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Ce qu'il faut retenir du rapport Orsenna pour les bibliothèques

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    Erik-Orsenna
    Erik Orsenna a été nommé ambassadeur de la lecture par Françoise Nyssen en juin 2017. (Wikipedia/Marie-Lan Nguyen)
  • Erik Orsenna et Noël Corbin ont remis à Françoise Nyssen leur rapport sur les bibliothèques, qui contient une vingtaine de propositions pour les établissements de lecture privés et universitaires. Parmi ces recommandations, une attention toute particulière est donnée à l'extension de leurs horaires d'ouverture.

    "Les bibliothèques d’aujourd’hui ne sont pas, ne sont plus celles que vous croyez !" C'est le constat réalisé par l'académicien Erik Orsenna et par l'inspecteur général des affaires culturelles Noël Corbin au terme d'un "Tour de France des lieux de lecture publique" de trois mois. Le fruit de cette mission bénévole, confiée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen, est un rapport d'une cinquantaine de pages intitulé "Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain" qui a été remis à l'intéressée ce mardi 20 février en présence du président de la République Emmanuel Macron, à la médiathèque des Mureaux, dans les Yvelines. Celui-ci annonce, parmi une vingtaine de propositions, le lancement d'un "plan national pour les bibliothèques" visant un élargissement de leurs horaires d'ouverture.

    Comme le rappelle Erik Orsenna, désigné Ambassadeur de la lecture par la ministre de la Culture en juin dernier, l'objectif de cette mission était d'établir dans un premier temps un diagnostic des lieux de lecture publique en France afin de préparer, dans un second temps, la mise en œuvre de l’engagement présidentiel "d’ouvrir mieux, et donc, plus, les bibliothèques", à savoir d'étendre leur horaires en soirée et le week-end. 

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    Pour ce faire, la ministre de la Culture a rappelé qu'une rallonge de 8 millions d'euros pour la dotation générale de décentralisation pour les bibliothèques avait été votée dans la loi de finances pour 2018 ; une somme qui permettrait de soutenir, selon le rapport d'Erik Orsenna et Noël Corbin, 200 projets d'extension d'horaires. Il faut dire que parmi les 19 propositions que contient ce rapport, c'est bien celle d'une extension des horaires d'ouverture des établissements qui est au centre des préoccupations.

    Extension des horaires d'ouverture, en bibliothèques publiques et BU

    "Une première pierre de ce plan, c’est la connaissance précise, dans chaque bassin de vie, de l’existant et des besoins. [...] Quels que soient les usages des bibliothèques, il faut que leurs horaires d’ouverture concordent avec les temps réels de la cité". Dans cette optique, le rapport Orsenna-Corbin prévoit la réalisation d'un diagnostic territorial sur l’organisation du temps des usagers et d’une réflexion sur les missions des agents pour renforcer leur présence auprès des usagers en développant, par exemple, l’automatisation des prêts. Cette réflexion sera menée sur chaque "bassin de vie qui paraîtra pertinent", et non depuis Paris.

    Le rapport prévoit également de conditionner l’octroi de subventions de l’État pour des investissements dans une bibliothèque à l’adoption d'une charte de lecture publique définissant les ambitions en matière de lecture publique, au niveau d’un bassin de vie.

    L'ouverture dominicale des bibliothèques universitaires (BU) est présentée dans ce rapport comme "le premier et le principal à traiter". Alors que le programme "Bibliothèques ouvertes +", qui a permis l'accompagnement d'une quinzaine de projets d'extension, se termine en 2018, les BU sont parvenues à une moyenne de 61 heures d'ouverture par semaine, ce qui est toujours quatre heures de moins que nos partenaires européens. Le rapport souhaite donc la prolongation - avec des moyens dédiés - du plan "Bibliothèques ouvertes +" : "Elle permettrait aux universités de poursuivre les efforts, avec une action particulière sur les villes moyennes, et d’accompagner ceux des collectivités locales". Il souhaite aussi une indispensable mobilisation des présidents d'université sur le sujet. Parmi ses propositions, le rapport souhaite donc mettre en œuvre rapidement l’ouverture de trois bibliothèques universitaires le dimanche à Paris et envisager l’ouverture, le dimanche, d’espaces de coworking dans des locaux publics fermés le dimanche (restaurants administratifs). De plus, il souhaite renforcer les partenariats conventionnels entre les bibliothèques universitaires et municipales pour des ouvertures coordonnées.

