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La création de L'Heure Joyeuse, première bibliothèque pour enfants de France, vue par la presse de l'époque

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    La bibliothèque pour enfants L'Heure Joyeuse, présentée dans Les Annales politiques et littéraires du 29 novembre 1925. (Retronews-BNF)
  • Créée à Paris en 1924, la bibliothèque pour la jeunesse L’Heure joyeuse se donne pour objectif d’initier les enfants à la lecture en favorisant leur autonomie. Une utopie novatrice et généreuse relayée avec enthousiasme par la presse de l’époque.

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    Une bibliothèque gratuite pour les enfants ? Si l’idée semble évidente aujourd’hui, tel n’était pas le cas en 1924 lorsque fut créée, dans le 5e arrondissement de Paris, L’Heure joyeuse, le tout premier établissement de lecture destiné à la jeunesse.

    Le contexte est alors favorable aux projets de ce type, quelques années seulement après la fin de la Première Guerre mondiale et alors que la reconstruction du pays est toujours d’actualité. C’est donc avec un mélange de curiosité et d’enthousiasme que la presse de l’époque va se pencher sur le berceau de L’Heure joyeuse.

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    Le 9 novembre, Excelsior annonce ainsi dans ses colonnes le lancement de la bibliothèque, rue Boutebrie, entre le musée de Cluny et l’église Saint-Séverin. Une « heureuse initiative » dont le journal explique l’origine :

    « Fondée à Paris par le “Book Committee on Children's Libraries”, cette coquette salle de lecture recevra tous les enfants depuis l’âge où ils savent écrire leur nom jusqu’à dix-sept ans […]. Son heureux titre se lit sur le fronton : L’Heure joyeuse, bibliothèque et salle de lecture gratuites pour la jeunesse […]. C’est là le type des bibliothèques qui fonctionnent en Amérique dans chaque quartier et la clientèle rendra bientôt insuffisante — souhaitons-le — cette grande salle qui sent la peinture fraîche et les livres neufs. »

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    Un modèle à dimension pédagogique

    À l’époque, les États-Unis sont pionniers dans le domaine des bibliothèques pour la jeunesse. Et le Book Committee on Children’s Libraries, fondation née à New York en 1918 et dirigée par Carolyn Griffith, souhaite propager en Europe un modèle dont la presse française va souligner la dimension pédagogique. C’est le cas par exemple du journal conservateur Le Temps, qui s’émerveille devant l’exemple américain :

    De New York à San Francisco [les Américains] ont multiplié les bibliothèques gratuites pour enfants, véritables eldorados de contes merveilleux et de bons ouvrages […]. Ces grands “trusteurs” se défient des hasards, et ils s’y prennent à temps pour en conjurer les maléfices. Une dame amène à un grand médecin son “produit” lamentable et lui dit : “Docteur, je vous demande un conseil. Quand faut-il commencer l’éducation d’un enfant ?” Le praticien considère l’avorton, réfléchit un instant et répond : “Madame, il faut commencer l’éducation d’un enfant par son grand-père. »

    Le projet est soutenu par le bibliothécaire Eugène Morel, qui préconise depuis les années 1910 de s’inspirer des États-Unis, et reçoit l’assentiment de la Ville de Paris. Trois bibliothécaires sont recrutées : Claire Huchet, la directrice, Marguerite Gruny et Mathilde Leriche. Pionnière, L’Heure joyeuse adopte dès ses débuts l’accès direct à ses rayonnages et la classification Dewey, importée d’Amérique.

