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Professionnels de l'information, quelles compétences technologiques devez-vous maîtriser (et à quel point) ?

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    Le paysage des technologies est certes assez vaste pour offrir au professionnel de l'information des opportunités quasi sans limites d'enrichissement de ses compétences. (Freepik/drobotdean)
  • L’informatique et les technologies occupent une place croissante dans les métiers de la gestion de l’information. Les professionnels doivent-ils dans ces domaines augmenter leurs compétences pour mieux les appréhender ? Jusqu’à quel point ? Cet article propose une cartographie détaillée des technologies et compétences en lien avec la gestion de l'information et indique le niveau de maîtrise de ces compétences (de base, intermédiaire ou avancé) à acquérir.

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    Découvrez le guide pratique Métiers de l'info : boostez vos compétences !, publié par Archimag en 2019 ! 

    1. Introduction

    Comme chacun sait, le recours à l’informatique et aux technologies pour la gestion de l’information a crû à un rythme effréné et soutenu dans les six dernières décennies. Les technologies sont maintenant massivement présentes dans tous les systèmes d’information et il n’est pas inhabituel qu’un système d’information ne mette plus en jeu aucun support traditionnel (lire « papier »).

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    Est-ce à dire que les métiers liés à la gestion de l’information relèvent de plus en plus exclusivement du domaine de compétence de l’informaticien ou du technologue ? Non.

    Tout comme le monde de l’aménagement matériel du bâti ne peut se contenter des compétences de l’ingénieur en bâtiment, mais a aussi besoin de celles de l’architecte, de l’urbaniste, du spécialiste en aménagement du territoire... de même, celui de la gestion de l’information requiert non seulement le savoir-faire des ingénieurs en informatique, mais tout autant celui des professionnels de l’information : bibliothécaires, archivistes, documentalistes et autres « architectes de l’information ».

    Résistance ou symbiose

    L’intérêt des premiers, les « ingénieurs » - que ce soit en bâtiment ou en informatique -, part de l’intérieur des objets conçus, pour aller vers l’extérieur. À la frontière - ou interface - entre l’objet et son environnement, la préoccupation de l’ingénieur est surtout la résistance de l’objet face aux charges, contraintes et menaces provenant de l’extérieur (rafales de vent, nombre de véhicules ou de transactions par minute, etc.).

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    En contraste, l’intérêt des seconds, les « architectes » - traditionnels ou de l’information -, part de l’extérieur de l’objet conçu, donc de l’environnement, pour aller vers l’intérieur. La préoccupation première à la frontière de l’objet est la symbiose qu’il peut entretenir avec son environnement en termes de services rendus et reçus. C’est une telle vision des choses qui a mené au mouvement de l’architecture de l’information, issue des métiers de l’information dans les années 1990.

    Vus de la sorte, les domaines d’expertise de l’ingénieur et du professionnel de l’information sont complémentaires.

    Connaissances et compétences utiles, voire essentielles

    Il n’en demeure pas moins que des connaissances et compétences informatiques et technologiques sont utiles, voire essentielles, aux professionnels de l’information. Tous les volets d’une bonne prestation de service - analyse, diagnostic, recommandations, implantation, opération, évaluation - reposent aujourd’hui sur un minimum de compétences technologiques, et parfois, selon les cas, sur des compétences pointues beaucoup plus poussées.

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    2. Quelles compétences ?

    Étant donné le développement fulgurant des technologies utiles en gestion de l’information, il est impossible pour une seule personne de les maîtriser toutes, même sommairement, quels que soient son talent et sa formation.

    Il importe donc d’adopter une approche stratégique dans l’acquisition des compétences : s’assurer de posséder un minimum essentiel, puis pour le reste, identifier un réseau de ressources complémentaires permettant de « couvrir » certaines compétences plus poussées, selon le domaine d’expertise souhaité ou requis.

    Ces ressources peuvent être des formations (ou autoformations) ponctuelles que le professionnel suit lui-même, mais peuvent aussi prendre la forme d’un réseau de personnes aux compétences complémentaires, auxquelles il peut s’associer dans la réalisation de mandats.

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    Minimum essentiel et enrichissements

    Cet article présente une « cartographie » qui pourrait s’avérer utile dans l’élaboration d’une stratégie d’acquisition de compétences par un professionnel de l’information. Elle permettra certes d’identifier un « minimum essentiel », mais également certains enrichissements possibles.

    Une telle cartographie est forcément discutable. Nos choix sont basés sur 27 années d’enseignement à des futurs professionnels de l’information, et sur de nombreuses interactions avec des professionnels en exercice au cours de projets de recherche-consultation réalisés auprès de différentes organisations, publiques et privées.

