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Les six compétences d’un architecte de l’information

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    "L’architecte de l’information doit donc tout à la fois être un spécialiste de l’organisation et du repérage des contenus et un spécialiste de l’expérience utilisateur ou utilisabilité" (VisualHunt)
  • Dans notre numéro de décembre-janvier derniers, nous saluions la parution de l’ouvrage collectif « Architecture de l’information », sous la direction de Jean-Michel Salaün et Benoît Habert (De Boeck, 2015). Mais quelles sont les compétences d’un architecte de l’information ? Voici quelques meilleures feuilles.

    1. Une expertise nouvelle

    Pourquoi « architecture » ou « architecte » appliqué à un domaine aussi éloigné des bâtiments que l'information ? Un architecte dans le secteur du bâtiment conçoit un habitat pour qu'il soit approprié aux besoins spécifiques (logement, bureau, commerce...) des personnes qui y vivront ou qui en seront les utilisateurs. Il n'oublie pas, non plus, la part émotionnelle, affective, esthétique, indispensable au cadre de vie. « L’architecte de l’information » structure les contenus et leur accès (navigation, recherche) pour qu’ils soient le mieux adaptés possible aux tâches des utilisateurs effectifs. Par la prise en compte fine de l’expérience de l’utilisateur, il intègre, lui aussi, l’empathie indispensable au « bien-être » informationnel pour que l’utilisateur se sente à l’aise dans un environnement informationnel de plus en plus présent et prégnant. Au centre de son raisonnement se trouve la détection (findability). Les utilisateurs doivent trouver aisément, à point nommé, sous la forme requise, l'information précise qui leur est nécessaire. L'architecte de l'information doit donc tout à la fois être un spécialiste de l'organisation et du repérage des contenus et un spécialiste de l'expérience utilisateur ou utilisabilité.

    Les plus grandes firmes du web, comme Apple ou Google, appliquent les principes de l'architecture de l'information, bien d'autres, la vôtre peut-être, les ignorent à leurs dépens.

    « Au fur et à mesure que la société de l'information avance, les entreprises, les marchés, les sociétés se transforment en réseaux interconnectés et flexibles. L'Internet d'aujourd'hui n'est qu'une petite partie de l'infrastructure de communication ubiquitaire de demain. La construction de ce monde nouveau requiert un nouveau type d'architecture, centré sur les structures numériques et non physiques. Comme ils passeront plus de temps de travail et de loisirs dans les espaces d'informations partagées, les gens demanderont de meilleurs systèmes de recherche, de navigation et de collaboration ». Cette citation, issue du site de l'Information Architecture Institute (IAI) souligne bien l'enjeu.

    rares formations françaises

    L'architecture de l’information s'est développée depuis maintenant plus de quinze ans. En France, les formations annonçant un enseignement en architecture de l'information ou même en UX (user expérience - expérience utilisateur, expertise indispensable à l'architecture de l'information) (...) sont très rares alors que celles portant sur tel ou tel aspect du numérique se sont multipliées.

    Doit-on croire alors que l'architecture de l'information n'est qu'une nouvelle expression pour rhabiller des professions, compétences et formations déjà implantées sur le numérique et toujours attentives à ne pas se laisser dépasser par une modernité technologique galopante ? L'évolution du web et plus largement du numérique a conduit, en effet, à éclater des savoir-faire traditionnels et à affirmer des expertises souvent inédites auparavant : webmestre, développeur web, développeur d'applications, administrateur web, designer interactif, infographiste, animateur de communauté, etc. Dans le même temps des professions plus établies ont cherché à évoluer jusqu'à souvent modifier leur dénomination, par ailleurs variable suivant les continents. Les documentalistes se sont changés en veilleurs, en informatistes, en ingénieurs documentaires, en experts en optimisation du référencement (Search Engine Optimization, SEO). Les journalistes se sont adjoint des data-journalits. Les designers sont devenus interactifs. Un des objectifs de ce livre est de montrer que, face à cette spécialisation extrême et à cette multiplication d'expertises, un peu d'ordre, un peu de recul, une vision plus globale, une meilleure prise en compte des objectifs généraux des institutions ainsi que des besoins effectifs et des comportements des utilisateurs sont indispensables pour arriver à une conception fine et réactive des services numériques, et donc à des solutions gagnantes. C'est la mission des architectes de l'information. (...)

