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François Mauriac : l'histoire d’un presque archiviste devenu écrivain

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    François Mauriac, ancien élève de l'Ecole des chartes en 1933. Celui qui aurait pu devenir archiviste prépare alors chez lui son discours d'entrée à l'Académie française. (Gallica - identifiant ARK btv1b9026900t/f1)
  • François Mauriac, le célèbre homme de lettres girondin, écrivain, poète et académicien, a intégré la prestigieuse École des chartes à l’âge de 21 ans. Au fil des articles de presse revenant sur sa vie, se dessine un rendez-vous manqué avec la profession d’archiviste.

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    C’est l’histoire d’un caillou qui se glisse dans le récit de vie d’un romancier, et laisse imaginer, à l’instar de ses personnages ballottés entre tentation et devoir, dont le parcours peut à tout moment dévier, un destin qui n’est pas le sien.

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    Lorsque François Mauriac est élu à l’unanimité président de la Société des Gens de Lettres en 1932, l’écrivain a déjà publié nombre de ses romans iconiques : « Le Baiser au lépreux » en 1922, « Le Désert de l’amour » trois ans plus tard, « Thérèse Desqueyroux » en 1927 et « Le Nœud de vipères » en 1932. Sa trajectoire est connue du milieu littéraire.

    Un diplôme d'archiviste jamais obtenu

    Pourtant, le quotidien Le Journal, retraçant sa biographie, lui attribue un diplôme… qu’il n’a jamais obtenu. Le 15 mars 1932, sous une illustration représentant le quadragénaire sérieusement penché sur un carnet de notes, le quotidien rapporte ainsi le supposé diplôme de celui qui fut d’abord poète :

    « Sa jeunesse fut marquée d’une forte empreinte religieuse. De sérieuses études — licence ès lettres, diplôme de l’École des chartes — l’acheminèrent par la porte haute vers la carrière littéraire. »

    L’exactitude biographique n’est pas loin : en 1907, François Mauriac a bien intégré l’École des chartes, cette formation nationale qui prépare depuis 1821 ses étudiants au métier d’archiviste.

    Mais, alors âgé de 22 ans, François Mauriac abandonne l’université parisienne après quelques mois seulement pour se consacrer entièrement à l’écriture.

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    Le prétexte de l’École des chartes

    Ses premières amours littéraires ? La poésie. Il publie, à son compte, dans la Revue du temps présent.

    En réalité, pour le jeune Mauriac, l’École des chartes était un prétexte idéal en vue de fuir le foyer familial, comme il s’en explique dans Le Figaro Littéraire près de vingt ans après cette sortie de route volontaire.

    Celui qui se décrit alors comme un « nigaud » se trouvant « laid et incapable d’être aimé » souhaitait avant tout, selon ses dires, « fuir son Bordeaux natal » :

    « Pour écrire ces souvenirs, il m’a fallu relire les cahiers de notes d’avant Paris, tout ce qui reste de mon adolescence. Quel cri monotone ! Quelle affreuse plainte !  Cela seul me console de ces années : elles m’ont tout de même enrichi ; j’ai utilisé dans mon œuvre tout ce dont je serais mort étouffé si à vingt ans, je n’avais enfin rompu les amarres. L’École des chartes en avait été le prétexte.
    Non que j’eusse aucun goût pour les recherches historiques, mais c’était la seule des grandes écoles où les mathématiques ne fussent pas exigées. Je m’en évadais au bout de six mois “pour me lancer dans la littérature”, comme disent les familles. » 

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    François Mauriac, peu porté sur les vieux livres ?

