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A Chypre, les réfugiés se transforment en livres-humains

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    Les entretiens durent 30 minutes, jamais plus. Ce timing permet une rotation optimisant les rencontres. (VisualHunt
  • Se raconter "à livre ouvert" : une forme de résiliance pour les réfugiés de Chypre. L'occasion également pour les habitants de l'île de se sensibiliser à des parcours hors du commun. 

    Archimag présentait il y a quelques mois les "bibliothèques humaines", ces animations étonnantes permettant à des usagers d'emprunter des "livres-humains", de s'entretenir en tête à tête avec eux, de les écouter raconter leur parcours, et même de les questionner sur leur vie et leurs choix.

    L'objectif de ces sessions : sensibiliser et combattre les préjugés en permettant à des hommes et des femmes aux itinéraires atypiques de transmettre leur expérience, tels de vrais livres initiatiques.  

    Huit réfugiés se livrent

    Le concept, apparu au Danemark au début des années 1990 s'est développé dans le monde entier. Et c'est aujourd'hui à Chypre que ces bibliothèques humaines apparaissent avec la même philosophie : se substituant au papier, les huit personnes en chair et en os venues proposer leur témoignage font partie des quelque 6 000 réfugiés et 2 500 demandeurs d'asile que compte la petite île méditerranéenne de 9 000 km².

    Et c'est justement parce que la cohabitation avec les habitants de l'île s'avère compliquée qu'Ibrahima le Camerounais ou encore Kamal le Soudanais, ont accepté de ce rendre dans un café de Nicosie pour raconter leur histoire. 

    Vert, il est possible de l'emprunter

    Ils font tous les deux partie des huit "livres" proposés ce jour là, et dont le titre est affiché dans la vitrine. Un carton vert indique qu'il est possible de l'emprunter ; rouge, qu'il est indisponible, en train d'être "lu" par une autre personne.

    "Le but est de voir les choses sous un autre angle, explique Margarita, l'une des onze volontaire organisant la session à l'AFP ; au lieu d'ouvrir un roman, les lecteurs se plongent dans la vie d'un individu".

    Chaque "lecteur" a trente minutes, pas une de plus, pour "lire" son livre. Torturé par la secte africaine Boko Haram et obligé de fuir à 18 ans son Cameroun natal où vit encore sa famille dont il n'a aucune nouvelle, Ibrahima se prête de bonne grâce à l'exercice.

    "Digérer ce que l'on a entendu"

    Il raconte à une Chypriote d'une soixantaine d'années le long périple en bateau vers l'Europe qui s'est achevé il y a quelques mois au centre d'accueil de Kofinou, au sud de l'île. "Je pensais que la vie était finie pour moi, raconte-t-il à sa lectrice, qui se dit "très touchée" par son témoignage ; les douches sont cassées, l'eau glacée, les locaux sales, mais nous n'avons pas le choix".

    "Il faudra sans doute un peu de temps pour digérer ce que l'on a entendu", affirme Alexandra, une lycéenne de 16 ans qui vient d'écouter le récit de Kamal. Ce Soudanais de 42 ans a été obligé lui aussi de quitter son pays en guerre pour sauver sa peau il y a 16 ans.

    "Les récits sont très denses, alors après deux livres, j'ai eu besoin de faire une pause", admet également Jérémy, un Français expatrié à Chypre, qui se dit "accroché par la force des histoires". 

    Voyeurisme ?

    Bien que désireux de "parcourir" ces "livres", certains lecteurs se sont dit gênés au départ du côté voyeuriste de l'exercice. Pourtant, Ibrahima, Kamal et les autres apprécient justement de se dévoiler : "Cela nous fait du bien de partager ce que l'on vit, plutôt que de tout garder pour nous, explique Kamal ; la parole est une forme de libération".

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