le service public renaît de ses cendres

Totalement détruite par les flammes le 26 novembre dernier lors d’émeutes urbaines, la bibliothèque Louis-Jouvet de Villiers-le-Bel rouvrira ses portes dès le mois de mai. Implication et motivation de quelques bibliothécaires pour qui service public n’est pas un vain mot, synergie du réseau culturel de l’agglomération Val-de-France et un élan de solidarité sans précédent permettent ce tour de force.

Guillaume Nuttin Par Guillaume Nuttin,
rédacteur archimag.
01/02/2008
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ce qu'il reste de la Bibliothèque Louis Jouvet... (GN)

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 Soirée du 26 novembre 2007, le Val-d’Oise s’embrase. La bibliothèque Louis-Jouvet – la « centrale» telle qu’on appelle la médiathèque la plus importante de Villiers-le-Bel – se consume entre charges de CRS et cocktails Molotov. Des presque 38 000 documents du fonds, seuls les 6 000 empruntés ne sont pas partis en fumée. Ni autodafé, ni accident, la problématique de ce sinistre diffère de son plus célèbre antécédent : contrairement à la bibliothèque d’Alexandrie, ce n’est pas tant la disparition du fonds, certes extrêmement dommageable, qui est dramatique, mais celle de l’accès à la culture pour une partie de la population du Val-de-France, communauté d’agglomération la plus pauvre du pays*. Car, à Louis-Jouvet, les notions de proximité et de service public sont fondamentales. « C’est dans cet esprit que nous avons décidé de rouvrir le plus vite possible », explique le responsable du réseau de lecture publique, Jean-Baptiste Marchesi. « Et la priorité dans les acquisitions, complète Isabelle Wallet-Achard, responsable des bibliothèques intercommunales de Villiers-le-Bel, est pour les usuels; la première étape sera de mettre en place une salle avec dictionnaires et encyclopédies permettant aux jeunes du quartier de continuer à travailler ». Cette réouverture, prévue pour mai 2008, s’effectuera au sein de préfabriqués – « provisoires, bien sûr, mais de bonne qualité », assure la responsable valdoisienne – installés dans le parc de la maison Sainte-Beuve, siège administratif du réseau des bibliothèques. Une réouverture si rapide s’explique, outre par l’investissement personnel des bibliothécaires, par la structure en réseau des médiathèques du Val-de-France. Mis en place afin de pallier le sous-équipement du Val-de-France – seulement 3000 m2 d’espace dédié pour un bassin de population de plus de 140 000 personnes –, le réseau des bibliothèques repose sur un même socle technique géré par trois serveurs sécurisés hébergés dans les locaux du centre administratif et technique intercommunal, à Sarcelles.

bénéfique externalisationi
 

C’est à cette externalisation que le système doit sa pérennité. « Si un tel événement s’était déroulé à Arnouville ou à Garches il y a quelques années, lorsque les serveurs étaient situés dans le local technique, tout aurait été perdu ! », remarque ainsi Jean-Baptiste Marchesi. Notices et base bibliographique sont intacts, les traces numériques ont survécu aux documents. Le bénéfice en est aujourd’hui évident, même si, confie Isabelle Wallet-Achard, « cela fait mal au coeur qu’à presque chaque recherche effectuée dans la base, le système nous indique que l’ouvrage est disponible à Louis-Jouvet ».
Un vaste chantier de nettoyage de la base reste donc à effectuer. Ce à quoi s’additionne un non moins fastidieux travail lié au remboursement par l’assurance. Si les démarches sont prises en charge par les services administratifs spécialisés de la communauté d’agglomération, il s'agit pour les bibliothécaires de fournir la preuve du fonds. « On ressort des cartons d’archivesi remplis de factures d’acquisitions, datant pour certaines des années 1970 », raconte le responsable du réseau de lecture publique.
 
la bibliothèque Louis-Jouvet à la veillei du sinistre

Une Bibliothèque, ce sont d’abord des usagers. La veille du sinistre, leur nombre se montait à 2 289, parmi lesquels une majorité d’enfants, plus de 62 % pour être précis, c’est-à-dire 1 432 jeunes lecteurs. Il y aussi le fonds, avec ses spécificités. 37 328 documents, dont près de 1 200 DVD constituaient celui de Louis-Jouvet. En plus de cette proportion importante de documents audiovisuels, trois traits distinctifs :

