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l'union fait la force

 

Partager des ressources, négocier à plusieurs pour réaliser des économies : ce n’est pas un rêve, mais l’objectif même des consortiums. Les budgets considérables dédiés aux abonnements aux médias électroniques sont ainsi optimisés. Phénomène encore timide en France, il est beaucoup plus répandu en Suisse.

Les revues spécialisées (scientifiques, techniques, médicales, etc.) et les bases de données sont devenues sous leur forme électronique une ressourcei incontournable pour les utilisateurs et chercheurs. Les centres de documentationi spécialisés et les bibliothèques, notamment universitaires, se doivent dès lors d'offrir à leurs lecteurs de plus en plus de titres électroniques. Dans la majorité des cas, ces abonnements électroniques viennent s'ajouter, et non se substituer aux ressources papier, ce qui entraîne une augmentation des budgets des bibliothèques. De plus, un certain nombre d'éditeurs, notamment dans le domaine scientifique et technique, ont augmenté de manière importante les montants de leurs abonnements ces dernières années. L'éditeur Blackwell aurait dernièrement annoncé une augmentation de 18 % de ses tarifs pour l'an prochain !
 
le plus important consortiumi en Suisse

Les centres de documentation, et plus encore les bibliothèques, notamment les bibliothèques universitaires, consacrent donc des sommes de plus en plus importantes aux périodiques électroniques. D'où l'idée des professionnels de se regrouper en consortium (voir encadré) pour mieux négocier avec les éditeurs.
Ainsi a été créé le plus important consortium en Suisse, le consortium national des bibliothèques universitaires (BU) suisses, qui regroupe 10 universités cantonales, les 3 Ecoles Polytechniques fédérales, la Bibliothèque nationale, 7 hautes écoles spécialisées, et d'autres partenaires sont à l'étude. Face à la montée des services achats des universités, dès 1999, une poignée de professionnels suisses ont interpellé les autorités fédérales pour défendre l'idée que c'était à eux de s'occuper des médias électroniques. Gabrielle van Roten, présidente de ce consortium, note que " ce projet originali et les économies d'échelle qu'il pouvait engendrer a été d'emblée bien accueilli par l'administration, qui l'a même jugé "admirable" ". Pour elle, la valeur ajoutée d'une telle organisation pour les membres est multiple : " Un pouvoir d'achat collectif plus important, une acquisition de compétences pour négocier les licences, un seul signataire du contrat, une facturation centralisée, des formations collectives pour les professionnels… Ceux-ci peuvent ainsi consacrer davantage de temps à leur cœur de métier : diffuser l'informationi auprès de leurs utilisateurs et les former à leur tour ".
 
point faible : l'absence de statistiques

Côté points faibles, nombre de professionnels regrettent l'absence de statistiques. Car du coup, les statistiques sont globales, et il devient impossible d'analyser localement l'utilisation des ressources communes, sauf lorsque le consortium passe par une agence d'abonnementi, qui permet alors l'utilisation d'un logiciel de statistiques beaucoup plus puissant et avec des capacités de statistiques par établissement. Une étude est donc en cours sur ce sujet.
 
le GRD en bref

 
Le GRD (Groupe romand de documentation) rassemble 160 responsables de centres de documentation ou de bibliothèques en Suisse romande (le canton francophone de la Suisse). Il organise notamment, à l'instar de son homologue français, l'ADBS (1), des journées d'études comme celle du 6 septembre dernier consacrée aux médias électroniques, et qui a réuni plus de 80 participants. Le GRD est présidé par Jean-François Cosandier, par ailleurs responsable du pôle documentation et archivesi de la Radio suisse romande à Lausanne.
 
Du côté des éditeurs, même s'ils doivent ajuster leurs tarifs, ils y trouvent aussi des compensations ; l'accès au marché est plus simple via un consortium : un seul interlocuteur, un seul contrat, une seule facture… donc des économies d'échelle au final.
Selon les statistiques du consortium, les résultats des négociations avec les éditeurs sont convaincants : du côté de Springer par exemple (sans tenir compte du coût de l'abonnement papier), le prix moyen d'un articlei est passé de 0,32 à 0,25 € entre 2002 et 2004, soit une baisse de 21,5 %.
Selon Gabrielle van Roten, " le rabais consortial moyen est de 29 %. Et le consortium permet de centraliser par exemple le site webi, les serveurs, l'archivagei et les accès. De plus, l'organisation a obtenu des subventions fédérales pour un programme d'impulsion et également pour un nouveau projet : une étude sur l'archivage électronique. Car c'est la première préoccupation des professionnels : comment archiver les médias électroniques, et également comment assurer la permanence des collections antérieures si un abonnement est résilié, l'éditeur coupant en ce cas tous les accès, y compris aux archives en ligne". En effet, 95 % des professionnels interrogés (1) considèrent que c'est le défi le plus important en terme de média électronique, loin devant l'offre ou les problèmes de respect du droit d'auteuri. Mais certains éditeurs ont fini par entendre cette revendication, et Elsevier, non des moindres, engage depuis quelques mois un projet d'archivage des contenus acquis.
 
la tarification doit évoluer

En terme de tarification, les éditeurs vont devoir évoluer. 61 % (1) des éditeurs n'ont pas développé d'offre Consortium, et parmi ceux-ci, seule la moitié envisage de le faire. Côté tarification, le package complet proposé, certes à un coût attractif, trouve ses limites. Ainsi certains éditeurs autorisent maintenant un choix thématique, alors que d'autres continuent de s'en tenir au package.
 
pour en savoir +

 
Le consortium des bibliothèques suisses regroupe plus de 20 bibliothèques universitaires. Il offre aujourd'hui à ses adhérents 80 produits, pour 675 licences au total. Le serveur Wok (Web of knowledge) permet sans problème 20 accès simultanés. Pour en savoir plus : lib.consortium.ch
 
Les professionnels sont également nombreux à réclamer davantage de souplesse dans les conditions, et notamment la possibilité de mixer des licences sites et du pay per view (achat à la vue). Car ce moyen de consultation, considéré comme hors de portée des organisations publiques il y a quelques années, se développe sur des bases de crédits achetés à l'année et décomptés ensuite par l'éditeur. Et sur la critique qui était faite par les professionnels de ne pas pouvoir engager en cours d'année des achats en pay per view, Gabrielle van Roten propose de penser autrement, et d'intégrer complètement le pay per view dans le budget d'acquisition de la bibliothèque, car en ce cas dit-elle, " l'achat en pay per view peut éviter l'achat des quelques revues nécessaires uniquement ponctuellement ". Elle propose également à tous les professionnels de se regrouper comme le font maintenant les différents établissement d'une même entreprise, et également d'échanger des informations entre les consortiums.
(1) Selon l'enquête menée conjointement chaque année par l'agence d'abonnement Swets, le Groupe romand de documentation (GRD), la Société espagnole de documentation et d'information scientifique, la revue des professionnels de l'information en Espagne, et Archimag. Chiffres tirés de l'enquête 2005 (voir Archimag n°185, juillet-août 2005)
 * directrice de la rédaction d'Archimag
 

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