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Frédéric, Antoine, Lorna et les autres : ils sont veilleurs ou documentalistes et indépendants

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    Dorothée-Scafetta-Marchand
    "J’aime découvrir de nouvelles entreprises, de nouveaux fonctionnements, rencontrer de nouvelles équipes et apporter une valeur à ce métier mésestimé" Dorothée Scafetta-Marchand , documentaliste iconographe freelance multimédia (Crédit: Philippine Rollet)
  • Sommaire du dossier :

    Archimag a rencontré plusieurs professionnels de la veille et de la documentation qui ont fait le choix de travailler sous le statut d’indépendant. Trois d’entre eux racontent leur parcours et énumèrent les qualités requises avant de se lancer dans le grand bain.

    « On ne naît pas indépendant, on le devient », écrit Véronique Mesguich dans sa préface de l’ouvrage « Bibliothécaires, documentalistes tous entrepreneurs ? » (Klog, 2018). À un moment de leur carrière, les professionnels de la veille et de la documentation se posent souvent la question de quitter le salariat, ou le service de l’État, pour tenter l’aventure de l’indépendance. Pour ceux qui ont franchi le Rubicon, le bilan est plutôt positif.

    Frédéric-MartinetC’est notamment le cas de Frédéric Martinet qui est à la tête d’Actulligence Consulting, un cabinet qu’il a créé en 2009. Consultant, formateur, conférencier et auteur, sa vie professionnelle a commencé de façon traditionnelle. D’abord chargé de veille, puis chargé d’études avant de devenir responsable d’intelligence économique, il a connu plusieurs employeurs : la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, une agence de communication, une entreprise de promotion immobilière... Il a également travaillé pour quelques éditeurs de logiciels (KB Crawl, Spotter) : « J’ai passé une dizaine d’années auprès de ces différents employeurs, mais j’ai ressenti le besoin de voler de mes propres ailes car je souhaitais mener des projets de veille complets : sélection du logiciel, déploiement, accompagnement… Ce type de statut correspond plus à mon esprit indépendant et ma façon d’envisager le travail. J’ajoute que les salaires dans le milieu de la veille sont relativement bas ; j’ai également choisi d’être entrepreneur pour améliorer ma rémunération ».

    "On travaille bien plus de 35 heures quand on est indépendant !"

    Pour Frédéric Martinet, faire le choix de l’indépendance n’est pas anodin et requiert d’autres qualités que celles de veilleur ou de documentaliste. « Être un bon consultant ne suffit pas ! Je suis à la fois chef d’entreprise, agent commercial et agent de voyage car je dois préparer moi-même mes déplacements. Il faut donc être capable d’assurer la réalisation des prestations de veille et être en mesure de maîtriser la gestion de l’entreprise. Ce statut suppose également d’être très bien organisé et être motivé pour ne pas se laisser aller ».

     

    Travailler chez soi passe aussi par l’aménagement d’un bureau dédié au travail et, de préférence, isolé du lieu de vie familial. Certains optent même pour la location d’un bureau ou d’espaces dans les lieux de travail partagés qui se multiplient dans les grandes villes.

    Si le travailleur indépendant peut organiser son emploi comme bon lui semble, la charge de travail ne diminue pas. Au contraire : « Les journées sont plus lourdes pour un travailleur indépendant que pour un salarié ou un agent de l’État. On travaille bien plus de 35 heures quand on est indépendant ! Mes journées de travail commencent généralement à 6 heures 30 et ne se finissent pas avant 19 heures. Il n’est pas rare que je doive travailler un jour pendant mes week-ends. Il faut également payer ses propres congés payés… Malgré tout cela, je m’épanouis dans mon travail et mon agence fonctionne plus que bien. Je me rémunère correctement et j’ai d’excellentes relations avec mes clients car je propose un niveau de service élevé alors que la tendance est au low cost y compris dans les prestations de veille… »

