Olivier Ertzscheid : “Le continent numérique, ça n’existe pas !”

Le 05/12/2017 - Par Jamila Chafii
« Si on ne comprend pas comment fonctionne un algorithme, alors on bascule dans le monde imaginé par Georges Orwell »

Olivier Ertzscheid est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’IUT de La Roche-sur-Yon. Il est spécialiste des questions relatives aux usages numériques. En 2017, il publie l’appétit des géants : pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes, un livre qui reprend ses nombreuses chroniques publiées sur son blog.

Dans une chronique publiée en mai 2014, vous déclarez : « Nous sommes les ingénieurs crédules et des bêtatesteurs bénévoles d’un nouveau projet Manhattan. En attendant un Hiroshima technologique, génétique, boursier qui n’a jamais été aussi probable ». La cyberattaque de mai dernier qui a notamment touché le NHS, service hospitalier britannique, voulait-elle être cet Hiroshima ?

Effectivement, c’est un des exemples de ce que pourrait être une forme de catastrophe technologique. C’est-à-dire, du jour au lendemain, mettre des secteurs entiers (santé, transports) en panne, avec derrière des impacts considérables.

D’un point de vue à la fois pragmatique, mais aussi moral, lorsque je parle de cet Hiroshima technologique ou du projet Manhattan, c’est au sens où à l’époque du projet Manhattan, il y a eu un certain nombre de personnes qui ont arrêté leurs recherches parce que les risques n’étaient plus maîtrisés.

Aujourd’hui, à l’échelle des technologies du numérique, de l’intelligence artificielle (IA), nous sommes arrivés au point où il faut qu’un certain nombre de gens aux manettes de ces grandes sociétés disent stop, non pas pour arrêter le progrès, mais simplement pour réfléchir aux implications sociétales.

Plusieurs personnalités médiatiques, chercheurs et ingénieurs pointent les dérives et essayent d’inventer d’autres technologies plus respectueuses, ça nous permet d’être relativement confiants sur l’avenir.

Vous affirmez que « le numérique est une technologie littéralement nucléaire », qu’entendez-vous par là ?

On travaille avec le nucléaire sur des technologies qui agissent à l’échelle atomique. De la même manière qu’on ne voit pas les atomes... 

À lire sur Archimag