    3. Les modalité de la cartographie

    Étant donné le nombre de compétences en jeu, nous identifions celles-ci non pas par des verbes d’action accompagnés d’une description des savoirs mobilisés, des contextes de prestation et des critères de performance (la façon habituelle), mais plutôt en les rattachant à une technologie particulière (par exemple « XML ») ou à un sujet technologique (par exemple « géolocalisation »).

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    Chaque technologie ou sujet peut ainsi représenter trois compétences, correspondant à trois niveaux de maîtrise, définis approximativement comme suit :

    • Niveau 1 : de base

    Connaître l’existence de la technologie (la distinguer de simples « buzzwords » et de noms d’outils), avoir une certaine idée des principes de fonctionnement, une bonne idée des domaines d’application et, surtout, en connaître les limites et les dangers possibles.

    • Niveau 2 : intermédiaire

    « De base » plus excellente compréhension des fondements théoriques de la technologie, connaissance de son positionnement socio-technologique (d’où vient cette technologie, quels acteurs l’ont développée, la soutiennent, l’utilisent), connaissance des principaux outils liés à la technologie ou permettant d’explorer le sujet.

    • Niveau 3 : avancé

    « Intermédiaire » plus expérience extensive de première main avec la plupart des outils liés à la technologie, dans des contextes représentatifs des cas d’utilisation les plus fréquents, ou permettant d’explorer à fond le sujet.

    Il est ainsi possible de représenter un ensemble de compétences comme un ensemble de technologies et sujets technologiques, chacun accompagné d’un niveau de maîtrise visé. La division en trois niveaux est bien sûr arbitraire ; il s’agit en réalité d’un continuum.

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    La cartographie ci-dessous présente un ensemble de technologies et de sujets dont la maîtrise peut, d’une façon ou d’une autre, être utile en gestion de l’information. Ce que nous considérons être un « minimum essentiel » de compétences technologiques pour un professionnel de l’information correspond aux éléments auxquels nous avons accolé une indication du niveau de maîtrise suggéré : niveau de base Niveau 1, intermédiaire Niveau 2, ou avancé Niveau 3. Les éléments sont regroupés par « domaines », selon leur finalité première.

    Connaissances et compétences non incluses

    Notons que nous n’avons pas inclus les compétences technologiques « citoyennes », nécessaires à toute personne dans la vie de tous les jours, comme une maîtrise minimale des outils de bureautique, du courriel, d’un téléphone intelligent, d’un ordinateur, la navigation de base sur internet, etc.

    Nous n’incluons pas non plus la connaissance d’une méthodologie générale d’intervention de type « design d’expérience-utilisateur », que nous supposons utilisée par le professionnel dans toute prestation de service. Les compétences ne relevant pas directement des technologies sont aussi exclues, notamment tout ce qui a trait à la gestion, à la connaissance des sources d’information, aux normes de description de documents et au droit, incluant le droit des technologies.

    Les éléments auxquels nous n’avons pas accolé de niveau peuvent tous être considérés comme des voies possibles d’enrichissement des compétences. Ceux qui nous semblent les plus pertinents, notamment pour leur potentiel facilitateur dans l’acquisition d’autres compétences, sont marqués d’un pouce levé yes.

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    Technologies à surveiller

    Certaines technologies sont incluses non pas pour leur intérêt direct comme objet d’expertise pour un professionnel de l’information, mais parce que leur évolution peut avoir un impact important sur la gestion de l’information. Nous les considérons « à surveiller » et leur avons accolé le symbole enlightened.

    Même si nous ne l’avons pas toujours indiqué explicitement, une préoccupation transversale à toutes les compétences doit être la normalisation, puisque l’échange d’information et sa pérennisation éventuelle sont des problématiques au cœur de la gestion de l’information.

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    4. Cartographie : technologies et compétences en lien avec la gestion de l’information

    Représentation de l’information

    1. Codes binaire, hexadécimal ; unités de mesure de l’information - Niveau 3
    2. Jeux de caractères - Niveau 3
    3. Formats de document - Niveau 2
    4. Formats multimédias : image, son, vidéo ; avec et sans perte - Niveau 2
    5. Compression de l’information - Niveau 2
    6. Création : reconnaissance optique de caractères (ROC), captation et traitement d’images, du son, de la vidéo - Niveau 2

     Métadonnées

    1. Métadonnées : système/d’application, imbriquées/détachées - Niveau 3
    2. Web sémantique, RDF, ontologies (OWL) yes
    3. Données ouvertes, « linked open data in libraries, archives and museums » (LODLAM) yes

     Recherche d’information

    1. Recherche de fichiers en système d’exploitation : par métadonnées, sur texte intégral, logique booléenne - Niveau 3
    2. Recherche sur moteurs de recherche web - Niveau 2
    3. Modèles de repérage de l’information (booléen, vectoriel, logique, etc.)

