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Restauration et reliure : les archives en réanimation

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    Bien que de plus en plus fréquents, les projets de numérisation ne sont pas encore la norme et certains documents tellement abîmés que toute communication ou manipulation devient impossible. (CJO/Archimag)
  • Dégradées par les ravages du temps, par de mauvaises conditions de conservation ou par les manipulations, certaines archives ne sont plus numérisables ou communicables et leur restauration s'impose. C'est la mission de l'atelier de reliure et de restauration des Archives de Paris.

    Certes, la numérisation permet de "figer" dans le temps une archive et de la rendre consultable sans dégrader le document original. Bien que de plus en plus fréquents, les projets de numérisation ne sont pas encore la norme et certains documents tellement abîmés que toute communication ou manipulation devient impossible.

    C'est là qu'intervient la restauration d'archives, laquelle consiste à opérer une intervention directe sur un document afin de le consolider et de rétablir sa fonctionnalité en vue, ou pas, d'une numérisation, d'une exposition ou de consultations futures. Son objectif : rendre communicables les documents.

    Remise en forme d'archives

    Loin des salles de lecture, au rez-de-chaussée des Archives de Paris, dans le 19e arrondissement, et au bout d'un dédale de couloirs inaccessibles au public, se cache son atelier de reliure et de restauration.

    Véritable espace de "remise en forme" pour archives fatiguées, c'est ici que sont restaurés la plupart des documents conservés au 18 boulevard Sérurier, qu'il s'agisse de feuillets simples, de registres, d'atlas, de cartes, de plans et même de quelques dessins.  

    Bien que la somme des documents à restaurer soit immense, Emilie Legrand règne seule en maître 

    sur son atelier. Ceci sans chômer, obligée parfois d'intervenir sur de grosses quantités de lots d'archives au gré des demandes des conservateurs. 

    Dépoussiérer, gommer, combler ou encore reconditionner : l'éventail de ses interventions est vaste, et ce afin de nettoyer, réparer ou encore préserver une archive. "Travailler sur une reliure me prend entre dix et quinze heures, explique-t-elle ; et je peux passer d'une quinzaine de minutes à plusieurs jours de travail sur un même document, en fonction des éléments à restaurer".

    La jeune femme réalise également des travaux en urgence sur des documents consultés en salle de lecture : "C'est le cas par exemple des registres militaires, poursuit-t-elle, truffés de caches empêchant la divulgation de certaines informations protégées. Celles-ci devenant petit à petit communicables, je dois parfois opérer une intervention directe et rapide afin d'ôter le cache sans altérer l'archive et permettre à la personne intéressée de repartir avec l'information dans la journée".

    Les mêmes gestes qu'au 16e siècle

    Mais avant toute restauration, Emilie Legrand doit établir un diagnostic précis de la nature des composants et des causes de l'altération de l'archive. Une étape indispensable pour anticiper l'étendue et la nature de son intervention. "Les normes en la matière sont strictes, poursuit la jeune femme ; une restauration devant toujours être réversible et utiliser des matériaux neutres ou permanents". 

    Il s'agit là de deux grands principes fondamentaux : une intervention ne doit en effet avoir aucun impact sur le document d'origine, ni perturber l'évolution de ses matériaux tels que le papier, l'encre ou encore le cuir. "Nos pratiques en reliure n'ont pas beaucoup évolué par rapport à celles du 16e siècle, poursuit-elle ; certes, nos outils prennent un peu moins de place, mais les gestes sont les mêmes". 

    Habituée à restaurer des archives administratives, Emilie Legrand apprécie de travailler parfois sur des documents plus singuliers. A l'image d'un parchemin du 12e siècle, le plus ancien document conservé aux Archives de Paris, ou un autre du 17e siècle, qu'elle a elle-même restauré il y a quelques mois. Tout comme un lot d'objets ayant appartenu aux "enfants trouvés" de la ville de Paris (1), chargés en émotion, et que la jeune femme doit conditionner sur mesure afin de les protéger au mieux.

    Véritable lieu de transmission, l'atelier accueille chaque année plusieurs stagiaires issus essentiellement du Lycée Corvisart Tolbiac, pour la reliure, et de l'Ecole de Condé (2), pour la restauration papier. Une présence bienvenue pour assister Emilie Legrand dans sa tâche et recevoir son enseignement. "Il faudrait une dizaine de personnes à temps plein pour écouler l'ensemble des documents à restaurer", explique-t-elle ; "mais disposer de cet atelier est déjà formidable car rares sont les services d'archives ayant la chance d'en avoir un !"

    (1) Pour les enfants trouvés, abandonnés et orphelins. A partir de 1859, ils seront appelés "Enfants assistés".
    (2) Les deux établissements sont à Paris.

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