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Une iconographe à la bibliothèque de Sciences Po : entre gestion des droits, Dam et valorisation

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    Carolin-Maufroid
    "Le métier d’iconographe a évolué. [...] Le professionnel doit acquérir de nouvelles compétences en conduite de projet Dam, en formation et sensibilisation des usagers" Caroline Maufroid
  • La bibliothèque de Sciences Po a mis en place dès 2014 des services d’appui à la recherche et à l’enseignement, à la croisée entre communication, pédagogie et documentation. La question de la gestion des images s’est naturellement posée et Caroline Maufroid, iconographe, est ainsi recrutée. Découvrez ses missions et son quotidien, avec notamment la mise en place d’un nouveau "digital asset management" (Dam). Témoignage.

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    Début 2015, j’ai été recrutée par la bibliothèque de Sciences Po pour créer un service iconographie. Après dix ans d’expérience en tant qu’éditrice photo, cette mission était très stimulante. J’ai lancé en janvier 2016 une enquête afin de cartographier les usages des images par les salariés, enseignants et chercheurs. Identifier les difficultés récurrentes rencontrées m’a permis de trouver l’articulation de mon activité autour d’un panel de services variés.

    Des formations sur le droit à l’image

    Le premier besoin exprimé dans l’enquête était celui de combler le manque de connaissances sur le droit des images. Les nouvelles technologies — recherche inversée d’images, blockchain, technologie Imatag, etc. — fournissent aujourd’hui aux ayants droit les moyens de localiser les infractions et multiplient les litiges. Il était donc urgent de créer des formations pour les salariés.

    Celles-ci ont été déclinées en présentiel comme en ligne avec notamment la création d’un guide thématique dédié assorti d’une veille. Afin d’assurer le suivi des formations, j’ai mis en place un service de « hotline » : chaque salarié peut me contacter par mail ou par téléphone au sujet des usages des images, du décryptage des conditions d’utilisation d’une image à la recherche d’ayants droit. Ce système me permet de m’adapter à l’évolution des besoins. L’efficacité du dispositif a pu être mesurée par l’apparition des crédits photographiques sur les différentes interfaces de Sciences Po, jusque là souvent absents.

    Abonnement à une banque d’images

    Le second axe d’amélioration concernait la fiabilité et la disponibilité des images pour les salariés via un service de recherche et la mise en place de sources d’images licites. Si les médias en Creative Commons ont le mérite d’exister et d’être accessibles à tous, ils présentent quelques limites : mauvaise indexation, cadre légal pas toujours respecté, qualité esthétique discutable.

    Dam

    J’ai donc mis en place un abonnement à une banque d’images « libres de droits », Shutterstock, qui a permis un accès à des visuels de qualité sur des thèmes encyclopédiques, selon un cadre de droit simplifié compréhensible par tous. Il m’arrive aussi de gérer occasionnellement des commandes de photos avec des photographes professionnels afin de créer des illustrations inédites et personnalisées qui ne peuvent pas être achetées via des banques d’images.

    Nouveau Dam

    L’institution rencontrait des difficultés dans la gestion de sa production audiovisuelle : l’absence de centralisation de la production générait un manque de visibilité sur l’ensemble, et les salariés la réutilisaient peu. J’ai alors assuré, avec la collaboration de ma collègue Sylvaine Detchemendy, en charge de la valorisation des archives iconographiques institutionnelles, la mise en place d’un nouveau « digital asset management » (Dam), afin de rationaliser le stockage et le référencement des fonds.

    Les objectifs de cette banque d’images, qui donne accès à toutes les photos et vidéos produites par et pour l’institution, sont de valoriser le patrimoine audiovisuel de Sciences Po et de donner un accès direct aux médias à tous les salariés. En outre, cette base permet d’assurer un archivage sécurisé et le suivi des droits des médias, ce qui est un besoin important, notamment dans le cadre du RGPD.