    Structuration de l’information

    1. Documents structurés (HTML, CSS, XML, XSLT) - Niveau 2
    2. Bases de données textuelles - Niveau 2
    3. Bases de données relationnelles (SQL) - Niveau 1
    4. Modélisation (structuration avant saisie) : pour BD textuelle, relationnelle, XML - Niveau 1
    5. Bases de données noSQL (XQuery) yes
    6. Bases de données orientées-objet

    Traitements automatiques après saisie

    1. Résumé, classification, indexation automatiques yes
    2. Fouille de texte (« text mining ») yes
    3. Clustering, visualisation, bibliométrie

    Sécurité de l’information

    1. Cryptographie : à clé secrète, à clé publique, certificats, autorités, infrastructures à clés publiques (PKI) yes
    2. Hachage, intégrité yes
    3. Signature numérique yes
    4. Sécurité dans les réseaux
    5. Informatique quantique, cryptographie quantique enlightened

    Technologies générales

    1. Architecture client-serveur, architecture d’internet - Niveau 3
    2. Logiciel libre - Niveau 2
    3. Réseaux, topographie, protocoles, protocoles d’internet - Niveau 1
    4. Solutions hébergées, logiciel-service (« software as a service »), infonuagique (« cloud computing ») - Niveau 1
    5. Géolocalisation - Niveau 1
    6. Reconnaissance de la parole, de l’écriture manuscrite - Niveau 1
    7. Programmation yes
    8. Apprentissage profond (« deep learning ») enlightened
    9. Chaîne de blocs (« blockchain ») enlightened
    10. Méga-données (« big data »), fouille de données (« data mining ») enlightened
    11. Internet des objets (IOT) enlightened

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    5. Discussion

    Un des reproches que l’on peut faire à la cartographie proposée est qu’elle contient des éléments de niveaux de précision très différents. La « taille » d’un élément influencera évidemment l’ampleur de l’effort requis pour acquérir les compétences associées. Par exemple, acquérir un niveau avancé en géolocalisation (une famille de technologies) représente probablement un effort plus grand que d’acquérir ce même niveau en bases de données textuelles (technologie assez bien circonscrite).

    On peut s’étonner de l’importance donnée à la représentation de l’information, en particulier aux jeux de caractères. Notre expérience suggère qu’il s’agit souvent de points d’achoppement lors de la mise en place de solutions. De plus, bien que notre monde soit de plus en plus axé sur l’image et la vidéo, les données textuelles demeurent primordiales, notamment pour les métadonnées.

    Recherche sur moteurs de recherche web : niveau intermédiaire

    Nous ne voyons pas la nécessité de dépasser un niveau intermédiaire dans la recherche sur moteurs de recherche web.

    En effet, nous considérons qu’il n’est pratiquement plus possible de devenir un véritable « expert » en la matière, étant donné les changements incessants que les moteurs de recherche apportent à leurs algorithmes, le recours de plus en plus grand à l’intelligence artificielle, et le jeu du chat et de la souris auquel se livrent les moteurs de recherche et les experts en référencement (« SEO ») ; tous ces facteurs rendent la recherche sur moteur de recherche moins transparente, moins prévisible et donc moins intéressante d’un point de vue professionnel.

    Notons que notre définition de niveau intermédiaire inclut tout de même les fonctions appelées « recherche avancée » par les moteurs de recherche.

    Les technologies quantiques sont mentionnées pour la simple raison que l’avènement éventuel de l’ordinateur quantique mènerait à l’effondrement de toute l’infrastructure de sécurité informatique actuelle, basée sur la cryptographie à clé publique (et donc, sur la difficulté de problèmes mathématiques comme la factorisation de grands nombres).

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    6. Conclusion

    Le paysage des technologies est certes assez vaste pour offrir au professionnel de l’information des opportunités quasi sans limites d’enrichissement de ses compétences. Pour éviter l’éparpillement, nous ne saurions trop insister sur le besoin d’une stratégie de développement.

    Pertinence dans la société

    Plus globalement, en ce qui concerne l’évolution des métiers de l’information, investir pleinement et avec enthousiasme le monde des technologies de l’information est à la fois une nécessité et une garantie du maintien de leur pertinence dans la société. Il importe néanmoins que cette évolution se fasse dans le respect des spécificités propres des différents métiers, qui constitueront toujours un ajout essentiel aux compétences des ingénieurs, informaticiens et technologues.

    Par Yves Marcoux
    [Ph.D, professeur associé
    École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI)
    Université de Montréal]

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