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Bibliothèques : le mobilier au coeur des usages

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    L’aménagement intérieur de la médiathèque Françoise Sagan, qui a ouvert ses portes il y a un an dans le 10e arrondissement de Paris. (Archimag/CJO)
  • Sommaire du dossier :

    Si elle peut sembler secondaire, la question du mobilier en bibliothèque est au contraire un sujet central qui conditionne et accompagne les usages au sein d'un établissement. Elle ne doit donc pas être prise à la légère par les conservateurs, qui doivent savoir s'entourer.

    "Moi, je ne voulais surtout pas faire ça toute seule, s'exclame Viviane Ezraty ; chacun son métier !" Pour la directrice de la médiathèque parisienne Françoise Sagan, qui vient de souffler sa première bougie, il n'était pas question d'outrepasser ses compétences pour le choix du mobilier de l'établissement.

    "J'ai demandé à ce qu'une mission de conseil soit confiée à Bigonet-Mortemard pour nous assister dans cette tâche", ajoute-t-elle.

    C'est donc en collaboration étroite avec le cabinet d'architectes ayant conçu le nouvel établissement, et avec le fournisseur de mobilier d'espaces publics DPC, choisi sur appel d'offres, que l'aménagement intérieur de la médiathèque s'est peu à peu dessiné. Le tout chapeauté par le bureau des bibliothèques, de la lecture publique et du multimédia de Paris. Design, élégant et épuré, le résultat a été salué unanimement.

    "Prenez un établissement, retournez-le et secouez-le, s'amuse Carole Gasnier​, directrice du réseau des bibliothèques de Châteauroux et auteure du mémoire d'étude "Penser le mobilier en bibliothèque" ; tout ce qui tombe rentre dans la définition du mot mobilier".

    Et dans le cadre d'une bibliothèque, on prend rarement la mesure de ce qu'il recouvre : depuis les chaises, les tables ou les poufs, en passant par les rayonnages, les banques de prêt ou encore les chariots à livres, jusqu'aux porte-manteaux, aux transats pour bébé ou à la machine à café équipant la salle de repos. 

    "Je me suis formée sur le tas"

    Faire appel à un intervenant extérieur est de plus en plus courant.

    "S'associer à un tiers expert (architecte d'intérieur, agence de conseil, etc.) est une pratique relativement nouvelle qui se généralise, confirme Carole Gasnier ; les directeurs de petits établissements, qui n'ont pas les mêmes moyens, se débrouillent le plus souvent seuls'".

    Quant à confier la conception du mobilier à l'architecte du bâtiment, il s'agit d'une option de moins en moins retenue en raison des déceptions fréquentes qu'elle entraîne (manque de fonctionnalité et d'ergonomie, immuabilité des meubles créés, etc.). 

    Les compétences en la matière ne s'acquièrent pas sur les bancs des écoles de bibliothécaires. Tout au mieux lors de journées d'étude ou de stages de formation continue. Heureusement, la communauté professionnelle, particulièrement vaste et active, est une mine de renseignements sur les bonnes pratiques et les points de vigilance. Ce que confirme Viviane Ezraty :

    "Je me suis formée à cet exercice sur le tas, explique-t-elle ; grâce à des rencontres lors desquelles des professionnels ont partagé leurs retours d'expérience, ou à de nombreuses visites d'établissements, en France et à l'étranger. Cela fait dix ans que je scrute le mobilier des bibliothèques avec attention, depuis les pieds des étagères jusqu'aux accrochages". 

    Mieux vaut bien s'entourer, car aménager l'intérieur d'une bibliothèque est un projet tout sauf anodin. Selon Carole Gasnier, c'est même le mobilier de l'établissement qui en conditionne les usages et les accompagne.

    "Le mobilier semble anecdotique car il est quotidien, et donc familier, confirme-t-elle ; mais c'est justement parce qu'il doit répondre aux usages et aux besoins des utilisateurs et des professionnels sans tomber dans les phénomènes de mode ou les goûts personnels, qu'il doit être pensé très en amont. La vraie difficulté pour les bibliothécaires aujourd'hui est de réussir à convaincre leur hiérarchie qu'il s'agit d'un vrai sujet qui mérite un budget adéquat".

