne nuit pas à la compréhension du livre. Entrent dans cette catégorie les essais et les guides pratiques alors que les romans se lisent de façon linéaire et continue. En revanche, et contrairement à la Fnac qui autorise six copies d’ouvrages numériques, Numilog restreint l’accès au fichier à un seul appareil électronique : celui désigné lors de l’achat.
vitriolFace à une offre éditoriale qui se cherche, les initiatives se multiplient mais bien peu sont en mesure de combler le vide actuel. Nouvel entrant, e-Pagine ne propose pour l’instant qu’un catalogue très modeste – quelques dizaines de titres – provenant d’éditeurs divers : Actes Sud, Éditions de Minuit, Gallimard, Payot… kiosques numériquesLes maisons d’édition ne sont pas les seules à être touchées par le livre électronique. Les éditeurs de presse, déjà frappés de plein fouet par une baisse des recettes publicitaires et une lente mais durable désaffection des lecteurs, réfléchissent à leur survie à l’ère de l’information gratuite. Déjà , des kiosques numériques proposent de télécharger des quotidiens, des hebdomadaires et des mensuels au format PDF. C’est le cas de Relay et de Ebook Factory ; moyennant un abonnement à des forfaits de 9,90 à 17,90 euros mensuels, ils donnent accès à un bouquet plus ou moins fourni de magazines. L’achat peut également se faire au numéro ou par durée – 3 jours, 30 jours, un an. Mais ces fichiers ne pourront être lus que sur ordinateur et ne seront d’aucune utilité pour les possesseurs de livre électronique. L’année 2009 verra-t-elle l’e-book s’installer sur le marché français ? Du côté des fabricants, tout est fait pour cela : Bookeen a largement revu le prix de son pack à la baisse – 280 euros au lieu de 450 euros pour le e-book avec 100 livres préchargés. Foxit Software lancera, aux États-Unis dans un premier temps, un appareil à environ 170 euros. Ce mouvement à la baisse préfigure l’effondrement du prix des livres électroniques, qui ne manquera pas d’arriver, comme cela s’est déjà passé pour les écrans plats et les appareils photo numériques. Du côté des éditeurs, seul Gallimard a annoncé son intention de baisser le coût de son offre numérique et proposer un rabais de 25 % par rapport aux livres papier.
repèresle livre électronique, parti à la conquête de l’OuestCommercialisé depuis le 25 octobre dernier dans les Fnac, le livre électronique PRS-505de Sony [le troisième modèle présenté dans ces pages] se serait écoulé à cinq mille exemplaires après deux mois de mise en vente, selon notre confrère Les Échos. Un chiffre très modeste qui n’empêche cependant pas Sony de déclarer que« les ventes sont en phase avec les objectifs ». où télécharger des livres gratuits ?Bonne nouvelle, les sites de téléchargement de livres gratuits se multiplient. Mais attention, ces sites ne proposent que des oeuvres tombées dans le domaine public ; il ne faut donc pas s’attendre a y trouver des nouveautés…
e-livre, e-book, lecteur, liseuse...?Pas facile pour les francophones de traduire e-book, qui désigne aussi bien le support de lecture, le contenant, que le fichier numérique, le contenu. Doit-on parler de e-lecteur pour qualifier le support électronique à l’image des anglo-saxons qui utilisent le terme e-reader ? La Commission générale de terminologie et de néologie préconise livre électronique pour le support mais ne propose rien pour le fichier numérique. Au Québec, l’Office de la langue française opte également pour livre électronique mais sèche sur le contenu. Un nouveau terme vient de faire son apparition : liseuse… Mais toujours rien pour le fichier numérique. Le concours est ouvert. |



avec le ton qu’on lui connaît, Le Canard enchaîné n’a pas hésité à voler dans les plumes de livre électronique : « Tiens, ils remettent ça ! Ils avaient déjà tenté le coup voilà sept ans. On s’était bien marrés […]. Le vieux livre en papier allait devenir un objet ringard, obsolète, dépassé, ridicule. Ne restait plus qu’à fabriquer les cyberlecteurs. On attend toujours ». L’hebdomadaire satirique fait référence à la présentation du premier e-book lors du Salon du livre 2001, un lancement qui s’était soldé par un échec retentissant. Huit ans plus tard, les livres électroniques sont en passe de réussir leur mue technologique et se révèlent très confortables tant au niveau de la lecture qu’au niveau de sa manipulation. Grâce à l’encre électronique, le lecteur n’éprouve aucune fatigue visuelle et se prend à oublier qu’il lit un livre sur un support électronique. Support qui peut contenir des dizaines, voire des centaines, d’ouvrages et qui présente l’avantage d’une très grande autonomie. On pourrait ajouter l’élégant design de certains modèles et une ergonomie qui gagne en simplicité. Pour autant, à ce jour, le livre électronique ressemble à une coquille vide. Le nombre de livres disponibles au format numérique s’élève à quelques milliers tout au plus. De surcroît, le prix de ces fichiers numériques n’est inférieur que de 10 à 15 % environ par rapport à la version papier… Comme le font remarquer certains observateurs, ce n’est pas ainsi que l’on fera décoller les ventes de livres électroniques. On touche là au noeud du problème: les éditeurs veulent-ils vraiment du livre électronique ? Et sont-ils prêts à proposer des fichiers numériques qui, il est vrai, présentent le risque d’être partagés avec autant de facilité que le sont les fichiers audio et vidéo ? « Le piratage, c’est ma hantise ! », déclarait Serge Eyrolles, le président du Syndicat national de l’édition lors d’un colloque organisé au Conseil économique et social au mois d’avril dernier.

