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au bureau des objets trouvés de Paris

 

Le 13 octobre 1893, le préfet Louis Lépine crée un service spécifique de collecte des objets trouvés. Dès 1939, l’institution s’installe définitivement au 36, rue des Morillons, dans le XVe arrondissement de Paris. 45 000 objets y ont été restitués à leurs propriétaires pour la seule année 2006, soit près d’un tiers des objets trouvés. Rencontre avec une équipe, dont la recherche d’information est le coeur de métier.

 « Nous utilisons des méthodes de gestion de l’informationi à la fois modernes et traditionnelles ». Ainsi nous accueille Jean-Michel Ingrandt, chef du bureau des objets trouvés et des fourrières. Il passe le relais à son subordonné Patrick Cassignol, responsable du service des objets trouvés. Notre guide complète aussitôt, de sa voix à l’accent chantant du sud ouest: « La mise en place en 2000 d’une application informatique spécifique nous a permis de progresser considérablement ». Auparavant, un fichieri était consacré à l’enregistrementi des objets et un second aux demandes de ceux que l’on appelle ici les perdants. Toutrecoupement ne pouvait être que manueli, au sein d’une gestion documentairei ainsi cloisonnée. Désormais, l’application,développée par la société de services en ingénierie informatique GFI conjointement avec les services informatiques de la préfecture de police et d’après un cahier des charges rédigé à la rue des Morillons, répertorie près de 600 objets par jour, soit un tiers de plus qu’il y a dix ans. L’indexationi de l’objet trouvé se fait selon des critères multiples, tels son type, sa couleur, sa marque, sa description, le lieu et la date de découverte et l’éventuelle identité du propriétaire. La collecte d’informations offre une recherche croisée et multicritères. « C’est pour cela que l’on demande aux perdants denous fournir un maximum d’informations », explique Patrick Cassignol.
 
des drôles de dames discrètes et efficaces

Le déploiement de l’application a permis la création d’une cellule de recherche et d’investigation réservée aux objets de valeur. Les deux employées – « mes drôles de dames », glisse le responsable du service dans un sourire – dépouillent l’objet à la recherche du moindre indice. « Notre outil principal ? Le téléphone. Nous nous servons également beaucoup des Pages Jaunes et Blanches », explique Patrick Cassignol. Elles entament des recherches parfois dignes de romans policiers. « Comme ces beaux et très anciens albums de photos dont on est parvenu à identifier le propriétaire grâce aux coordonnées des photographes figurant au verso des clichés », racontent-elles avecfierté. La cellule de recherche collabore avec les principaux organismes bancaires. Elle envoie régulièrement un tableau répertoriant les numéros de cartes de crédit trouvées. Les banques les rapprochent des déclarations de perte de leurs clients. La cellule présente un taux d’élucidation approchant le 75 %! Le reste des objets trouvés est lui aussi dépouillé, mais de telles investigations sont matériellement impossibles. Ils sont saisis dans l’application, générant une étiquette contenant les critères identifiés.

 
une caverne d’Ali Baba peu orthodoxe, mais bien gérée

Ainsi indexiés, les objets sont transférés dans le magasin de stockage, « l’antre de la rue des Morillons », précise Patrick Cassignol. Il poursuit la présentation : « 400 mètres carrés, 150 000 objets, plus de 300 mètres linéaires pour un seul mois. Les objets y sont stockés durant quatre mois. En revanche, les objets d’une valeur supérieure à 50 euros le sont pendant dix-huit mois ». Mais d’où viennent tous ces morceaux de vie égarés ? « Pour moitié de la RATP. C’est incroyable ce qu’on peut trouver dans les transports en commun! Le reste provient de la voie publique, des aéroports, des musées. La Poste est un gros pourvoyeur avec 20 % du total, car les passants glissent l’objet qu’ils trouvent par terre dans la boîte aux lettres la plus proche! », explique le responsable du service, amusé.
Le repaire constitue un véritable observatoire de l’air du temps. Les objets numériques s’y multiplient. 8000 téléphones portables y ont été entreposés l’année passée et « les clés USB ont remplacé les trottinettes ». Pourtant, dans ce magasin où s’activent trois employés, on est loind’être au pays des archivistes : « Depuis un semestre, et pour mieux nous y retrouver, nous avons mis les gros objets d’un côté et les petits de l’autre », raconte notre guide. Le pragmatisme l’emporte sur les méthodes et les normes d’archivagei. Et ce n’est apparemment pas au détriment de l’efficacité. À la réception d’un ordre de restitutioni provenant du guichet, seules cinq minutes sont nécessaires pour remettre l’objet perdu à son propriétaire. Le maître des lieux, en présentant le musée recelant les trouvailles les plus incongrues – machettes, uniformes divers, fragments du World Trade Center –, fait part de son bonheur d’évoluer dans ce cadre :« En deux ans et demi, je n’ai pas vu le temps passer! »
 

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