    Les astuces de l'ameublement

    L'agence de conseil en aménagement Ligne et Couleur, qui a notamment assuré la maîtrise d'oeuvre de l'aménagement intérieur de la bibliothèque universitaire de Caen et de la bibliothèque multimédia d'Epinal, confirme à quel point le choix du mobilier et son agencement peuvent être décisifs pour un établissement :

    "Les assises sont extrêmement importantes, explique Colette Oger, l'une des associées de Ligne et Couleur ; plus elles seront confortables, plus les visiteurs s'attarderont. Installez un pouf dans un lieu de passage exposé aux courants d'air et vous serez sûr que personne ne l'occupera".

    Les astuces en la matière sont nombreuses :

    "Si l'on ne souhaite pas favoriser le bavardage dans une section, il faudra privilégier les tables de deux personnes maximum, ajoute Carole Gasnier. Et si l'on souhaite au contraire créer une émulation ou un effet de groupe, on choisira de grandes tables conviviales. D'ailleurs, il est très facile de dissuader l'appropriation studieuse d'un espace : tout simplement en l'équipant de luminaires à faible éclairage". 

    Côté tendance, le mobilier de bibliothèque n'échappe pas aux effets de mode.

    "On observe un véritable lissage dans les propositions, déplore Carole Gasnier ; mais les professionnels ont peu d'options pour affiner leurs choix. Il suffit qu'ils aient aimé une déco pour souhaiter la reproduire chez eux".

    Colette Oger confirme cette tendance :

    "Chaque projet démarre par une discussion étroite avec les conservateurs destinée à connaître leurs goûts et leurs attentes, explique-t-elle ; ils ont souvent une idée très précise de ce qu'ils souhaitent, en référence à des établissements qu'ils ont visités ou à des projets que nous avons déjà réalisés, et en attendent un rendu comparable". 

    Les contraintes

    Les contraintes sont également nombreuses, et en premier lieu celles liées aux normes de sécurité. Par exemple, les meubles doivent être adaptés à tous les publics, se montrer solides et résistants au feu tout en étant déhoussables ou facilement nettoyables.

    En matière de rayonnage, il faudra anticiper avec le plus de précision possible le nombre de mètres linéaires de collection dont l'établissement doit disposer. C'est ensuite les espaces de circulation des usagers, l'orientation du soleil et la position des fenêtres qui conditionneront, entre autres, leur emplacement.

    Du côté des tables de travail, les possibilités de branchement et les câblages devront être particulièrement pris en compte pour leur organisation. 

    Mais il existe d'autres freins à l'originalité et à la fantaisie : les financements et la lourde logique des marchés publics, quand il s'agit d'une grande agglomération.

    "Il y a beaucoup de choses que je souhaitais qui n'ont pas pu être réalisées, déplore Viviane Ezraty ; en effet, j'aurais aimé faire appel à des fournisseurs locaux ou disposer de plus de meubles sur mesure, en travaillant par exemple avec des écoles de design. Mais décrocher un financement est très lourd". 

    Les tendances

    Parmi les grandes tendances, la mode est au très coloré ou, au contraire, au très épuré, avec un mobilier davantage tourné vers l'extérieur, devant les fenêtres. Les immenses banques d'accueil disparaissent peu à peu, au profit de bureaux plus petits, répartis dans l'établissement.

    "Les meubles de style libraire, tels que les cubes à niche avec du "facing" sur le dessus, ont la cote, ajoute Carole Gasnier ; et les endroits pour s'installer confortablement dans toutes les postures de lecture se multiplient au détriment des collections".

    Notons également la "modularité", avec le déploiement massif de meubles sur roulettes ou pouvant se démonter sans outil. Une tendance que tempère tout de même Carole Gasnier :

    "Les roulettes ont bien envahi les établissements, confirme-t-elle ; pourtant, sur le terrain, les meubles ne sont jamais déplacés".

    Les bibliothèques auraient-elles du mal à faire preuve de souplesse, conditionnant des usages prédéfinis ?

    "Je trouve en effet que les bibliothèques sont trop figées, confirme Carole Gasnier ; les visiteurs devraient pouvoir bouger les meubles et se les approprier afin de se sentir comme chez eux. Dans les faits, ce n'est pas vraiment le cas".

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    Tiraillées entre les demandes d’extension de leurs horaires et la question du prêt numérique, les bibliothèques se bougent pour faire évoluer autant leurs murs que la manière de les aménager et de les outiller.
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