    Des partenariats pour renforcer le réseau de lecture publique

    Selon le rapport "Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain", "la réponse aux enjeux de l'équité territoriale passe par la multiplication des partenariats entre tous les acteurs du territoire". C'est pourquoi il préconise de garantir, si nécessaire par la loi, le rôle et le fonctionnement des bibliothèques départementales, indispensables à la vitalité du réseau de lecture publique, notamment dans les zones rurales. Dans le même temps, il prévoit également de privilégier (surtout dans les villes petites et moyennes), lors de la rénovation ou construction de nouvelles bibliothèques, la mutualisation d’espaces avec des services intervenant dans le champ de la cohésion sociale (PMI, CCAS, Pôle emploi) et les maisons de services au public. Enfin, il préconise de développer une approche des réseaux de lecture publique notamment dans les zones rurales en encourageant le développement de la compétence des intercommunalités dans ce domaine.

    Culture et lecture hors les murs

    Le rapport Orsenna-Corbin souhaite que le combat pour la culture et pour la lecture mobilise bien au-delà des acteurs culturels et recommande le développement de partenariats "pour développer, partout, tous les outils qui permettent au livre, au texte, de se projeter hors de leurs murs".

    Il prévoit donc le développement, dans le cadre d’un partenariat national et à partir d’une cartographie croisée des implantations de La poste et des bibliothèques sur le territoire, d’actions communes tant pour le partage de locaux que pour les services (portage de livre, services numériques). De plus, il souhaite développer toutes les bonnes pratiques en matière d’actions hors les murs des bibliothèques dans le cadre de la dotation générale de décentralisation (DGD) : kiosques "livres service" notamment en envisageant leur substitution aux bibliobus lorsque les conseils départementaux abandonnent ce dispositif. Un indispensable travail de refonte des cadres d'emploi de la filière territoriale des bibliothèque devra être mis en oeuvre afin de les rendre plus cohérents avec la réalité des métiers. De plus, une formation de 6 mois axée sur le rapport aux usagers sera proposée aux bibliothécaires ayant réussi leur concours.

    Renforcer le rôle des bibliothèques dans l’accès à toutes les pratiques culturelles

    Rappelant que la bibliothèque est souvent le seul équipement culturel d'une collectivité, le rapport présenté aujourd'hui souhaite davantage intégrer les bibliothèques dans le réseau de la politique culturelle. Pour ce faire, il recommande le développement de partenariats entre les acteurs culturels territoriaux et nationaux pour renforcer l’accès des usagers des bibliothèques à l’ensemble de l’offre culturelle. Pour l’État, chaque opérateur ou structure labellisée devra établir un partenariat avec une ou plusieurs bibliothèques, notamment dans le cadre des projets EAC (éducation artistique et culturelle).

     Faire plus contre les fractures de la société 

    Selon le rapport, l'action des bibliothèques peut être décisive pour réduire toute forme de fracture divisant la société. En matière de numérique, d'abord, il souhaite poursuivre, avec tous les partenaires concernés, la concertation sur le prêt numérique en bibliothèque afin d’enrichir l’offre dans un cadre permettant l’accès de ce nouveau marché à tous les libraires et une juste rémunération pour les auteurs.  

    Sur le plan social, il souhaite encourager les partenariats avec les agences de pôle emploi pour développer les permanences de professionnels dans les bibliothèques et, sur le plan éducatif, développer, en lien avec les rectorats, les partenariats entre les bibliothèques et les collèges et lycées avec comme objectif d’en doubler le nombre d’ici 2022.

    Sur le plan de l'accessibilité, il prévoit notamment l’investissement en ordinateurs adaptés aux déficiences visuelles et auditives dans les établissements et précise que "tout investissement dans une bibliothèque doit comporter un volet accessibilité handicap". De plus, il souhaite lancer un plan national pour l’édition adaptée prévoyant une augmentation des contenus disponibles et la mobilisation de l’ensemble des acteurs de la chaîne de livre. 

    En ce qui concerne la réinsertion, le rapport souhaite enfin garantir le droit à la lecture des détenus en prison en développant les partenariats avec les bibliothèques et en garantissant aux associations intervenant dans le secteur les moyens d’assurer leurs missions. L’objectif est que chaque prison ait un partenariat avec une bibliothèque, notamment les bibliothèques départementales.

    Faire plus, faire ensemble

    C'est sur deux propositions symboliques que se termine le rapport, destinées à "restituer cette envie, ce désir de faire et ce plaisir de l'action qui ont soulevé notre admiration" : la création d'une plateforme numérique d’échange pour l’ensemble des personnels, élus et associations concernés par les bibliothèques, sur laquelle chacun pourrait partager ses expériences, et le lancement d'un label qui sera décerné aux collectivités qui s’engagent pour la lecture publique (équipements, horaires, partenariats).

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