    Qu’est-ce qui a scellé cette démission si rapide ? Dans Le Figaro, le 11 janvier 1936, l’archiviste et paléographe Georges Girard raconte, non sans humour, « comment on sort de l’École des chartes », soulignant le manque d’appétence de François Mauriac pour les vieux livres :

    « Si je ne l’ai pas alors connu, c’est que presque tout de suite il s’en alla.
    Ses camarades ont gardé le souvenir d’un grand, mince jeune homme, très barrésien, qui aimait Francis Jammes et souffrait visiblement de trouver si peu de poésie là où sans doute il était venu en chercher. Il portait les marques d’un incoercible ennui, surtout à la sortie des cours de philologie.
    Mauriac n’était point fait, celui-là, pour comprendre la beauté d’une vie officielle, vouée par exemple à l’étude du point et virgule depuis l’époque mérovingienne, rebelle à distraire un jour de son existence humaine pour compter le nombre des poils de la barbe de Saint-Pierre sur les actes de la chancellerie pontificale, où les scribes ont dessiné la tête de ce grand saint.
    Son cas est rare, je crois bien que c’est le seul, dont, du strict point de vue chartiste, on puisse dire qu’il ait tout à fait mal tourné. »

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    « Il s’intéressait plus à rimer qu’à ses cours »

    Le 7 septembre 1938, c’est au tour de l’hebdomadaire littéraire Marianne de revenir sur ce rendez-vous manqué avec le métier d’archiviste, sous la forme d’un article agrémenté d’une photo qui aurait pu composer l’univers de François Mauriac s’il avait embrassé la profession à laquelle le destinait l’École des chartes : une bibliothèque et une échelle.

    « Aux yeux des siens, il fut l’adolescent doué et délicat qui devait ce lustre à un vieux blason terrien. En bon fils, le jeune François Mauriac devait justifier les louanges qu’il obtenait lorsqu’il était élève chez les Marianites de Bordeaux.
    Mais lorsqu’il se fit recevoir à l’École des chartes, avait-il vraiment l’intention d’être quelque jour archiviste départemental ou bibliothécaire ? C’est assez douteux, car il s’intéressait plus à rimer qu’à ses cours. Aussi, par la suite, a-t-il pu dire de lui-même :
    “J’ai quitté l’École des Chartes, car les travaux d’érudition me convenaient comme le métier de coiffeur à une écrevisse.” Il venait d’ailleurs de faire publier Les mains jointes qui furent fraîchement accueillies. »

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    La fouille intérieure

    Aussi improbable qu’une « écrevisse se consacrant au métier de coiffeur », le jeune Mauriac avait-il vraiment une chance de se laisser convaincre par la profession d’archiviste, décrite en des termes évoquant la vie monacale dans un article de L’Écho de Paris consacré à l’académicien ?

    « Article 2. — Il est expressément défendu de parler dans la bibliothèque ni de faire aucun bruit qui empêche le recueillement nécessaire dans un lieu d’études. […] Article 6. — Toutes les infractions au présent règlement seront signalées au directeur, qui pourra, si le cas l’exige, appeler sur les délinquants la sévérité des autorités supérieures. Nous avons transcrit, lettre pour lettre, cette interdiction, comminatoire d’un bel écriteau placé à demeure dans le lieu susdit, afin que nul n’en ignore… […] Pourtant, quand le chartiste veut travailler, il se garde de venir à l’École ; il reste chez lui, ou bien il va à la Nationale ou aux Archives ; c’est dans ce dernier en droit surtout, qu’entouré de fiches innombrables, il pourra, sans être troublé un seul instant dans son labeur, copier les pièces justificatives de sa thèse. Pour tout bruit, il entendra le froissement des parchemins qu’on déploie, ou des feuillets qu’on tourne ; le silence affairé qui environne, la vague somnolence qui flotte au-dessus des lecteurs absorbés, tout est recueillement… »

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    Délaissant le « recueillement » de l’École des chartes, c’est à une fouille intérieure que préférera se livrer le jeune Mauriac. Il publie en 1911 les mots d’une autre séparation, ceux de l’adulte quittant l’enfant dans L’Adieu à l’adolescence :

    « Tout ce qui dans mon cœur chante, murmure et pleure,  s’apaise en attendant le même crépuscule Où je fus un enfant déchiré de scrupules… »

    Marina Bellot - RetroNews
    Le site de presse de la BnF

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