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COP21 : nos pratiques numériques sont-elles écologiques ?

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    S'il vous semble évident que le numérique, supposément dématérialisé, offre une alternative propre, verte, et économe en ressources, la réalité va vous surprendre. (Pixabay/kaboompics)
  • Tri sélectif, baisse du chauffage, usage des transports en commun, etc. Chacun peut agir à son niveau pour tenter de réduire son empreinte écologique. Mais avez-vous une idée de ce que représentent nos clics quotidiens sur la toile et notre utilisation frénétique des nouvelles technologies ?

    Alors que la conférence internationale de Paris sur le climat (COP21) a démarré depuis seulement quelques heures, certains - et non des moindres - se sont d'ores et déjà emparés de la question de l'impact des nouvelles technologies sur le climat.

    Plusieurs grandes fortunes des nouvelles technologies (Jeff Bezos d'Amazon, Marc Benioff de Salesforce, Jack Ma d'Alibaba, Xavier Niel de Free, Mark Zuckerberg de Facebook ou encore Richard Branson de Virgin), avec Bill Gates en tête de proue, se sont en effet fédérés autour du projet "Breakthrough Energy Coalition". Son objectif ? Focaliser les investissements de ces gros industriels dans les nouvelles technologies d'énergie propre en misant "sur les entreprises émergentes qui ont le potentiel de créer un avenir énergétique à émissions de carbone quasi nulles apportant une énergie fiable et abordable à tout un chacun".

    "numérico-écolo-responsables" ?

    Car il faut admettre que l'empreinte écologique du numérique est loin d'être négligeable et que cette économie "virtuelle" est réellement très gourmande en énergie. Si surfer sur la toile peut nous paraître plutôt anodin comparé à la consommation en CO2 de notre voiture, il est tout de même difficile de se faire une idée de l'impact écologique de nos pratiques numériques.

    Certes, dématérialiser pour réduire notre consommation de papier, choisir les factures électroniques plutôt que les courriers papier, gérer et consulter nos rapports professionnels sous format PDF ou encore lire des romans sur liseuse nous semblent être des actions quotidiennes écolo-responsables. Mais qu'en est-il réellement ? 

    Courrier papier vs mail

    Selon l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), l'envoi des courriers électroniques d'une entreprise de 100 personnes représente chaque année 13,6 tonnes de CO2, soit 14 allers-retours Paris-New York. Certes, cet impact peut sembler dérisoire comparé à l'envoi par la poste de ces mêmes messages, mais il prouve à quel point les équipements physiques qu'induit l'économie virtuelle consomment énormément d'énergie. En premier lieu les serveurs et centres de stockage de données par lesquels transitent ou se stockent les milliards de textes, d'emails, d'images et de vidéos circulant chaque jour sur la toile. 

    "On estime qu’un data center moyen consomme autour de quatre mégawatts par heure, ce qui équivaut environ à la consommation de 3 000 foyers américains", explique Fabrice Flipo, co-auteur de La face cachée du numérique ; "à l'échelle mondiale, les data centers représentent 1,5 % de la consommation électrique, soit l'équivalent de la production de 30 centrales nucléaires". Il poursuit : "Avec l’essor spectaculaire du stockage en ligne, ces chiffres sont appelés à croître sans cesse. La production de données pourrait être multipliée par 50 dans le monde d’ici à 2020".

    Pour info, sachez que la consommation électrique d'un data center s'apparente à la consommation en énergie d'une ville de 200 000 habitants. 

    Facture papier vs facture électronique

    Le Groupement de Service EcoInfo (CNRS, INRIA, ParisTech, etc) s'est chargé de comparer l'impact d'une facture papier et celui d'une facture électronique dans "Les impacts écologiques des technologies de l'information et de la communication". Le résultat est nuancé : la facture numérique est globalement moins dommageable à l'environnement si celle-ci n'est jamais imprimée (ce qui est pourtant le cas une fois sur trois) et si sa consultation en ligne dure moins de trente minutes. Car si l'impression et l'acheminement d'une facture papier est bien évidemment impactante, il ne faut pas négliger l'équipement de l'utilisateur (ordinateur, box internet, imprimante) et celui des fournisseurs d'accès (serveurs, centres de stockage de données, etc) permettant de réceptionner puis de lire la fameuse facture.

