Article réservé aux abonnés Archimag.com

Adopte un robot : et si Nao faisait bientôt partie de votre vie ?

  • Nao_robot.jpg

    Nao-robot
    Nao peut distinguer cinq émotions humaines différentes : la joie, la surprise, la tristesse, la colère et l’expression neutre. (SoftBank Robotics)
  • Il a dix ans, il est haut comme trois pommes et symbolise pourtant la quintessence de l'expertise française en matière de robotique. Nao, le robot humanoïde créé par Aldebaran Robotics en 2006 ne cesse de surprendre ceux qu'il croise. Rencontre avec ce petit specimen hors du commun qui pourrait bientôt faire partie de votre quotidien. (Ses chiffres, son design, ses émotions et des infos insolites !)

    Quelques questions sur Nao à Rodolphe Gélin, responsable de l'équipe innovation de SoftBank Robotics. 

    robot_nao1 - Comment Nao est-il né ?

    La start-up française Aldebaran a été fondée en 2005 par Bruno Maisonnier qui est parti du principe que les gens ne disposaient pas encore d'un robot chez eux pour la simple et bonne raison qu'il n'existait pas de produit, bien que la technologie soit déjà suffisamment avancée pour cela.

    Le premier prototype de Nao a été présenté au public en 2006, mais il a fallu attendre l'année suivante et notre premier client, la RoboCup (1), pour qu'il commence à être industrialisé et amélioré. Sa première version aboutie, la V2, a été livrée aux participants de l'événement en mars 2008.

    Nao, qui a beaucoup évolué en dix ans, en est aujourd'hui à sa cinquième version, mais n'est pas encore disponible pour le grand public. Nous sommes actuellement en train de peaufiner son design pour qu'il corresponde aux normes européennes, notamment pour les enfants, et souhaitons encore enrichir son contenu pour que l'expérience utilisateur soit la plus complète possible.

    2 - Pourquoi Nao n'est-il plus vraiment français ?

    Malgré ses bonnes premières années de développement, Nao est longtemps resté centré sur le marché de la recherche et de l'éducation. Aldebaran a donc recherché des investisseurs pour franchir l'étape du marché grand public et c'est la société japonaise SoftBank, séduite par notre expertise française, qui a répondu présent. Ce qui intéressait alors la holding nippone, c'était de développer un robot pour accueillir les clients dans les magasins. Notre collaboration a commencé avec la création du robot Pepper, qui a été présenté en 2014 au Japon, et a abouti au rachat d'Aldebaran en 2015, qui a changé de nom l'été dernier et est devenu SoftBank Robotics Europe. 

    3 - Que peut faire Nao ?

    La forme humanoïde de Nao lui permet de bouger de façon spectaculaire. Il peut percevoir son environnement et se repérer dans l'espace grâce à ses sonars et à ses multiples capteurs sur la tête, les mains et les pieds. Il est équipé de micros et haut-parleurs qui lui permettent d'entendre et de parler pour interagir avec les humains de façon naturelle. Grâce à ses caméras haute résolution, Nao peut voir son interlocuteur, reconnaître les formes et les objets, et filmer.

    Mais Nao est surtout fait pour être personnalisé : le logiciel Choregraphe permet à chacun d'ajouter des fonctions, d'enrichir la personnalité de son robot ou de développer de nouveaux savoir-faire. Robot de compagnie, partenaire de jeu ou encore garde-malade... Tout est possible ! Depuis un ordinateur, le logiciel permet de visualiser ce qui se passe dans la tête de Nao à travers des boîtes qui correspondent à différentes actions que chacun peut programmer de façon intuitive. Nous invitons également les développeurs à rejoindre la communauté SoftBank Robotics pour créer et mettre en commun des applications open source dédiées à des marchés spécifiques qui rendront Nao toujours plus intéressant. Notre objectif : que chacun décide de la place que Nao occupera dans sa vie.

    (1) Coupe du monde de robotique qui se tient chaque année en Australie.

    www.robocup.org

    Nao en chiffres

    Année de naissance : 2006
    Version : V5
    Taille : 58 cm
    Poids : 5,3 kg
    Degrés de liberté : 25° (*)
    Langues parlées : 20
    Articulations : 25
    Caméras : 2
    Micros directionnels et haut-parleurs : 4
    Autonomie : 90 minutes
    Prix : 6 000 euros environ

    * Ou en anglais "degree of freedom": capacité d’un système à se mouvoir selon un axe de translation ou de rotation ; en comptant chacun des axes, on obtient le nombre de degrés de liberté total du système (sans distinction du type de mouvement réalisable) ce qui renseigne à la fois sur son potentiel et sa complexité. (source Pobot.org)

    Nao, un design global

    L'apparence humanoïde de Nao
    a été un choix de principe pour
    l'équipe d'Aldebaran afin de
    susciter au maximum les interactions avec l'homme. "Il fallait absolument que Nao ait l'air sympathique, explique Rodolphe Gélin; car aussi futuriste que soit sa technologie, il ne devait pas avoir l'air inquiétant".