Une collection de bandes-dessinées riche en quantité – 18 % des documents –, comme en qualité, avec des séries complètes, des archives – Prince Vaillant, la Famille Fenouillard et le sapeur Camember, toutes deux considérées comme les premières bandes dessinées françaises – et des collections disparues – A suivre –.
Une salle d’art regroupait 2 570 documents de grande qualité consacrés à la peinture, la photographie, le cinéma et la musique.
Les livres jeunesse, en raison de la proportion élevée d’enfants fréquentant la bibliothèque, étaient bien représentés. On y trouvait documentaires pour les 0-14 ans, contes et ouvrages de fiction. Un fonds conséquent de livres pour adolescents rencontrait beaucoup de succès auprès des 12-15 ans.
Enfin, une bibliothèque est faite de murs et d’équipements informatiques. Avec 211 m2 de surface utile, Louis-Jouvet se caractérisait par la grande densité de son espace, le nombre de documents au mètre carré dépassant allègrement les préconisations officielles. « Tout l’espace était couvert de livres », se remémore Isabelle Walet-Achard, responsable des bibliothèques intercommunales deVilliers-le-Bel. Cinq postes constituaient le parc informatique. Deux consacrés à l’Opaci, deux aux prêts et retours et un aux inscriptions.
 
vague de soutien
 

Louis-Jouvet peut aussi compter sur un immense élan de solidarité. « Des messages de soutien affluent encore tous les jours, des élus bien sûr, mais aussi des usagers, des enfants des écoles avec lesquelles nous faisions des animations », témoigne Isabelle Wallet-Achard, un sourire éclairant son visage. Au-delà du réconfort, des subsides affluent aussi. L’appel aux dons lancé par la direction du livre et de la lecture aux maisons d’éditions a été entendu. Les éditions de Minuit viennent d’offrir une sélection de cinquante ouvrages, Le comptoir du livre fournit des ouvrages en langues étrangères. Et ce n’est pas tout. La Bibliothèque départementale de prêt du Val-d’Oise s’est mobilisée, le ministère de la Culture a débloqué 20 000 euros, un usager a même fait don de 1 500 euros. Néanmoins, la reconstitution du fonds ne peut se satisfaire d’une compilation des dons : « Les acquisitions seront l’occasion de remettre à jour une partie du fonds, estime Jean-Baptiste Marchesi, mais il est important de renouer avec les spécificités de Louis-Jouvet ».
Sur les lieux du sinistre, il ne reste rien. Le panneau indicatif mentionnant l’entrée de la bibliothèque ne désigne qu’un tas de gravats. Un petit groupe de jeunes, revenant du collège, passe sur le trottoir d’en face. Isabelle Wallet-Achard, en regardant l’un d’entre eux, peine à masquer son émotion : « Celui-là, je le voyais à Louis-Jouvet tous les jours dès la fin des cours, et maintenant… ».
 
 
 réseau de lecture du Val-de-France, chronologie du projet

Janvier 2005 La responsabilité des bibliothèques du Val-de-France est transférée à la communauté d’agglomération. L’informatisationi de celle de Sarcelles, fonctionnant encore au papier et la réinformatisation – migrationi des SIGBi des autres médiathèques –, sont décidées.
D’octobre à décembre 2005 Élaboration, avec l’appui de Tosca Consultants, du cahier des charges.
Avril 2006 Le SIGB est choisi. Il s’agit de la solution Horizon, de l’éditeur Sirsidynix.
22 novembre 2007 La migration totale du système est opérée. Le déploiement de l’Opac est prévu pour février 2008.
27 novembre 2007 Le bâtiment de la bibliothèque Louis-Jouvet n’existe plus.
 
 
* Donnée rapportée au nombre d’habitants. La communauté d’agglomération du Val-de-France est composée des communes de Villiers-le-Bel, Arnouville-les-Gonesses, Garges-les-Gonesses et Sarcelles.

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