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Afnor côté coulisses : qui sont les faiseurs de normes ?

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    Rencontre avec Stéphane Moulière, directeur du département "transport, énergie et communication" d’Afnor et Sabine Donnard Cusse, cheffe de projet Afnor. (P Wood via VisualHunt / CC BY-NC-SA)
  • Afnor fait partie des cinq organismes de normalisation les plus influents dans le monde. Pourtant, rares sont ceux qui savent comment et par qui sont élaborées les normes. Archimag vous emmène dans les coulisses d'Afnor pour rencontrer deux professionnels dédiés à la normalisation en information et documentation.  

    1 031 personnes travaillent au sein du grand paquebot qui trône fièrement au nord de Paris, à la Plaine Saint-Denis, à quelques encablures du Stade de France. 231 autres salariés collaborent depuis plus de trente autres pays. Tous contribuent à l'une des quatre activités du groupe Afnor - la certification, les formations, l'information professionnelle et la normalisation - exercées dans le cadre d'une association loi 1901, et dont elle est l'animateur centrale en France. 

    Beaucoup ignorent l'importance des normes et la façon dont elles sont élaborées. Pourtant, les normes sont partout, à la maison comme au bureau. 

    Par exemple, savez-vous pourquoi nos cartes bancaires fonctionnent dans n'importe quel pays ? Ou, plus proche de nos métiers, pourquoi l'évaluation de la qualité des services des bibliothèques ou leur impact sur le public sont si fiables ? Car les cartes bancaires et les statistiques de bibliothèques, comme la plupart des produits et des activités, reposent sur des normes qui en définissent les caractéristiques. Il en existe aujourd'hui 34 375.

    Leur objectif : clarifier et harmoniser les (bonnes) pratiques, sans toutefois être obligatoires. Car à l'inverse de la réglementation, qui relève des pouvoirs publics et est donc imposée, les normes Afnor, européennes ou internationales, sont d'application volontaire. S'y conformer traduit juste un engagement, celui d'atteindre un niveau de qualité et de sécurité qui a été reconnu et approuvé.

    En France, c'est Afnor qui coordonne le système de normalisation. Et c'est également elle qui représente la France dans les comités techniques des organisations de normalisation européennes (CEN, CENELEC) et internationales (Iso, CEI). A la fois technique et stratégique, son influence est essentielle pour nos organisations. En effet, 90 % des normes publiées par Afnor sont d'origine européenne ou internationale.

    Pilotage et coordination des travaux

    Ce rôle d'animation, Afnor l'assure en déléguant près de la moitié de l'élaboration des normes à une vingtaine de "bureaux de normalisation sectoriels" (automobile, banque, gaz, etc.) agréés. Dans ce cas, ce sont ces bureaux qui animent les commissions de normalisation et préparent les projets de normes, qu'Afnor soumet ensuite à l'enquête publique. Lorsqu'un secteur ne dispose pas d'un bureau agréé, c'est Afnor qui se charge alors de coordonner la production des normes. C'est le cas du secteur "information et documentation" qui dépend du département "transport, énergie et communication", que dirige Stéphane Moulière.

    "Mes responsabilités sont d'abord liées au management humain, économique et opérationnel de mon département, explique-t-il ; mais je réalise aussi une promotion régulière de la normalisation auprès des différents acteurs des domaines que j'encadre". 

    Parmi toutes ses activités, une grande partie de son quotidien est également consacrée à l'animation de réseaux, pour communiquer sur le bénéfice de la normalisation, ou pour connaître les besoins des différents acteurs et organisations. En tant que chef de son département, Stéphane Moulière est à la disposition des experts présents dans les commissions de normalisation qui en dépendent.

    Sur le terrain, le secrétariat de ces commissions est assuré par les chefs de projet. Sabine Donnard Cusse, dont la casquette n'a d'administratif que le nom, est l'un d'entre eux. "Faiseuse de normes" depuis cinq ans, elle pilote et anime les travaux de normalisation en cours dans son domaine d’intervention, l'"information et documentation". 

