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Jean-Gabriel Ganascia : "Les ambitions des géants du web sont politiques : ils souhaitent remplacer les Etats"

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    Jean-Gabriel Ganascia : "Ce qu’il va falloir aménager dans le futur, c’est le partenariat de l’homme et de la machine" (DR)
  • Entretien avec Jean-Gabriel Ganascia, professeur à l'université Perre-et-Marie-Curie ​et chercheur en intelligence artificielle au laboratoire informatique de Paris 6. Il est également président du comité d'éthique du CNRS et vient de publier "Le mythe de la singularité", aux Éditions Seuil. 

    Qu'est-ce que la singularité technologique ?

    Il s'agit d'une théorie née dans les années 70 chez certains auteurs de science-fiction. Celle-ci avance que la technologie progresse tellement vite qu'il existera un jour un moment critique où les machines deviendront plus intelligentes que les humains et que cette catastrophe devrait intervenir en 2045. Cette théorie a été reprise par l'écrivain Vernor Vinge dans les années 90, puis plus récemment par l'ingénieur Raymond Kurzweil. 

    Certains partisans de cette théorie pensent que les machines vont nous dépasser et nous détruire. Cette vision pessimiste est partagée notamment par Stephen Hawking, lequel s'applique régulièrement à nous avertir des dangers que l'on encourt. D'autres sont persuadés que nous pourrons nous greffer à ces machines ultra intelligentes en y téléchargeant par exemple notre esprit et que nous nous rapprocherons ainsi de l'immortalité. C'est une vision plus « optimiste », avancée notamment par Raymond Kurzweil. 

    Dans votre ouvrage, vous rapprochez cette théorie de la gnose. Pourquoi ?

    Il s'agit selon moi d'annonces apocalyptiques qui ne sont plus vraiment de l'ordre du rationnel, c'est pourquoi je me suis demandé si cela relevait d'une pensée religieuse, ou du moins spirituelle. Je pense qu'il s'agit plutôt de ce que l'on appelait la gnose, que de la religion, qui elle relie les gens entre eux et est généralement associée à une notion de transcendance.

    Dans la singularité technologique, il n'y a ni paradis ni résurrection des morts, et seuls ceux qui auront accès à ces technologies par une forme de connaissance arriveront à vivre suffisamment longtemps pour peut-être atteindre l'immortalité et une forme de salut. Je trouvais important de montrer qu'il y avait entre science et singularité un rapport qui ressemblait à celui de la religion et des théories gnostiques.  

    Pourquoi les arguments des partisans de cette théorie ne tiennent-ils pas ?

    Ces arguments sont de deux ordres :

    Les uns, d'ordre évolutionniste, affirment que les technologies transforment la nature. Ces arguments reposent sur l'idée que les machines se perfectionnent à un rythme exponentiel, c'est-à-dire que leurs performances doublent tous les 18 mois (selon la loi de Moore). Pourtant, nous ne sommes absolument pas sûrs que ce rythme va se poursuivre indéfiniment et rien ne prouve non plus que les machines hyper rapides deviendraient plus intelligentes que nous si l'accroissement de leur vitesse et de leurs capacités de stockage devait se poursuivre. De plus, je ne vois pas ce qui permet de faire d'une loi qui serait valable dans le domaine de la technologie depuis 50 ans une loi universelle et fondamentale.

    Pour illustrer leur argumentation, les partisans de cette théorie prennent pour exemple certaines étapes de l'évolution (l'origine de la vie, les premiers mammifères, l'homme, les cathédrales, la technologie, etc.). Ils affirment qu'entre ces étapes, la complexité augmente de façon exponentielle, que les échelles de temps diminuent elles aussi sur un rythme exponentiel et que la technologie n'est qu'un petit maillon dans cette grande course de l'évolution. Selon eux, il y a eu l'homme et après l'homme il y aura les robots. Cette théorie repose sur des étapes choisies empiriquement : si l'on en prend d'autres, comme les grandes extinctions de masse, qui vont souvent de pair avec une naissance, nous n'avons plus du tout quelque chose d'exponentiel. On en recense six sur terre et la dernière correspond à l'extinction des dinosaures qui a permis aux mammifères de se développer. Leurs arguments ne tiennent donc pas.

    Et l'autre approche ?

    Les autres arguments reposent sur les performances de l'apprentissage machine. Selon ceux-ci, les machines vont s'améliorer d'elles-mêmes par apprentissage jusqu'à finalement prendre leur autonomie. Dans mon ouvrage, j'ai donc tenu à rappeler quelles sont les limitations intrinsèques à ce type d'apprentissage. Il n'est en ....

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