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Lise Facchin, 34 ans, équilibriste sur vies parallèles

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    Lise-Facchin
    Lise Facchin est chef de projet numérisation et conservation au sein de l'Université Paris-Sciences-et-Lettres (PSL). (Archimag/CJO)
  • Dès qu’on lui demande de nous raconter sa vie, Lise Facchin est embarrassée. Car cette Parisienne de 34 ans, chef de projet numérisation et conservation à l'Université PSL (Paris-Sciences-et-Lettres), a eu mille vies et ne se contente pas de n’en vivre qu’une seule à la fois. Inclassable, elle est un véritable défi pour qui souhaiterait résumer son portrait en 4 500 signes. Un Everest.

    Mordue de chant lyrique et de théâtre depuis l’enfance, Lise Facchin est déjà comédienne professionnelle depuis plus de deux ans lorsqu’elle s’inscrit en histoire de l’art à La Sorbonne, à Paris. S’ensuivent alors des années passionnantes que vient stopper la soutenance de son master 2 : des désaccords avec son directeur de recherche excluent alors toute poursuite en thèse et la jeune femme tire un trait qu’elle croit définitif sur la recherche.

    Parallèlement, Lise Facchin suit des études de comédie (Cours Simon, conservatoire du 19e à Paris), mais quitte les planches à 21 ans, du jour au lendemain.

    « Je vivais pour un théâtre au service de la parole dramaturgique et de l’esprit de troupe, mais j’ai pris en plein visage un monde égotique et impitoyable, particulièrement pour les femmes », confie-t-elle.

    Journaliste

    Elle se lance alors dans le journalisme culturel. « J’ai toujours écrit, explique-t-elle, des chansons, des nouvelles, de la poésie et des scénarios. Mais je voulais expérimenter l’écriture au quotidien ». Elle s’adonnera pendant près de dix ans à la critique pour le site dédié au spectacle vivant Lestroiscoups.

    Insatiable et travailleuse acharnée, la jeune femme rencontre au détour d’une interview le philosophe franco-argentin Miguel Benasayag, qui lui propose de collaborer à l’écriture d’un recueil d’entretiens. Cette expérience lui ouvre un nouvel horizon, la philosophie, qui prend dès lors une grande place dans sa vie. 

    Se plonger dans la souffrance des autres

    En 2011, Lise Facchin rentre profondément secouée d’un voyage à Jérusalem. Déjà troublée, plus jeune, par le siège de Sarajevo, où elle se rendra à plusieurs reprises, elle met alors en lien ces deux expériences : « J’ai réalisé que la place de l’habitat dans les conflits m’agite depuis longtemps », se souvient-elle. Quelques semaines après son retour, la jeune femme de 27 ans, alors enceinte, s’inscrit à l’EHESS en master d’études politiques et se spécialise dans la destruction de l’habitat comme arme de guerre. Si elle y goûte alors la liberté intellectuelle à laquelle elle aspirait, encourageant à l’interdisciplinarité qui la caractérise, ces trois années furent néanmoins compliquées :

    « Se plonger dans la souffrance des autres pour en faire un objet d’étude était très délicat et lourd, confie-t-elle ; j’ai donc choisi de renouer avec la légèreté et de travailler autrement ces sujets ». 

    Retour au patrimoine

    Lise Facchin postule alors à la Bulac, où un poste de conservateur est vacant. « Venant du patrimoine muséal, je ne pensais pas être prise, s’amuse-t-elle ; tout ce que je connaissais des bibliothèques, c’était le Sudoc quand je faisais de la recherche ». Et pourtant, la jeune femme est embauchée afin de travailler sur le circuit du document périodique en articulant les enjeux des différents pôles. Elle rejoint ensuite l’université Paris-Sciences-et-Lettres (PSL) sur une mission de récolement dans le cadre du premier projet de numérisation de l’institution. Au bout d’un an, la jeune femme, qui là encore, a tout appris sur le tas, se voit confier la direction d’un important chantier de numérisation lié à la constitution de la bibliothèque numérique de PSL.

    « C’est un chantier colossal d’un point de vue volumétrique et passionnant dans sa variété, car il réunit entre autres les conférences des écoles d’art de PSL, le fonds Paul Langevin de l’ESPCI ou encore les 40 000 plaques de verre du Centre Millet de l’École Pratique des Hautes Études ».

    Alimenter sa créativité

    Par ailleurs, cette mère de deux enfants poursuit ses vies parallèles, indispensables à son équilibre, et qui se nourrissent désormais les unes les autres. Remontée sur scène par l’intermédiaire de la musique quelques années auparavant (elle collaborera notamment à différents projets de poésie sonore), elle renoue avec le théâtre il y a environ cinq ans. Plus à l’aise dans l’écriture et la mise en scène que sur les planches, elle travaille aujourd’hui à une trilogie dramaturgique sur les marges et la violence. Depuis la question de l’habitat jusqu’à la philosophie, en passant par les archives et le patrimoine, Lise Facchin puise dans ses « vies » pour alimenter sa créativité, et leur donne sens.

    « J’ai la sensation que tout ce que j’ai fait converge enfin et que je suis aujourd’hui le lieu de croisement de mes expériences plutôt que leur simple somme, s’enthousiasme-t-elle ; même si je ne sais toujours pas ce que je ferai quand je serai grande ! »


    Elle like :

    Sa personnalité historique préférée : La philosophe Simone Weil, l’un des esprits les plus brillants, inspirants et méconnus du 20e siècle. 

    Son metteur en scène préféré : Peter Brook, car il est capable de bâtir un monde à partir d’un simple geste et que sa recherche de l’essentiel universel est une source infinie d’inspiration.

    Sa start-up culturelle préférée : Tast (The Arts Storyteller). Cette agence de production audiovisuelle créée par un commissaire-priseur entend révolutionner la communication web des institutions culturelles et des galeries. Une très belle idée pour un besoin croissant. 

     

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