    Pourtant, les équipes d'Aldebaran
    n'ont jamais voulu que Nao ressemble à un humain. "D'abord, ce serait trop compliqué et hors de prix, explique Rodolphe Gélin ; surtout, ça n'aurait eu que peu d'intérêt. Et nous ne voulions surtout pas qu'il y ait un risque de confusion pour les gens qui en oublieraient que Nao n'est qu'une machine". C'est ainsi que Nao s'est
    peu à peu dessiné, rassurant, tout en rondeurs, et pouvant s'intégrer facilement dans n'importe quel environnement. Mais le travail des designers ne s'est pas arrêté à l'apparence esthétique du robot : la façon dont il bouge et s'exprime, jusqu'au choix de sa voix ont été scrupuleusement étudiés. "C'est un design global", confirme Rodolphe Gélin. 


    Nao-robotLes émotions de Nao

    ​La détection des émotions a été la première couche d'intelligence artificielle (IA) intégrée dans le robot Nao. Car l'objectif des créateurs de Nao était qu'il puisse s'adapter à l'humeur de l'humain qui le possède. "A la différence d'autres robots, l'IA à même été tournée presque exclusivement vers l'interaction homme-machine, explique Rodolphe Gélin ; nous lui avons implémenté ces fonctions grâce à un apprentissage sur corpus".

    Une multitude de vidéos et de sons ont donc été montrées à Nao : des gens qui pleurent, rient ou encore s'énervent. Pour chacune, il a été indiqué au robot quelle était l'émotion ressentie par la personne filmée. Au final, Nao peut distinguer cinq émotions humaines différentes : la joie, la surprise, la tristesse, la colère et l'expression neutre.

    De plus, une attention toute particulière a été portée à l'expression, par Nao, de ses propres émotions. Ses créateurs ont en effet estimé qu'elle constituait une condition essentielle pour susciter l'empathie. "En devenant le miroir des émotions de l'humain, Nao montre qu'il est en phase avec lui", poursuit Rodolphe Gélin. Cette couche supplémentaire d'apprentissage, basée sur le langage corporel et scriptée par un animateur, lui a donc été implémentée, 


    Le saviez-vous ?

    Nao acteur

    Nao a participé au tout premier spectacle au
    monde ayant des robots pour têtes d'affiche. En effet, sept exemplaires de Nao ont intégré la troupe de la célèbre chorégraphe Blanca Li
    pour son spectacle Robots, créé en juillet 2013 au festival 
    Montpellier Danse puis présenté dans une centaine de théâtres à travers le monde.

    Nao réceptionniste 

    Un Nao est devenu réceptionniste au Japon. Situé dans un parc d'attractions à Sasebo, dans le sud du pays, l'hôtel Henn-na a souhaité surprendre sa clientèle - et accessoirement réduire ses coûts - en "employant" différents robots à la place du personnel habituel. Nao y accueille les clients et les renseigne en plusieurs langues.  

    Nao au labo

    Nao a ses entrées dans de nombreux laboratoires de recherche pour explorer notamment ses capacités d'interaction avec des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ou avec des enfants autistes. C'est le cas par exemple d'un centre spécialisé de l'association Autistes sans frontières, basé en Vendée, qui a fait appel à lui pour aider Lucas, un petit garçon souffrant de ce handicap.

     

    Cet article vous intéresse? Retrouvez-le en intégralité dans le magazine Archimag !

    Archimag
    La veille est une discipline bien installée, mais parfois ronronnante, quand elle n’est pas prise de doute sur son efficacité ou sa place dans l’organisation. Dès lors, il est temps de faire un peu d’introspection et de se réinterroger sur son métier et ses pratiques.
    Acheter ce numéro  ou  Abonnez-vous

    À lire sur Archimag

    Le Mag

    Tout Archimag, à partir de 9,50 €
    tous les mois.

    Le chiffre du jour

    4,5
    C'est le nombre de fichiers sources uniques proposés par l'archive Software Heritage.

    Recevez l'essentiel de l'actu !