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    « Préparer l’enfance aux responsabilités »

    Le Gaulois raconte l’inauguration, qui a lieu le 12 novembre en présence de plusieurs personnalités dont Eugène Morel qui parle dans son discours de L’Heure joyeuse comme d’une « œuvre de paix ». Le préfet de la Seine résume l’ambition affichée par la bibliothèque :

    « Le meilleur moyen de préparer l’enfance aux responsabilités et aux devoirs qui l’attendent, c’est de la munir d’un confortable capital de santé physique et morale, d’un robuste optimisme fait de souvenirs heureux et de riantes espérances. »

    L’Intransigeant, de son côté, fait une visite de la bibliothèque et interroge la directrice :

    « On y trouve des livres d’images pour les tout petits, les livres d’imagination pour les plus grands et des livres ‘qui ouvrent des horizons’, me dit la charmante bibliothécaire, Mlle Huchet. Le catalogue est un petit chef-d’œuvre. On n’y trouve pas uniquement les titres des livres, mais, résumés en trois lignes, des passages propres à exciter l’imagination des enfants. Voulez-vous des histoires de sauvages ? Cherchez la fiche ‘sauvage’, vous aurez l’embarras du choix. »

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    Parmi les objectifs de L’Heure joyeuse, inciter les enfants à la lecture. Mais aussi favoriser leur autonomie : ils sont libres de choisir les livres directement dans les rayonnages. Alors que la bibliothèque connaît rapidement le succès, la presse va insister sur la mixité des enfants qui accourent entre ses murs. Mixité de genre, puisque filles et garçons y sont les bienvenus (c’est inédit en 1924), mais aussi mixité sociale, comme va le souligner par exemple Le Figaro :

    « Le public qu’elle réclame et qu’elle recrute, ce sont d’abord les amis de Poulbot, les gosses des écoles primaires pour qui l’achat d’un volume doré sur tranches est un luxe inaccessible […]. Mais elle ne limite pas sa clientèle aux écoliers. Ouverte à tous les enfants, filles et garçons, sans distinction de classe, de fortune, de milieu, d’habitude, de culture, elle les reçoit dès le moment où ils savent lire, jusqu’à leur dix-septième année.
    Et de 9 heures du matin à 7 heures du soir, les visiteurs se succèdent. Les apprentis que la vie professionnelle a déjà pris trouvent ici un refuge entre midi et deux heures au lieu d’errer dans la rue, après un déjeuner hâtif, de se laisser absorber, tenter, choquer par elle, ils viennent lire. »

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    « Précurseur de l’école rénovée de demain »

    En 1925, la Ville de Paris reprend L’Heure joyeuse à sa charge, tandis que de nouvelles bibliothèques jeunesse naissent ailleurs en France. En juillet 1932, le quotidien de gauche Le Populaire fait une visite dans l’établissement parisien et salue à nouveau la pédagogie qui y est développée :

    « L’Heure Joyeuse ne se contente pas de fournir à l’enfant les livres qui lui plaisent et l’intéressent, et de lui aménager le cadre d’intimité et de confort où il se sent heureux ; elle aide aussi à l’épanouissement de sa personnalité, elle s’efforce de le révéler à lui-même et de l’élever […]. On conçoit tout l’intérêt de cette réalisation qui stimule les facultés intellectuelles essentielles chez l’enfant : son esprit d’initiative, son esprit critique, son jugement. Il acquiert le goût du travail intellectuel désintéressé (condition indispensable de toute culture solide), il apprend à goûter les joies saines et vives de la découverte intellectuelle. Il meuble, en outre, son esprit de connaissances qu’il n’oubliera pas ; car la mémoire conserve ce qui a été acquis au prix de recherches et d’efforts personnels. »

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    La reporter conclut en voyant dans L’Heure joyeuse un « précurseur de l’école rénovée de demain, où l’enseignement livresque et le bourrage intellectuel ayant fait place à d’autres méthodes plus vivantes et moins pressées, l’enfant, devenu le collaborateur du maître dans l’acquisition des connaissances, sera l’agent le plus actif de sa formation intellectuelle et son propre stimulant. »

    En 1974, L’Heure joyeuse déménagera rue des Prêtres-Saint-Séverin, non loin de son emplacement d’origine. Elle existe toujours et continue d’offrir aux jeunes la possibilité de consulter ses riches collections jeunesse.

    Pierre Ancery - RetroNews
    Le site de presse de la BnF

    Pour en savoir plus

    • Mathilde Leriche, 50 ans de littérature de jeunesse, Magnard – L’École, 1979.
    • L’Heure joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, collectif : Viviane Ezratty, Françoise Lévèque, Françoise Tenier & al., Paris Bibliothèques, 1994.

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