Pour le bibliothécaire qu'est Dominique Lahary, la catégorisation évoque forcément de substantifiques reflexions. Entre une évolution au cours des siècles vers sans cesse plus de classification des fonds et un désordre croissant s'instaurant depuis quelques années dans les usages, la catégorisation en bibliothèque s'inscrit sous un sceau dichotomique.
« Longtemps, la définition de la bibliothèque était une collection organisée de documents, donc un ensemble fini d'objets finis.» D'abord armoire, puis rayonnages c'est-à-dire flux, on tasse pour rentabiliser l'espace. C'est « Le premier ordre , celui du monde des atomes, qui consiste à ranger les choses dans un lieu attitré, les couverts dans le tiroir de gauche à côté de l’évier, les serviettes dans la commode. » explique le porte-parole de l'IABD, citant Francis Pisani et Dominique Piolet [ Comment le web change le monde : l’alchimie des multitudes, Pearson/Village mondial, 2008].
Mais il a fallu aussi décrire : « un monde parallèle est créé pour décrire le monde réel » précise Dominique Lahary, c'est le deuxième ordre, celui du catalogage - ce principe est également celui des métadonnées. Après décrire, il sagit d'accéder
et le valdoisien de décliner à la Prévert l'inflation des catégories d'accès et de leurs subdivisions.
Etape suivante, catégoriser les contenus. C'est là qu'entre en jeu la classification décimale Dewey dont Dominique Lahary souligne avec humour, en prenant l'exemple de la classe "religions", l'extrême subjectivité, puisque témoignant de la représentation du monde que l'on se fait à la fin du 19e siècle aux Etats-Unis. Pas terrible pour un système de catégorisation qui se veut universel...
Et cela se complexifie puisque « La classification devient classement quand les gens rentrent dans la bibliothèque.» Par exemple, romans et bande-dessinées ne rentrent pas dans Dewey, il sagit donc d'envisager pour eux un autre classement, quand bien même théâtre et poésie appartiennent, eux, à la classe "littérature générale".
Quelles alternatives se présentent alors pour une classification davantage adaptée aux usages ? Le classement par centres d'intérêts (Société et enjeux, Terre et nature..) est appliqué de façon expérimentale par certains établissements. On constate empiriquement (avec la multiplication des discothèques, artothèques, ludothèques...) une catégorisation par types de support.
Etape ultime, la folksonomie fait-elle des usagers des indexeurs ? Toujours est-il que s'est imposé le champ de recherche unique (pour ne pas dire "à la Google") au détriment de la recherche avancée, témoignant de l'éloignement progressif d'une cognition par catégorisation et d'une meilleure adaptation au bruit documentaire.
La numérisation et ses conséquences vont dans ce sens puisque la recherche s'effectue dans le texte lui-même des documents numériques (recherche full-text), permettant donc de s'affranchir de toute classification.
Pour conclure, Dominique Lahary va encore plus loin et lance - comme un appel à un prochain colloque ? - un «et si l'important n'était pas la catégorie mais la structure », faisant référence au XML et à une structure qui elle-même fait sens et qui permet d'envisager l'abandon d'une catégorisation documentaire.
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