    Elle est donc chargée d'accompagner l'élaboration des normes destinées aux bibliothèques, aux centres de documentation et d'information, aux services d'indexation et d'analyse, aux archives, au monde de l'édition, aux organismes culturels ou encore aux entreprises. Concrètement, elle assure le pilotage et la coordination des travaux de six commissions de normalisation qui dépendent de la CN 46, telles que la CN 46-4 (interopérabilité technique), la CN 46-10 (conservation des documents) ou encore la CN 46-11 (archives-gestion des documents d'activité).

    Au sein de ces commissions de normalisation, des dizaines d'experts issus des différents secteurs du domaine (entreprises, organisations professionnelles, administrations, associations, etc.) assurent la qualité de la norme : ils se réunissent régulièrement afin de fournir son contenu technique, identifier la valeur ajoutée de nouveaux sujets ou encore exprimer les besoins du secteur. 

    "Je suis l'interface entre les différentes instances impliquées dans la création d'une norme", explique-t-elle. 

    Son rôle : faire en sorte que les besoins exprimés par tous puissent être valorisés de la meilleure façon possible, et ce grâce à son expertise normative. 

    "Je suis avant tout consultante en normalisation, confirme-t-elle ; je suis là pour guider la stratégie d'élaboration d'une norme française en cohérence avec les règles de la normalisation".

    Une trentaine de projets de normes actifs

    Et en la matière, la diplomatie et la négociation sont loin d'être des compétences superflues. 

    "La création d'une norme fait parfois se chevaucher les intérêts de différents acteurs en présence, décrit-elle ; les normes ne se votant pas à la majorité, mon rôle est de trouver un terrain d'entente entre les différentes parties prenantes".

    Sabine Donnard Cusse est donc garante du consensus trouvé ; il ne doit y avoir aucune opposition ferme à la création d'une norme. Issue d'un troisième cycle à l'INTD-Cnam, la jeune cheffe de projet connaît son domaine. 

    "Même si je ne me substitue jamais aux experts de l'infodoc, je dois être capable de travailler avec eux et de comprendre les besoins de nos clients tout au long du processus de création des normes", poursuit-elle.

    En infodoc, on compte 71 normes NF et 114 normes Iso, dont la moitié correspondent à des projets actifs (normes en cours d'élaboration ou en cours de révision). 

    "Aujourd'hui, je gère une trentaine de projets actifs, à des stades différents, en même temps, déclare-t-elle ; il faut compter environ deux ans pour mener un projet de A à Z". 

    La routine est absente de son quotidien, auquel s'ajoute l'organisation régulière de journées d'études mettant en valeur la publication d'une norme ou faisant la promotion de la normalisation en infodoc. 

    "Je n'ai pas de journée type, constate-t-elle ; c'est ce qui fait la richesse du métier". 

    Mais le terrain de jeu de Sabine Donnard Cusse ne se limite pas à la France. Loin de là. Également secrétaire du comité technique international TC 46, elle défend aussi les intérêts de la France dans la normalisation internationale en information et documentation. 

    "Lorsqu'une norme française est publiée, certains experts décident parfois de la porter ensuite au niveau mondial, explique-t-elle ; et si cinq pays acceptent de lancer un projet de norme, celle-ci sera mise au programme de travail". 

    C'est le cas par exemple de la norme de "Modélisation des échange de données pour l'archivage" Medona (NF Z44-022) de 2014, portée par la France au niveau international en juin 2015 et qui constitue la future norme Iso DEPIP. La question du papier de conservation est également au coeur des discussions de l'Iso : 

    "Les normes en la matière étant vieillissantes, on se doit de les compléter et de les faire évoluer, explique Sabine Donnard Cusse ; la France fait preuve d'un grand dynamisme sur tous ces sujets !" 

     

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