    2. Les compétences d’un architecte

    Pour relever les défis du domaine, nous devons à la fois tirer les leçons de l’expérience nord-américaine et aussi décliner ses apports dans le contexte de notre propre environnement, souvent différent du monde anglophone. Il est utile de pointer les compétences requises pour faire un bon architecte de l’information. Avec l’aide de professionnels, nous avons conçu un référentiel. Celui-ci comprend six compétences principales que nous présentons ci-dessous en les mettant en relation avec le contenu de ce livre. Sur la version en ligne du référentiel, chaque compétence principale est déclinée en une dizaine de compétences plus spécifiques. (...)

    Les deux premières compétences d’un architecte de l’information sont des compétences de gestion. Elles le placent en situation de responsabilité. Il gère des personnes et participe à des décisions stratégiques. Les trois compétences suivantes sont plus techniques et concernent des savoirs et savoir-faire particuliers du métier. La dernière affirme sa réflexivité et son adaptabilité dans un contexte très mouvant fait d’innovations continues.

    - Maîtriser la gestion dynamique des projets

    Un projet est conçu et piloté par un architecte de l'information suite à la demande d'un organisme, dit le « commanditaire », souhaitant construire ou améliorer un système d'information en direction d’utilisateurs dans un contexte commercial ou non. La gestion d'un projet dans ce domaine est toujours dynamique, car réalisée et ajustée en interaction continue, d'une part, avec le commanditaire et, d'autre part, en fonction des réactions observées des utilisateurs. (...)

    - Savoir faire dialoguer et coopérer les métiers connexes

    L’architecte de l’information pilote des équipes d'experts de cultures diverses comme des informaticiens, des documentalistes, des concepteurs (design, ergonomes), des professionnels du marketing, des juristes, des communicants ou des formateurs, qu'il doit faire dialoguer, coopérer et participer à un projet commun. Le projet lui-même peut s'appliquer aux domaines les plus divers dont il faut aussi comprendre la logique et le vocabulaire. (...)

    - Modéliser l'expérience utilisateur (UX)

    La prise en compte de l'expérience utilisateur, issue du design interactif, est la première expertise-métier des architectes de l'information, celle qui les distingue le plus facilement des métiers connexes. L'expérience utilisateur concerne toutes les dimensions d’utilisation d'un produit ou d'un service, depuis le ressenti de la manipulation jusqu'à sa capacité à répondre à des besoins, en passant par la compréhension de son fonctionnement, les sensations qu'il procure et son intégration dans un contexte d'utilisation. L’architecture de l’information vise à modéliser l'expérience des utilisateurs de façon à concevoir les systèmes d'information les plus satisfaisants possible pour ces derniers. (...)

    - Savoir structurer l'information, les données et les ressources documentaires

    La deuxième expertise-métier de l'architecte de l'information est issue des sciences de l'information, des savoir-faire des professions du document (bibliothécaires, archivistes, documentalistes). Elle relève plus de la base arrière (back-office) et consiste à savoir organiser l’information. Catégoriser, classifier, hiérarchiser sont des fonctions familières au monde du document traditionnel. Aujourd'hui, dans celui du web et des bases de données où les représentations se reconstruisent en direct à partir des données, où le lecteur est acteur, sinon auteur, où les traces permettent de modéliser les navigations, les anciennes méthodes ne sont plus opératoires et pourtant il est toujours indispensable d'organiser l’information pour éviter le chaos informationnel. (...)

    - Réaliser des prototypes (avec des technologies web)

    La troisième et dernière expertise-métier de l'architecte de l'information concerne les technologies qu’il met en œuvre et aujourd'hui plus particulièrement les technologies web ou assimilées. Sans être un informaticien, il doit comprendre la logique sous-jacente de l'informatique, notamment dans ses déclinaisons sur les services numériques, et pouvoir réaliser quelques applications simples permettant de prototyper les services qu'il conçoit. (...)

    - Poursuivre de façon autonome et critique son développement professionnel

    Enfin, l'architecte de l’information est un professionnel autonome plongé dans un environnement technique et informationnel très changeant. Plus que pour d'autres professionnels, il lui faut tenir à jour son expertise, être très attentif aux alertes de son domaine et maîtriser ou faire évoluer son positionnement. Par l'ensemble de ce livre et par les références qu'il contient, nous souhaitons apporter notre contribution à une meilleure connaissance du domaine. (...)

    (1) Extrait du chapitre 1 « Les défis de l’architecture de l’information », écrit par Jean-Michel Salaün, Christine Dufour et Audrey Laplante. Pages 13-14, 21-23. Les intertitres sont de nous.

    (2) Consulté le 19 mars 2013, traduction des auteurs.

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    Au sommaire

    - Enquête 2016 : la gouvernance de l’information, un impératif pour les organisations
    - Où en est le PNB ?
    - Case management : de la souplesse dans les process​​
    - Architecture de l'information et compétences

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