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Nathalie Berriau : "Nous devons repositionner le métier face à la transition digitale"

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    "Nous sommes un métier comme un autre qui peut être affecté par l'uberisation" Nathalie Berriau. (Joe Shlabotnik via Visualhunt.com / CC BY-NC-SA)
  • Nathalie Berriau est présidente de l'ADBS. Élue à la tête de l'Association des professionnels de l'information et de la documentation en 2015, elle milite pour l'intégration des métiers documentaires dans la transformation numérique des organisations. Au côté des informaticiens et des statisticiens, les professionnels de l'infodoc doivent apporter leurs compétences propres : exploiter l'information et délivrer une ingénierie documentaire afin de contribuer à la croissance des entreprises. 

    Quel rôle les professionnels de l’infodoc peuvent-ils jouer dans la transition numérique des organisations ?

    Un rôle important car ils peuvent déployer ce qu'ils savent faire : détecter les meilleures sources d'information, structurer l'information, valider l'information et construire des données dans un environnement numérique. Et surtout proposer une véritable ingénierie documentaire facilitant la mise en place de systèmes rendant les utilisateurs plus autonomes. Les professionnels de l’information interviennent sur les deux aspects en fonction de la maturité des organismes.

    Quel que soit le contexte, les professionnels de l'infodoc ont des compétences qu'il va falloir adapter aux nouveaux environnements. Même si Google peut donner une liste de résultats, les professionnels de l’information, grâce à leurs compétences, apportent l’analyse, la valeur ajoutée indispensable à la prise de décision et à l’exploitation efficiente de l’information.

    Nous sommes en mesure d'apporter du sens, de la régularité, de la sécurité et de la maîtrise dans le traitement de l'information au profit de l'utilisateur final. 

    Que doivent-ils mettre en avant pour faire valoir leurs compétences ?

    Ils doivent mettre en avant leurs capacités de repérage de l'information et montrer que, face aux phénomènes d'infobésité, ils sont capables d'identifier la source qui correspond aux besoins des utilisateurs. Ils doivent également faire connaître leurs compétences dans le domaine de la structuration de l'information et leur capacité à la rendre malléable pour permettre des prises de décision rapides. 

    S'agit-il d'un état d'esprit particulier ?

    Je le pense oui. Il est important de repositionner le métier face aux enjeux de la transition digitale.

    Les métiers liés au traitement des données sont de plus en plus techniques. Et lorsque l'on consulte les offres d'emploi, on constate que les profils les plus demandés concernent des informaticiens et des statisticiens. Comment les professionnels de l’infodoc peuvent-ils rivaliser avec des informaticiens ou des statisticiens ?

    D'abord nous n'allons pas rivaliser avec les informaticiens et les statisticiens. Nous sommes des facilitateurs et apportons notre expertise aux différents métiers : informatique, RH, finances… En revanche, nous devons montrer que nous sommes un élément qui fait partie du schéma général du traitement des données, de la gouvernance de l’information. Les informaticiens savent développer des programmes et des applications, les statisticiens savent analyser les données. De notre côté, nous sommes capables de contextualiser l'information et de sélectionner celle qui sera utile à l'entreprise ou au projet en cours. Nous sommes capables de soutenir les projets également en accompagnant les utilisateurs.

    Nous pouvons également apporter toutes nos compétences pour améliorer le traitement documentaire de ces données : synthèse, analyse, confrontation des sources et travail sur les vocabulaires, des thesaurus et des ontologies. Nous pouvons également être des ressources ou jouer le rôle d’appui y compris pour des systèmes plus automatisés quand nos compétences sont repérées sur ces terrains-là. A la fin, notre contribution permet de tirer de la valeur directement exploitable par les décideurs de ces données.

    Les formations initiales actuelles sont-elles suffisamment adaptées aux besoins des organisations ?

    Les compétences à acquérir dans les formations devraient couvrir les champs suivants : management et gestion de projet, gestion et production de contenu, architecture de l’information, veille, knowledge management. 

