L'innovation à la lumière de la veille : placer l'information au cœur du processus

La veille et l'innovation, vues par le dessinateur Yves Barros. Archimag/Barros

 

L’innovation est le leitmotiv des discours sur la sortie de crise et le développement économique. Pour accompagner la recherche et le lancement de nouveaux produits et services, une démarche de veille est nécessaire. Qu'elle soit concurrentielle ou technologique, elle s’impose, avec un passage obligé par l'aspect brevet, trop souvent négligé. Mais l’innovation peut aussi emprunter la voie nouvelle de l’open innovation. Et restons attentifs aux avancées des think tanks...

Sommaire du dossier :

 

« Il faut que la veille devienne l’affaire de toutes et de tous », déclarait récemment Claude Revel, la déléguée interministérielle à l’Intelligence économique. À ses yeux, les sociétés françaises n’ont pas encore assez pris la mesure de l’importance de l’information dans leur processus d’innovation. Pourtant, quand on interroge les dirigeants d’entreprises, une grande majorité d’entre eux semble consciente des enjeux qui lient la veille à la conquête de nouveaux marchés.

Selon une étude réalisée en 2013 par le cabinet Pricewaterhouse Coopers, 61 % des chefs d’entreprises à travers le monde considèrent que l’innovation est une priorité ou un objectif principal. Mais dans la pratique, les choses sont bien différentes.

En effet, 55 % des patrons interrogés reconnaissent que leur entreprise ne recherche pas activement les opportunités d’innovation (étude Accenture 2013). Et les obstacles sont désormais bien connus : contraintes de ressources (temps, collaborateurs), compressions budgétaires, mais aussi absence de processus d’innovation structurés.

la France : 11e en Europe et 16e dans le monde

Dans l'Hexagone, la situation préoccupe les observateurs. Selon le rapport L’Innovation, un enjeu majeur pour la France (1), la position de notre pays dans les classements internationaux sur l’innovation reste stable depuis plusieurs années. Mais elle n’est guère réjouissante : 11e rang en Europe, 16e rang dans le monde.

Comparativement, sa classification dans le domaine de la recherche et du développement est plus flatteuse : 6e place mondiale. 

En perte de vitesse, la France apparaît donc comme un « pays suiveur », en décrochage par rapport aux nations européennes les plus innovantes comme l’Allemagne, le Danemark, la Suède ou la Finlande.

Pour les deux auteurs de ce rapport, une série d’actions doivent être lancées, dont la veille figure en bonne position. 

Une leçon retenue par l’École nationale supérieure des mines d’Albi-Carmaux (Tarn), qui accorde une place importante au patrimoine informationnel. Dès leur première année, les étudiants sont sensibilisés aux notions de propriété industrielle et de veille technologique.

« 75 % de l’information technologique est disponible dans les brevets ; 60 % de cette information n’a pas fait l’objet de publication et ne se retrouve pas ailleurs », précise le site Internet de l’école. Les élèves-ingénieurs sont donc invités à plancher sur des disciplines naguère délaissées par les formations scientifiques : recherche documentaire, exploitation de bases de données, analyse et mise en forme de l’information…

Et pour mieux saisir les enjeux de la veille technologique, les étudiants sont confrontés à des cas réels dans le cadre de partenariats avec les entreprises.

entreprise 2.0

Ces étudiants (et futurs professionnels) seront-ils les artisans de l’entreprise 2.0 ? Ce concept désigne les structures où l’information circule plus rapidement grâce, entre autres, aux réseaux sociaux. Les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail ont grandi avec Facebook et ont pris l’habitude d’échanger des « informations » par ce biais, plutôt que par le courrier électronique. 

Pour le consultant, et auteur de l’ouvrage Le Nouveau Management de l’information (2), Christophe Deschamps, « l’entreprise 2.0 devient apprenante grâce à ces flux d’information qui circulent en permanence ». Selon lui, la veille et le management de l’information sont intimement liés et sont un puissant vecteur d’innovation : « Si la veille n’est pas partagée avec les autres membres de l’entreprise, elle n’a pas de sens car ce sont ses membres qui enrichissent l’information recueillie. Les veilleurs ont vocation à partager l’information qu’ils collectent. »

C’est ce chemin qu’emprunte la société Damart, à Roubaix. Connue pour ses vêtements réchauffants, climatisants ou rafraîchissants, la marque vient de mettre en place une cellule de veille rattachée à son service Recherche et développement.

Dans l’univers textile hypercompétitif, où la production s’est progressivement délocalisée vers le Bangladesh ou la Chine, Damart souhaite ainsi détecter au plus tôt les tendances du marché. L'objectif : savoir ce qui se passe dans le domaine des nouvelles matières, des technologies textiles et des applications produit.

externalités positives

Depuis quelques années, un autre concept a fait son apparition au sein des entreprises : l’innovation ouverte. On ne compte plus les sociétés qui ont fait appel aux externalités positives (leurs clients) pour améliorer leurs produits : les opérateurs téléphoniques Orange et SFR, le leader mondial de l’isolation Isover, le spécialiste de l’informatique Cisco…

Sans oublier les logiciels libres utilisés par des millions d’internautes comme Firefox ou Open Office, qui montent en gamme grâce aux contributions de personnes externes.

Faire appel aux talents extérieurs est promis à un bel avenir car les entreprises ont compris l’énorme potentiel d’idées innovantes pouvant se trouver hors de leurs murs. Mais cela ne se fait pas sans risque et demande de nouvelles règles de fonctionnement susceptibles de bouleverser les hiérarchies et les formes traditionnelles d’organisation. 

Mais comme aime à le répéter Anne Lauvergeon, ancienne présidente d’Areva et nommée à la tête de la commission Innovation 2030 par Jean-Marc Ayrault : « Innover, c’est un risque à prendre. Et il faut accepter le risque. »

 

(1) L’Innovation, un enjeu majeur pour la France, Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin, 2013.

(2) Le Nouveau Management de l’information, Christophe Deschamps (éditions FYP).

 

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