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Archives de Paris : quels sont les professionnels qui préservent notre patrimoine ?

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    Les Archives de Paris comptent 70 agents. Qui sont-ils ? (Crédit : Patrice Clavier, Les Archives de Paris)
  • Environ soixante-dix professionnels travaillent au sein des Archives de Paris. Des archivistes, bien sûr, mais aussi des restaurateurs, des magasiniers, des chargés d'études documentaires... Rencontre avec celles et ceux qui font vivre la mémoire parisienne.

    archives-parisAux portes de Paris, c'est un bâtiment blanc et discret que l'on doit à l'architecte Henri Gaudin. L'édifice qui sert d'écrin au patrimoine documentaire parisien reçoit chaque année plus de 17 000 usagers.

    "Nous accueillons tous les jours des généalogistes, des universitaires, des chercheurs et beaucoup de curieux qui viennent effectuer des recherches individuelles", explique Guillaume Nahon le directeur des Archives de Paris.

    À la tête d'une équipe de 70 agents, il rappelle les missions des Archives de Paris : "Nous avons à la fois des compétences d'un service d'archives communales et celles d'un service d'archives départementales. Cela génère donc un important volume qui représente à ce jour environ 67 kilomètres linéaires répartis sur notre site parisien et notre annexe située à Villemoisson-sur-Orge (Essonne)".

    archives-parisPour faire vivre ce patrimoine documentaire, les Archives de Paris font appel à plusieurs corps de métiers. À commencer par Émilie Legrand, restauratrice, qui assure la restauration des documents en vue de leur numérisation (voir notre article Restauration et reliure : les archives en réanimation). Dans son atelier de reliure et de restauration, elle procède à une série d'interventions : diagnostic de l'altération de l'archive, dépoussiérage, doublage de certains documents, reconditionnement... Elle restaure aussi bien des registres militaires que des cartes ou des plans. Le tout dans le respect de procédures parfaitement balisées :

    "Les normes en la matière sont strictes. Une restauration devant toujours être réversible et utiliser des matériaux neutres ou permanents".

    Face à l'ampleur des lots à restaurer, les Archives de Paris ont opté pour une politique d'intervention ciblée plutôt qu'exhaustive. Pour l'aider dans un chantier sans fin, Émilie Legrand peut également compter sur la présence de stagiaires qui viennent lui prêter main-forte. 

    Séchage, désinfection, indexation

    archives-parisLes usagers qui ont l'habitude de fréquenter la salle de lecture des Archives de Paris n'ont malheureusement pas la chance de pouvoir visiter les salles de tri. Véritables cavernes d'Ali Baba, elles sont le centre névralgique de l'institution et abritent une grande variété de documents en cours de traitement.

    "C'est ici que nous procédons aux opérations de classement, explique Audrey Ceseli, responsable de collecte ; nous vérifions que les bordereaux de versement correspondent bien aux documents qui nous sont adressés ».

    Au mois d'avril dernier, un lot de documents particulièrement émouvants était en cours de traitement : les dessins et messages déposés par les Parisiens aux abords des sites touchés par les attentats du 13 novembre 2015.

    "La collecte de documents a commencé dès le mois de décembre devant le Bataclan et les terrasses des cafés. Nous les avons ensuite séchés, désinfectés et indexés avant de les numériser", précise Audrey Ceseli.

    archives-parisIl n'aura fallu qu'un peu plus d'un an aux archivistes parisiens pour les mettre gratuitement à disposition des internautes sur le site des Archives de Paris. À la mi-avril 2017, près de 7 350 images pouvaient être consultées.

    "La chaîne de traitement de ce fonds documentaire s'est faite en temps réel. Ce travail a demandé un important investissement de la part des agents... en plus des missions que nous menons habituellement", explique Guillaume Nahon. 