    Double compétence et spécialité de niche

    Antoine-MartinAntoine Martin, de son côté, a un profil plus atypique. Technicien agricole de formation, il s’est ensuite tourné vers les métiers de la banque avant de devenir documentaliste au sein d’un cabinet de propriété industrielle. Mais tout ne s’est pas passé comme il l’espérait : « Mes compétences n’étaient pas reconnues à leur juste valeur par mon employeur. Mon salaire était inférieur à celui de mes collègues en dépit d’une formation spécialisée que j’ai faite dans le cadre d’un congé individuel de formation. À la suite d’un stage réalisé à France Télévisions, je me suis vu proposer des missions ponctuelles. C’est à ce moment-là que j’ai basculé de l’emploi salarié à l’entrepreneuriat ».

    Après son congé individuel de formation enrichi d’un DUT de gestion de l’information, il crée donc son entreprise et commence à fidéliser ses clients qui pour l’essentiel appartiennent au domaine de la propriété industrielle. Sa double compétence de documentaliste et de bon connaisseur de la gestion des marques lui assure une clientèle fidèle : « Aujourd’hui je travaille avec trois importants clients qui m’apportent un volume régulier de travail. J’ai également une somme de petits clients qui ont des besoins documentaires ponctuels. Il est important pour un documentaliste indépendant d’avoir une spécialité de niche, la propriété industrielle dans mon cas », constate Antoine Martin.
    Sa page Linkedin témoigne des clients qui font appel à ses connaissances : Remy Cointreau, Bongrain, Japan Tobacco International, Pernod Ricard GIPH, Mumm, Perrier-Jouet…

    Esprit de collaboration contre esprit de subordination

    En règle générale, sa semaine de travail est organisée sur un mode hybride : trois jours chez le client, deux jours à domicile. Sans oublier les tâches administratives : « C’est un travail lourd que je dois faire le samedi ou le dimanche. Une plaie ! C’est la part ingrate du statut d’indépendant et la plus épuisante moralement. D’autant plus que personne n’est formé pour gérer une entreprise. On apprend au fur et à mesure. Mais attention ! On peut le payer cher avec un compte bancaire bloqué, par exemple à cause d’une facture égarée... Je me suis donc astreint à une grande rigueur pour effectuer toutes ces tâches administratives ».

    Pour Antoine Martin, le documentaliste qui fait le choix de l’indépendance doit également faire preuve de persévérance et, si possible, pouvoir compter sur un entourage de confiance. « Il faut aussi construire son réseau et surtout raisonner positivement par rapport à des employeurs potentiels : que vais-je apporter à l’entreprise ? C’est un message beaucoup plus positif que se présenter en demandeur d’emploi. Il faut avoir un esprit de collaboration plutôt que de subordination ».

    Equilibrer vie professionnelle et vie familiale

    Lorna-GastineLorna Gastine, quant à elle, vient tout juste de franchir le Rubicon. Après avoir travaillé pendant onze années en tant que documentaliste dans la même entreprise, sous contrat à durée indéterminée, elle a fait le choix de la microentreprise au mois de septembre 2018. À la faveur d’un congé parental, elle est devenue indépendante pour de multiples raisons : « Je veux pouvoir gérer mon temps et mieux équilibrer ma vie professionnelle et familiale. Passer trois heures dans les transports devenait difficile à vivre. J’ai aussi envie de vivre de nouvelles aventures professionnelles. J’aime ce métier parce que c’est un métier où l’on apprend beaucoup et qui est en constante évolution ».

    Après quelques mois en statut indépendant, Lorna Gastine dresse un premier bilan. Côté avantages : augmentation de salaire (notamment du taux horaire brut), choix des missions, variation des compétences, motivation… Côté inconvénients : être en permanence dans le doute, difficulté de la prospection, interrogation sur la légitimité, perte des avantages liés au salariat (mutuelle, frais de transport…).

