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Archivage numérique : InterPares, un projet pour garantir l’authenticité des archives

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    InterPares a été initié pour répondre aux enjeux de l’authenticité pour l’archivage numérique et la pérennisation des documents d’archives au sein d’un environnement numérique incluant les systèmes et leurs divers dispositifs. (Freepik/Rawpixel.com)
  • Comment préserver l’authenticité des documents lors de leur archivage numérique ? C’est un défi permanent pour les archivistes de tous pays. Pour y répondre, l’aide des chercheurs est nécessaire. C’est l’objet du projet InterPares qui totalise vingt ans de travaux. Son symposium tenu les 18 et 19 février derniers au Costa Rica en a souligné les résultats majeurs.

    Temps de lecture : 6 minutes

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    InterPares en bref

    InterPares est l’acronyme du projet "International research on permanent electronic records in electronic systems".

    Il a débuté en janvier 1999 sous la direction du professeur Luciana Duranti de l’université de Colombie-Britannique, financé par le conseil de recherches en sciences humaines du Canada (SSHRC), et a pris le nom d’InterPares (du latin "inter pares", c’est-à-dire "entre pairs") pour offrir un lieu de rencontre entre l’expertise des professionnels et l’innovation des chercheurs avec une volonté d’offrir les solutions à la fois originales, effectives et utiles à la communauté archivistique et aux disciplines voisines, d’où d’ailleurs sa nature internationale et multidisciplinaire

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    InterPares, phases 1 et 2 : des bases théoriques et méthodologiques

    InterPares a été initié pour répondre aux enjeux de l’authenticité pour l’ archivage électronique et la pérennisation des documents d’archives au sein d’un environnement numérique incluant les systèmes et leurs divers dispositifs.

    Le projet a été structuré en quatre phases importantes. L’objectif des deux premières phases d’InterPares (1999-2006) était de développer l’ensemble des théories et des méthodes nécessaires. Et ce afin de garantir que les documents numériques produits dans les bases de données et les solutions documentaires ainsi que dans les systèmes dynamiques, expérientiels et interactifs au cours des activités artistiques, scientifiques et d’administration en ligne puissent être créés sous une forme précise et fiable. Tout en étant entretenus et préservés sous une forme authentique, tant à long terme qu’à court terme, à l’usage de ceux qui les ont créés et de la société en général, indépendamment de l’obsolescence de la technologie et de la fragilité des formats et des supports.

    Des théories, des méthodes, des recommandations et des produits de ces deux phases ont été alors développés et sont encore utilisés dans plusieurs entités publiques et privées dans le monde entier.

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    Les résultats clés de ces deux premières phases d’InterPares pourront être résumés comme suit :

    • principes de conception et d’élaboration de politiques de préservation ; 
    • directives et recommandations sur la création et la maintenance de matériels numériques pour les particuliers et les petites communautés de pratique ;
    • directives et recommandations sur la conservation numérique à l’intention des institutions d’archives ;
    • critères de référence et exigences de base sur l’évaluation et le maintien de l’authenticité des documents numériques ;
    • principes, directives et critères d’adoption des formats de fichier et leur système d’encodage ;
    • un glossaire, un dictionnaire et des ontologies ;
    • deux modèles de gestion des documents et des archives, dont un qui est basé sur le concept de cycle de vie (chain of preservation, COP) et un autre basé sur le modèle du records continuum (business driven recordkeeping).

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    Phase 3 : accompagnement d’une préservation à long terme à faibles coûts

    Plusieurs organisations disposant de peu de ressources financières et humaines ne pouvaient réaligner leurs pratiques aux résultats et solutions d’InterPares faute de moyens.

    Sensible à cette préoccupation, l’équipe de recherche a décidé d’entamer une troisième phase du projet. Le but de cette dernière était de permettre aux organisations publiques et privées disposant de ressources limitées de préserver à long terme des documents authentiques qui répondent aux exigences de leurs parties prenantes et aux besoins de la pérennisation du patrimoine informationnel sociétal. 

    En s’appuyant sur les résultats des phases précédentes, les recherches menées dans le cadre de la phase 3 d’InterPares (2007-2012) ont développé des modèles de déploiement de préservation à long terme à faibles coûts, des principes éthiques, et des dispositifs de formation et d’enseignement sous forme de modules sur diverses dimensions. De nombreuses études ont aidé ainsi des organisations privées et ont été utilisées par des organisations similaires pour résoudre des problèmes comparables, tels que l’évaluation des documents d’archives pour la préservation des fichiers patrimoniaux.