    Une importante compétence à acquérir est bien évidemment celle de pouvoir travailler en mode collaboratif dans un environnement numérique. Les formations devraient prendre en compte le fait que les professionnels de l’information sont de plus en plus intégrés directement dans les services métier de l’entreprise, et non plus seulement dans des centres de documentation, pôles de veille…  à part. A mon avis, c'est cet esprit-là que doivent donner les formations initiales.

    Et du côté des formations continues ?

    L'offre est importante et il existe des formations de qualité qui permettent aux professionnels de monter en compétence. L’ADBS dispose d’une très belle offre ciblée. La réforme de la formation professionnelle nous fait réfléchir notamment aux formations à distance. L’ADBS a déjà eu des expériences dans ce domaine. Nous comptons reprendre cette thématique en exploitant au mieux les nouvelles possibilités. Quant aux contenus de ces formations, je constate que les entreprises présentes sur la place de Paris ou dans les régions sont suffisamment à l'écoute de ce qui se passe dans les entreprises et les collectivités pour proposer des formations de qualité.

    Par ailleurs, nous sommes en contact régulier avec les entreprises à l'occasion de salons professionnels ou de tables rondes. Ces discussions sont très intéressantes car elles nous apportent beaucoup d'informations sur leurs besoins. Il est important d'écouter ces utilisateurs parler de nos métiers. Nous savons ainsi quel type de formation est utile dans les projets en cours.

    La transformation numérique des entreprises a un fort impact sur le statut des salariés. Certains d'entre eux choisissent un statut de travailleur indépendant. Peut-on envisager une uberisation des métiers de l’infodoc ?

    Nous sommes un métier comme un autre qui peut être affecté par l'uberisation. De plus, cette fonction a des difficultés pour se faire connaître et reconnaître. Grâce à notre référentiel des métiers, nous nous sommes rendu compte il y a quelques années que certains professionnels de l'infodoc avaient choisi la voie du statut indépendant. Mais j'entends également certains collègues qui me disent que travailler en indépendant est difficile... Pour ceux, par exemple, qui mènent des missions de formation : or, le nombre de formations est en baisse.

    Comment l’ADBS compte-t-elle intervenir dans ces nouveaux défis lancés par la transition digitale ?

    Nous sommes très attachés à l’évolution de notre secteur d’activité et à la nécessité d’anticiper et d’accompagner les professionnels de l’information dans la maîtrise de ces changements. 

    Les professionnels ont toutes leurs place dans les projets du digital (big data, objets connectés, plateforme collaborative, réseaux sociaux, etc.). 

    Nous travaillons à une nouvelle version du référentiel des métiers et compétences. L’ADBS est reconnue pour avoir une longue expérience sur ces travaux. Cette version aura un format différent et prendra en compte la réalité du terrain en terme d'emploi et les pratiques en terme de référentiel. Nous avons en effet entendu les demandes des entreprises qui ont des besoins nouveaux en matière d'information et de professionnels, mais aussi les exigences des professionnels de terrain, quel que soit leur statut, pour répondre à la plus grande mobilité professionnelle. Nous souhaitons élaborer un livre blanc sur la fonction "information" dans les organisations.

    Par ailleurs, nous avons mis en place une communication plus forte et nous travaillons à la création d'un nouveau site web. Avec ces nouveaux outils l'ADBS pourra communiquer de façon plus cohérente. Notre programme de formations a été revu pour répondre plus précisément aux besoins des entreprises du secteur privé et des organisations du secteur public.
    Enfin, nous souhaitons accroître la visibilité des professionnels de l'information-documentation. Nous allons pour cela lancer une enquête consacrée aux métiers et aux salaires. Cette enquête sera lancée en 2017.

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    Tiraillées entre les demandes d’extension de leurs horaires et la question du prêt numérique, les bibliothèques se bougent pour faire évoluer autant leurs murs que la manière de les aménager et de les outiller.
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