    À ses yeux, le statut indépendant requiert une certaine force de caractère : « Il faut avoir une forte envie d’indépendance et savoir travailler sans le cadre du bureau. Il faut ne pas avoir peur de se confronter à l’incompréhension de son entourage face à cette démarche. Dans mon cas, certains pensent que je suis un rat de bibliothèque alors que mes compétences sont variées : je gère de l’information, je communique... J’ai plus à voir avec les métiers du web aujourd’hui qu’auparavant. Enfin, il ne faut pas hésiter à activer son réseau et se faire connaître grâce au bouche à oreille ».


    Stéphanie Barthélémi, consultante-formatrice en stratégie de veille et e-réputation

    Stéphanie-BarthélémiFormation

    IUT information-documentation (1999), licence professionnelle veille en entreprise (2001), université de Franche-Comté ; DESS Defi, université de Nanterre.

    Pourquoi exercer en tant qu’indépendante ? Quelles sont vos missions ?

    Après plus de dix ans d’expérience dans les secteurs privé, public et parapublic, j’ai souhaité devenir indépendante et j’exerce ainsi depuis 2015 en tant que consultante-formatrice en stratégies de veille et e-réputation.
    Mes missions aujourd’hui sont d’accompagner des PME dans la définition de leurs stratégies de recherche d’information, dans la rédaction de plans de veille, mais aussi dans la rédaction d’études de veille, d’analyses d’e-réputation ou de benchmarks. Mes clients viennent principalement de l’industrie, mais j’ai également des missions dans le monde associatif de par la proximité d’ONG à Genève.
    Outre des missions d’audit, j’accompagne quotidiennement dans la définition de stratégies en médias sociaux et social listening. Enfin, l’enseignement est l’une des missions que je préfère et j’interviens depuis 2016 à l’École des arts et métiers de Chambéry, ainsi qu’à l’université Savoie-Mont-Blanc Formations sur la veille stratégique et l’intelligence économique. Par ailleurs, je dirige un site internet depuis 2004 sur la veille stratégique et l’animation de communautés, Animaveille .

    Comment voyez-vous votre avenir ?

    Nous devons continuer de développer l’empathie et l’humain dans un monde qui accorde une priorité à la robotisation. Dans cette digitalisation, la compétence du chargé de veille reste prééminente en matière de sourcing.
    Enfin, avec l’intelligence artificielle et le web data, un chargé de veille devra de plus en plus acquérir des compétences liées à l’information digitale et à son accès : web mining, text mining… Je savais bien que le langage Python allait me servir un jour !


    Dorothée Scafetta-Marchand, documentaliste iconographe free-lance multimédia

    Dorothée-Scafetta-MarchandFormation

    Maîtrise de cinéma, formation de documentaliste multimédia délivrée par l’Ina (2015), en alternance. Suivi de mooc (My-mooc, Livementor) : obtention du certificat de community manager, mooc de digital marketing, de création de sites avec WordPress, de droit sur le règlement général sur la protection des données (RGPD) et d’autres autour du « free-lancing ». Je déploie beaucoup de compétences diverses, il faut choisir une direction selon ses préférences et ses compétences, mais aussi selon les opportunités.

    Pourquoi exercer en tant qu’indépendante ? Quelles sont vos missions ?

    Mes goûts et mes expériences d’iconographe au sein de grandes entreprises m’ont dirigée vers l’indépendance depuis décembre 2017. Cela me plaît énormément, même si cela demande un grand sens de l’organisation et s’il y a quelques pénibilités administratives. J’aime découvrir de nouvelles entreprises, de nouveaux fonctionnements, rencontrer de nouvelles équipes et apporter une valeur à ce métier mésestimé en partageant mes connaissances et mes savoir-faire.
    En tant que free-lance, il y a aussi la tenue de réunions informatives et les formations auprès des équipes de marketing, de communication, des services de documentation internes, des administrateurs système, de l’entreprise cliente.

    Comment voyez-vous votre avenir ?

    C’est un métier mal connu (dîtes « iconographe » pour voir !), mais en pleine expansion car il répond à une forte demande actuelle. Nous vivons dans une société de l’image !
    Ses transversalités peuvent être diverses, selon les évolutions des métiers du numérique en particulier : community manager, rédacteur web, chargé de webmarketing, opérateur back-office, etc.

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