    La valorisation de ce corpus documentaire n'est pas terminée pour autant. Des fonds d'archives sont en effet proposés spontanément par des écoles et par des habitants. Par ailleurs, les archivistes travaillent à l'amélioration des notices d'autorité afin de décrire plus précisément les images mises en ligne en indiquant notamment les contenus qui figurent sur ces dessins.

    Autre caverne d'Ali Baba, le magasin des documents figurés regorge de trésors. « Nous archivons des atlas, des affiches, des photographies et de nombreux plans notamment les permis de construire depuis la fin du XIX​e siècle », explique Nicolas Courtin, responsable des documents figurés. 

    Reprographie et numérisation

    Voici un autre fonds exceptionnel, "les dessins et modèles déposés au conseil de prud’hommes de la Seine entre 1845 et 1979 constituent un véritable conservatoire de la création industrielle parisienne", s'enthousiasme Jean-Charles Virmaux, chef du service des archives privées et des fonds spéciaux. Ces documents, en deux et trois dimensions, étaient déposés par les industriels afin de lutter contre la contrefaçon. À partir de 1979, c’est l’Institut national de la protection industrielle (Inpi) qui a pris le relais. On y trouve ainsi de splendides croquis de la prestigieuse maison de haute couture Callot Sœurs, parfois accompagnés d'échantillons de tissus, de dentelles et de broderies.

    Au bout d'un couloir, la lumière se fait plus rare lorsque l'on accède à l'atelier de reprographie et de numérisation.

    "Nous proposons des copies de certains documents aux usagers qui en font la demande. Nous avons par ailleurs fait appel à la société Arkhenum pour numériser certains fonds comme les registres de matricule militaires qui sont en cours de traitement", précise Thibaud Bouard, chef du service de la conservation et des technologies de l'information.

    Instruments de recherche

    archives-parisComme de nombreux services d'archives en France, les Archives de Paris sont présentes sur le web à travers leur site institutionnel qui a été récemment refondu. Les statistiques de fréquentation donnent le vertige et témoignent de l'intérêt des Parisiens pour leur patrimoine : environ 33 millions de pages vues en 2015, 45 millions en 2016 et déjà 16 millions pour le seul mois de mars 2017 !

    Pour Gaël Donneger, responsable du système d'information et de la numérisation, "la mise à disposition d'instruments de recherche en ligne permet aux usagers de préparer leur venue en salle de lecture. Munis de cotes précises, ils n'ont plus qu'à communiquer celle-ci aux agents en salle et ainsi accéder plus rapidement aux documents recherchés".

    Résultat : il ne faut qu'une vingtaine de minutes entre le dépôt d'une demande de communication de document et sa communication à l'usager. L'an dernier, environ 55 000 documents ont été communiqués.

    Au-delà des « missions régaliennes » qui leur sont confiées, les agents des Archives de Paris proposent également des offres culturelles et éducatives. Des conférences et des cours d'initiation à la recherche sont assurés par les archivistes. Les béotiens apprennent ainsi à « débuter une recherche biographique » ou à « rechercher dans les fonds judiciaires ». Totalement gratuits, ces cours sont ouverts à tous les usagers munis d'une carte de lecteur (gratuite elle aussi). 

    Quant à l'offre éducative, elle se présente sus la forme d'ateliers destinés aux élèves des écoles élémentaires. Ces derniers sont invités à réfléchir à des sujets qui les concernent personnellement : « ton école a-t-elle toujours été dans Paris ? » ou « le Paris du baron Haussmann ». 

    Mener de front autant d'activités ne s'improvise pas. Le succès rencontré par le site des Archives de Paris et la croissance de flux documentaires hybrides (papier et numériques) conduit à l'innovation constante. Les archivistes s'attellent déjà à un projet d'archivage électronique.

    À lire sur Archimag

    Le chiffre du jour

    C'est le nombre de documents relatifs aux attentats du 13 novembre 2015 et mis en ligne sur le site des Archives municipales de Paris.

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