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Polémique chez les bibliothécaires au sujet des messages Facebook de la rédactrice en chef du Bulletin des Bibliothèques de France

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    facebook
    Certains des bibliothécaires appartenant au groupe public Facebook "Tu sais que tu es bibliothécaire quand..." s'insurgent contre certains messages postés publiquement par la rédactrice en chef du BBF - Enssib. (Visualhunt)
  • Entre le devoir de réserve des fonctionnaires, la symbolique de la représentation du corps des bibliothécaires et la crédibilité d'une revue professionnelle, cette polémique soulève plusieurs questions.

    Où se situe le curseur, pour un fonctionnaire, entre liberté d'expression et devoir de réserve ? Peut-on tout dire, sans aucun filtre, depuis son compte privé d'un réseau social, alors que l'on représente plus ou moins une profession, de surcroît par une activité de direction d'une revue professionnelle, soumise à la déontologie ? Ce sont quelques unes des questions que pose la polémique qui agite depuis hier le petit monde des bibliothèques sur les réseaux sociaux.

    En cause, plusieurs messages postés sur Facebook par Anne-Sophie Chazaud, conservatrice des bibliothèques et rédactrice en chef du Bulletin des Bibliothèques de France, publié par l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (Enssib).

    Le(s) message(s)

    Tout est parti d'un message publié sur Facebook le mercredi 5 avril au soir sur "Tu sais que tu es bibliothécaire quand...", un groupe public qui rassemble plus de 12 000 membres, dédié à l'échange de réflexions sur le métier de bibliothécaire.

    Celui-ci s'insurge d'un autre message, posté le 4 avril à 10h45 par Anne-Sophie Chazaud sur son compte personnel Facebook, sans aucune restriction de confidentialité, avec ce commentaire :

    "Tu te dis qu'il se prépare des choses moches dans ce pays quand la rédactrice en chef du Bulletin des Bibliothèques de France se permet de tels propos publics... (sur son compte privé qui est public, cette publication en tout cas)"

    En quelques heures, ce message a recueilli des dizaines et des dizaines de réactions et plus d'une centaines de commentaires et réponses sur Facebook, mais également sur Twitter, où il a été également relayé. (La rédaction d'Archimag tient à préciser que l'ensemble des messages publiés sur cet article l'ont été initialement sur Facebook ou Twitter en mode "public" par leurs auteurs. Ils sont visibles par tous ceux qui souhaiteraient se rendre sur la page du groupe en question, c'est pourquoi nous les relayons sans flouter le nom de leurs auteurs.) :

    Depuis, Anne-Sophie Chazaud a privatisé certains de ses messages. Mais des internautes ont exhumé du journal de la rédactrice en chef d'anciens messages datant de mars dernier, encore en mode public : 

    Entre indignation et sentiment d'injustice

    Bien sûr, nous ne commenterons pas le fond des messages postés par Anne-Sophie Chazaud, qui ne sont sensés n'engager que sa personne. Mais si certains internautes n'ont rien eu à redire quant à leur publication, s'insurgeant contre cette polémique qu'ils ont estimée injuste, d'autres se sont indignés ou interrogés sur le caractère public de leur publication initiale :

    Devoir de réserve ?

    En cause, le devoir de réserve qui incombe à tout fonctionnaire. Ces échanges traduisent les questionnements qui agitent quelques uns des professionnels inscrit sur le groupe Facebook, qui s'interrogent notamment sur le caractère symbolique des statuts occupés par Anne-Sophie Chazeau (conservatrice, fonctionnaire et rédactrice en chef d'une revue professionnelle) : 

    "Liberté de conscience vs liberté d'expression surtout, ce qui me pose question dans ce cas, lorsqu'on affiche publiquement ses fonctions et son identité et que l'on poste ouvertement, à plusieurs reprise des propos plutôt contestables. Que cette dame pense ce qu'elle pense, c'est son problème. Dans ce cas qu'elle l'exprime de manière restreinte sur son compte. Elle choisit délibérément de le publier publiquement pour générer des likes et si on lit son mur, elle le fait à plusieurs reprises. On ne peut pas mettre ce genre de comportement sur le compte de la naïveté à mon avis", s'interroge une internaute.

    Une question auquel un autre répond : "Mais aussi que cette personne, avec les opinions qu'elle affiche, occupe une position de pouvoir symbolique forte dans notre champ professionnel est, à mon sens, un problème qui nous concerne toutes et tous".

    Crédibilité et représentation

    Précisons en effet qu'Anne-Sophie Chazeau affiche sur son compte Facebook les différentes fonctions qu'elle occupe ou a occupées dans le passé, se présentant publiquement comme la rédactrice en chef du BBF. Pourtant, nulle mention sur son compte d'une quelconque précision stipulant que ses propos n'engageaient qu'elle et pas son journal ou sa profession. Cet épisode interpelle puisqu'il existe aujourd'hui un véritable flou, pour les fonctionnaires comme pour les journalistes, concernant leurs prises de position personnelles sur les réseaux sociaux qui pourraient être perçues comme l'expression d'une opinion politique ou religieuse susceptible de ternir leur crédibilité journalistique ou de se réclamer (délibérément ou non) représentative d'un corps professionnel. 

    Le débat - que nous avons également entamé avec Anne-Sophie Chazeau, à qui nous avons demandé son sentiment quant à cette polémique, et qui est resté sans réponse de sa part - reste ouvert. 

    Mises à jour :

    • Le 06/04/2017 à 14h : Anne-Sophie Chazeau, qui a depuis la publication de notre article, retiré de son "Intro" Facebook la mention de sa fonction de rédactrice en chef du Bulletin des Bibliothèques de France, a posté dans la foulée un commentaire sur cette polémique depuis son compte : 
    • Le 06/04/2017 à 16h : Depuis Twitter, par l'intermédiaire du compte du Bulletin des Bibliothèques de France, le directeur de l'Enssib a dit partager "l'émotion due au post facebook d'un agent" et rappeler qu'il s'agit d'une "initiative privée qui n'engage ni le BBF ni l'Enssib". On peut tout de même s'interroger sur l'emploi du terme "agent", quand on sait que la conservatrice en question est la rédactrice en chef de sa publication :

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