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    Après un benchmark méticuleux et la rédaction d’un cahier des charges, un marché public a été passé. La solution Dam E-photo d’Einden a été retenue. Au-delà de la reprise des données, l’enjeu était évidemment de mettre au point des bonnes pratiques, et de ne plus se retrouver avec des fonds sans métadonnées ni traçabilité. Le travail de collecte et de catalogage des médias, cœur de métier traditionnel des bibliothèques, reste un impératif quotidien afin de garantir l’efficacité et la pérennité de la base, qui se doit d’être sans cesse actualisée pour rester appréciée et efficace.  

    Grande variété des publics

    Au cours de la mise en place de ces différents services, j’ai rencontré plusieurs grands défis. Le premier a été la très grande variété des publics. En effet, l’enquête a révélé 65 intitulés différents de métiers concernés par l’image au sein de Sciences Po. Les activités afférentes sont très nombreuses : numérisation, recherche, publication, illustration, etc. Si l’utilisation de visuels n’est pas l’activité principale des salariés, elle est récurrente, diluée dans d’autres tâches. Un cadre peut tour à tour faire de la communication sur ses activités, donner une formation ou administrer des pages web.

    Le second défi reposait sur la méconnaissance des modalités d’accès, d’utilisation et de reproduction des images par les salariés. L’illusion du tout gratuit, apparue avec l’avènement d’internet, fait que les salariés ont de grandes attentes en terme de qualité. Or, la plupart des médias qu’ils ont repérés notamment via Google Images sont sous droit, et ils ne peuvent pas les réutiliser comme bon leur semble sur leurs supports imprimés et en ligne. Afin de faire comprendre tout cela, il faut faire preuve de pédagogie, expliquer que tout cela a un coût, ce qui est souvent difficile à accepter dans un monde habitué à la profusion d’images.

    L’enquête et ses suites ont par ailleurs relevé un paradoxe. Les salariés, perdus face à la complexité du droit des images et face à l’absence de sources accessibles, avaient tendance à demander à une iconographe de rechercher des images pour eux. Mais, une fois qu’ils ont accès aux ressources et qu’ils savent s’en servir, ils souhaitent être autonomes. Le choix des images arrive souvent en dernier lieu pour illustrer un travail déjà produit, souvent dans l’urgence, et passer par un intermédiaire à ce moment-là les ralentit. La question du goût, très subjective, se pose aussi : chacun a envie de choisir ses visuels lui-même parce que cela lui permet de « personnaliser » l’interface qu’il illustre, et lui donne une « zone de liberté ».

    Accompagnement sur mesure

    Le périmètre de l’exception pédagogique et de recherche est très complexe. Dans notre établissement d’enseignement supérieur spécialisé dans les sciences humaines et sociales, les enseignants-chercheurs sont de grands consommateurs de reproduction d’œuvres d’art et d’images historiques ou d’archives. Le fait que les photos de géopolitique contemporaine soient sous droit et que les fonds d’archives de presse ne puissent pas légalement être numérisés et mis en accès libre par les bibliothèques génère des surcoûts et d’importantes déceptions auprès de ces publics. Ceux-ci n’ont pas conscience des contraintes de la mise à disposition de ces fonds : les images coûtent cher à produire et archiver.

    Une demande récurrente serait de leur ouvrir de façon gratuite et illimitée les archives de l’Ina et de l’AFP, ce qui est absolument impossible techniquement et légalement. Un accompagnement sur mesure autour de ce public spécifique est nécessaire, afin de lui faire découvrir les rouages de la production des images.

    Aujourd’hui, je constate que le métier d’iconographe a évolué. Au-delà des connaissances des sources et des aptitudes à la négociation des droits, le professionnel doit acquérir de nouvelles compétences en conduite de projet Dam, en formation et sensibilisation des usagers. Le périmètre d’action est très large, de la commande de prises de vue sur mesure pour alimenter la banque d’images à des recherches sur des fonds spécifiques dans le cadre de projets de communication ou pédagogiques (Mooc).

    La transversalité est la clef de voûte de la gestion des images. L’avenir des bibliothèques repose sur la mise à disposition d’experts pour la diffusion d’une information certifiée de qualité. Les iconographes ont donc plus que jamais leur place en bibliothèque.

    Caroline Maufroid
    Iconographe
    Service aux usagers
    Direction des ressources et de l’information scientifique de Sciences Po.

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