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    InterPares Trust : Gouvernance des archives et cloud

    À la fin d’InterPares 3, les professionnels avaient à confronter de nouveaux enjeux. De nouveaux défis liés à la gouvernance des archives sont identifiés, en particulier ceux qui sont occasionnés par les différents services du cloud computing. 

    L’équipe a donc entamé une quatrième phase d’InterPares, qui a été baptisée InterPares Trust. Son objectif était de générer les cadres théoriques et méthodologiques qui soutiendraient le développement de réseaux locaux, nationaux et internationaux proposant des politiques, procédures, réglementations, normes et législations concernant les documents et archives numériques, afin d’établir la confiance du public.

    Considérant l’impact du contexte culturel et sociopolitique, l’alliance des chercheurs a été constituée d’une équipe nord-américaine, d’une équipe latino-américaine, d’une équipe européenne, d’une équipe africaine, d’une équipe asiatique, d’une équipe australienne et d’une équipe transnationale comprenant des organisations qui ne relèvent pas de la juridiction d’un pays (par exemple l’Otan, l’Unesco, le FMI, etc.).

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    Infrastructure, sécurité, contrôle, accès et questions juridiques

    Ces équipes ont travaillé sur cinq domaines de recherche : l’infrastructure, la sécurité, le contrôle, l’accès et les questions juridiques. Ainsi, cinq domaines transversaux ont été étudiés : politique, questions sociales, éducation, terminologie et ressources. Différentes méthodologies ont été utilisées mais avec des considérations terminologiques uniformisées et alignées (InterPares trust terminology database).

    En plus des approches archivistiques et diplomatiques, les chercheurs ont utilisé des approches managériales dans l’estimation et la modélisation des risques informationnels ou encore la criminalistique numérique pour étudier l’authenticité des matériaux numériques qui ne résident pas dans les systèmes dans lesquels ils ont été produits et conservés. L’essentiel des résultats obtenus au terme de cette quatrième phase du projet sont :

    1. un modèle de préservation dans le nuage : Preservation as a Service for Trust ; 
    2. un modèle d’authentification technologique utilisant la blockchain : la Trust Chain ; 
    3. une liste de contrôle pour les contrats avec les fournisseurs des services cloud ; 
    4. des publications sur l’ouverture du gouvernement et des données, la gouvernance des documents et bien d’autres thématiques qui peuvent être trouvées sur le site du projet.

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    Défi de l’intelligence artificielle

    La quatrième itération d’InterPares est maintenant terminée. Les produits de ces quatre projets sont largement utilisés au niveau international et aucun d’entre eux ne semble dépassé.

    L’équipe se tourne maintenant vers l’avenir et se penche sur le défi que représente l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il sera difficile de la développer pour soutenir la fonction d’archivage d’une manière acceptable sur le plan éthique et social ; il pourrait être difficile d’y parvenir, mais il serait imprudent de ne pas essayer.

    L’intelligence collective développée jusqu’ici grâce au réseau actuel d’InterPares riche de 500 personnes (chercheurs, experts et dirigeants), réunis de 42 pays dans 6 continents, nous laisse croire que ce défi est tout à fait légitime, voire inévitable.

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    Luciana Duranti (Université de la Colombie-Britannique, School of Information)
    Basma Makhlouf Shabou (Haute école de gestion de Genève, HES-SO/HEG)

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    Mesures sanitaires de lutte contre la pandémie de Covid-19, la fermeture au public des bibliothèques puis l’interdiction de déplacement en France, entrées en vigueur le 14 puis le 17 mars 2020, ont évidemment fortement impacté les établissements. Un confinement qui ne s’est pourtant pas traduit par l’arrêt d’activité des bibliothécaires. Nombreuses ont été leurs initiatives, d’une part, pour continuer de proposer une offre de lecture et de culture, d’autre part, pour accompagner les publics dans cette situation nouvelle. Les ressources numériques ont été sollicitées comme jamais. Les bibliothécaires universitaires ont également agi. A l’étranger, les actions durant le confinement ou en phase de déconfinement sont aussi le lot des bibliothèques. Enfin, pour le secteur des librairies et de l’édition, cette période se traduit par de lourdes difficultés économiques. Peu à peu, chacun se tourne vers l’après.
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