Vivre à l'heure du partage de données de recherche

Le 24/01/2018 (Mis à jour le 25/01/2018) - Par Elisabeth Lavigueur
Circuler dans l'asphalte documentaire, ça s'apprend... (Pixabay / Life of Pix)

Le Québec milite pour la gestion des données de recherche et multiplie les initiatives afin de « libérer les connaissances ». [De notre correspondante à Montréal]

Circuler dans Montréal est un acte d’héroïsme visant à contourner les 400 chantiers de construction balisés par des cônes orange. Puis, c’est la révélation ! Des pylônes surgissent de l’eau pour le futur Pont Champlain ou une entrée d’autoroute est transformée en espace vert.

Quand on parle de données de recherche, c’est un peu similaire. Alors que, pendant des années, les documents d’appui aux projets de recherche étaient peu traités ou non partagés et que les dépôts de données étaient dispersés ou difficilement accessibles, le Québec et le Canada ont métamorphosé ce portrait...

Les données de recherche sont des « sources primaires qui soutiennent des projets de recherche […] ».

Selon Alex Guindon, bibliothécaire en sciences de données, université Concordia, le processus de recherche a un cycle de vie dont une des étapes est le partage de données. Pour en arriver là, les données ont été préparées, collectées et analysées. Cet ensemble fait partie de la gestion des données de recherche (GDR).

la GDR au grand jour

En septembre dernier, le colloque à Montréal « Portage et la gestion des données de recherche au Canada » a rassemblé tous les acteurs de la GDR. En 2016, la CBPQ organisait une table ronde sur les « rôles des bibliothécaires dans la gestion des données de recherche ».

Ces deux événements marquent un tournant décisif. Il faut organiser, traiter et partager les données de recherche.

Bien des intervenants se sont mobilisés. L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a ouvert l’accès aux microdonnées de recherche avec le CADRISQ. La Plateforme pour la promotion de la santé et du bien-être (EPSEBE) visant à croiser des fichiers administratifs et d’enquêtes de différentes entités gouvernementales fut l’idée de chercheurs.

Treize universités et l’Institut national de la recherche scientifique au Québec participent à l'Initiative de démocratisation des données (IDD), programme pour améliorer l’accès aux données canadiennes. Au Centre d’innovation Génome Québec et à l’université McGill, un guichet unique de partage des données cliniques et de recherche a été inauguré.

Ils sont nombreux à vouloir faciliter l’accès aux données de recherche et à favoriser leur partage entre les chercheurs, les experts et les étudiants. Ce sont l’association francophone pour le savoir (ACFAS) avec son forum « Libérez les connaissances », l’Institut de valorisation des données (IVADO) à l’Université de Montréal ou les bibliothécaires universitaires, agents de sensibilisation et de changement auprès des chercheurs.

le Québec impliqué dans des projets canadiens

Statistique Canada a lancé un réseau de Centre de données de recherche (CDR) en sciences sociales auquel participent six universités québécoises et l’Institut national de la recherche scientifique.

En 2015, l’Association des bibliothèques de recherche du Canada (ABRC) a déployé Portage, un réseau de services partagés pour la GDR offerts par des bibliothèques locales. Élaborer un plan de GDR avec l’Assistant PGD, choisir le bon schéma de métadonnées, utiliser la plateforme de collecte et de partage Scholar Portal Dataserve ou conseiller un dépôt de données font partie de ces services.

Trois universités québécoises sont actives dans les groupes d’experts de Portage.

encore du pain sur la planche !

C’est un début. Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, réclame la modernisation de la loi sur l’accès pour débloquer les données publiques. Les conférenciers de Portage mentionnent la frilosité des chercheurs à partager leurs données. Les chercheurs déplorent la lourdeur des paliers décisionnels et la gestion des métadonnées.

Constat unanime, il faut courir après les financements pour maintenir les projets en GDR.

La GDR est une nouvelle expertise souligne Alex Guindon. À la frontière de l’archivistique, impliquant la gestion des métadonnées, les méthodes d’exploration et de réutilisation des données, il n’y a pas de meilleure opportunité pour les bibliothécaires.

À lire sur Archimag