    Visualiser les 5 étapes, toutes consommatrices d'énergie, nécessaire à la création et à l'envoi d'une facture électronique permet de comprendre le résultat surprenant de l'étude citée plus haut :

    • Création de la facture, sauvegarde, création de l'email et envoi ;
    • Réception de l'email et consultation ;
    • Ouverture de la facture ou consultation sur le site de l'émetteur de la facture ;
    • Téléchargement en PDF ;
    • Archivage sur ordinateur et/ou impression

    La consommation de l'ensemble de ces opérations pour un utilisateur unique s'élève à 36,5 Wh.
    ​Pour info, sachez que la même consommation vous permettra de regarder la télévision pendant 10 minutes environ, de faire fonctionner votre frigo pendant 53 minutes ou de travailler sur un ordinateur fixe pendant 13 minutes.

    Livre papier vs liseuse

    Vingt millions d'arbres (dont un sur cinq provient encore de forêts anciennes) sont abattus chaque année pour fabriquer les centaines de milliers de livres publiés. Mais selon l'Institut Carbone 4, la création d'un livre ne représenterait que 1,3 kg en équivalent Carbone, contre 135 kg pour un Ipad, et 168 kg pour une liseuse.

    Selon ces chiffres, lire sur une liseuse deviendrait donc écologiquement intéressant à partir du 130ème livre lu. Mais quand on sait qu'un Français lit en moyenne 16 livres par an, il faudrait donc 8 ans avant que le ratio liseuse vs livre papier s'inverse. Pourtant, on ne garde généralement pas aussi longtemps un tel outil, en raison de ses pannes, et surtout de son obsolescence programmée destinée à nous faire renouveler régulièrement nos équipements électroniques. Le livre papier, lui, est quasiment inusable (si conservé dans de bonnes conditions, évidemment).

    De plus, c'est du côté du recyclage que le fossé se creuse entre les deux supports de lecture : si les matières premières nécessaires à la fabrication des liseuses et tablettes (plastiques, matériaux chimiques, lithium des batteries, etc) peinent encore à être recyclées correctement, le recyclage des livres papier améliore encore leur impact environnemental. Selon l'Analyse de cycle de vie de Terre Vivante sur la fabrication des livres, une tonne tonne de papier recyclé permettrait en effet d'épargner 17 arbres et économiserait 40 % d'eau et d'énergie.

    Journal papier vs requêtes sur les moteurs de recherche

    Selon le rapport "L'empreinte carbone du secteur de l'édition" réalisé pour le compte de l'Association mondiale des journaux et éditeurs de médias d'information (Wan-Ifra), l'impact moyen entre la version papier et numérique d'un même journal serait très proche. "En fonction des habitudes et du temps de lecture, le journal imprimé est même souvent meilleur que les versions en ligne ou mobiles en raison d'un bilan carbone inférieur", précise Manfred Werfel, directeur de Wan-Ifra.

    Selon l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les ​requêtes internet lancées via les moteurs de recherche représentaient en 2011 une moyenne de 9,9 kg de CO2 par an et par internaute. Imaginez donc qu'au total, les 46 millions d'internautes français produisaient donc 450 000 tonnes de CO2 rien qu'en surfant sur le web.

    Fabrication vs usage

    Selon EcoInfo, si la phase d'usage des TIC ne représente environ que 10 % de la consommation d'électricité dans le monde, c'est la phase de fabrication qui est la plus polluante et qui concentrerait à elle seule plus de 80 % des impacts (épuisement des ressources, effet de serre, destruction de la couche d'ozone, consommation d'énergie, etc.)

    Précisons tout de même que les méthodes de calculs de l'empreinte écologique des nouvelles technologies suscitent de nombreux débats. Les grands opérateurs ou constructeurs rechignent souvent à diffuser leurs données et préfèrent produire eux-mêmes des études (sans regard indépendant) ayant tendance à minimiser leur impact. 

    De plus, le champs des études est bien souvent obscur : il est par exemple difficile de savoir si la fabrication de tous les équipements servant à se connecter, si la mise en place du réseau ou si la fin de vie de l'équipement ont été pris en compte ou pas.

     

     

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