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Être bibliothécaire en 2026 : un métier d’équilibriste

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    Entre accueil des publics, médiation et programmation culturelle, les bibliothécaires conjuguent des missions multiples qui interrogent les compétences, la formation et le sens du métier. (Vince)
  • Accueil, médiation, programmation culturelle, communication, numérique, partenariats… Les missions des bibliothécaires ne cessent de s’élargir, tout comme les profils qui composent les équipes. Une diversification inévitable, mais qui bouscule la profession sur l’incontournable quête de sens, ses limites et ses challenges.
    Couverture du magazine Archimag n°398
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    Nul besoin de rappeler qu’aujourd’hui, être bibliothécaire ne se limite plus au seul métier du livre. Dans les colonnes d’Archimag, les mille facettes de ce métier sont observées, décortiquées et, malgré la quarantaine d’années d’existence du magazine, il y a encore matière à explorer ! "Nous sommes des lieux agiles, souples et nous nous sommes beaucoup diversifiés", constatait Jean-Rémi François, vice-président de l’ABF et chef de service au sein de la Bibliothèque départementale des Ardennes, à l’occasion du 71e congrès de l’ABF en juin dernier. "Il faut assumer cette diversification !"

    Lors de l’événement, la conférence "Diversité des profils au bénéfice de la diversité des publics ?" mettait en lumière la multitude de parcours qui composent désormais les équipes. "Je suis tantôt animateur, tantôt médiateur, et parfois, malheureusement, agent de sécurité", constate Ibrahim Ba, responsable musique et action culturelle à la médiathèque de Villeneuve-d’Ascq (Nord). Ce bibliothécaire l’est devenu grâce à un emploi jeune réalisé à la fin des années 1990. Sans formation spécifique à la bibliothéconomie, il explique avoir trouvé sa place grâce à sa connaissance du quartier dans lequel il travaillait. Puis, avec l’évolution de la programmation culturelle au sein de son établissement, s’être plutôt formé à la sonorisation et à la lumière pour assurer les nouvelles propositions d’animations.

    Au-delà des compétences

    Aux missions d’accueil et d’orientation des publics, ainsi que de gestion et de valorisation des collections, s’ajoutent aussi d’autres casquettes qui restent encore invisibilisées dans l’imaginaire collectif. Tour à tour organisateurs d’événements et animateurs d’ateliers en tous genres, certains bibliothécaires endossent aussi le rôle de community manager, de gestionnaire de site internet et de créateur de contenu. "La communication est un axe de plus en plus fort dans nos établissements", confirme Céline Maurs, directrice de la médiathèque de Vigneux-sur-Seine (Essonne). Une vision que partage Marion Moulin, directrice des bibliothèques de l’AP-HP, qui explique avoir récemment intégré à son équipe (en tant que responsable numérique) une personne parce qu’elle était active sur les réseaux sociaux et produisait son propre podcast.

    Outre les compétences techniques, les professionnels du domaine mettent aussi en lumière l’importance des compétences relationnelles, sociales, mais aussi territoriales. Interrogée en 2023 sur les grands enjeux des bibliothèques, Luce Perez-Tejedor, directrice de la Bibliothèque départementale des Côtes-d’Armor, expliquait que les bibliothèques sont des lieux de convergence sociale, citoyenne et environnementale. "Elles sont l’interface de tous ces enjeux et c’est notre travail de faire en sorte qu’elles soient inclusives et deviennent des espaces d’"empowerment" ("empouvoirement") pour les citoyens." Créer du lien, nouer des partenariats avec les associations et les infrastructures ancrées sur le territoire… Toutes ces tâches font aussi partie du quotidien de ces professionnels. "La capacité à entrer en contact avec les habitants compte autant que les compétences techniques", souligne Ibrahim Ba. "Une collègue me dit régulièrement : "tu aimes tout le monde". Mais je pense qu’il n’en faut pas plus en matière de compétences !".

    Faire évoluer le regard des professionnels

    Marion Moulin confirme qu’il est important de ne pas constituer des équipes "hors sol", notamment dans les quartiers populaires. "Il m’est déjà arrivé de recruter des personnes qui venaient vraiment du travail social, comme des éducateurs spécialisés ou des éducateurs de rue", explique-t-elle. Une façon d’atteindre les publics, mais aussi de faire évoluer le regard des professionnels issus de parcours différents (et réciproquement). "S’appuyer sur les compétences des autres, cela nous permet, à nous aussi, d’évoluer avec le monde d’aujourd’hui", confirme Jean-Rémi François.

    Les passions et savoir-faire peuvent également se révéler être de véritables atouts ! Musique, tricot, couture, jardinage, bricolage, écriture… Ces compétences personnelles permettent aussi de nourrir la proposition d’activités des bibliothèques. "On a tous des compétences cachées, ou en tout cas peu connues des autres", affirme Céline Maurs. Dans son réseau de médiathèques, un tableau de compétences a été mis en place pour repérer les savoir-faire des différents salariés afin d’organiser des échanges ou des ateliers.

    Toujours plus… Mais à quel prix ?

    Ces missions étendues sont agiles et ne cessent d’évoluer avec les bouleversements sociétaux et technologiques, comme l’arrivée des réseaux sociaux il y a une dizaine d’années et les outils d’IA aujourd’hui. Mais cette diversification ne risque-t-elle pas de provoquer une crise identitaire ? Dans leur podcast "Deux connards dans un bibliobus", les bibliothécaires Julien et Quentin décryptent à longueur d’épisodes les maux qui traversent la profession et, notamment, cette quête de sens face à la poursuite du "toujours plus". "On nous demande d’être un peu couteau suisse et de savoir tout faire", estime Marion Moulin. Et Jean-Rémi François de compléter : "L’épuisement et l’usure professionnels existent, notamment sur des difficultés de gestion de public".

    "Il faut trouver un équilibre entre des profils variés, qui vont apporter beaucoup de choses aux équipes et aux usagers, et un socle de professionnels qui ont des bases en bibliothéconomie", rappelle Céline Maurs. La formation constitue un moyen de fournir ce socle commun. "C’est une étape importante pour les professionnels venus d’autres univers", confirme Ibrahim Ba, qui a suivi la formation d’auxiliaire de bibliothèque de l’ABF. "Cela m’a permis de me recentrer sur la moelle épinière de nos structures que sont les collections et qui constituent le premier médiateur pour entrer en contact avec le public".

    Ce travail d’équilibriste pour la composition des équipes et l’ancrage professionnel est aussi précieux face aux multiples pressions qui entourent la profession. En dehors des problématiques majeures d’accueil, de budgets ou encore de sécurité, plusieurs cas de censure sont régulièrement signalés, que ce soit dans la politique d’acquisition ou pour l’organisation d’ateliers. Être bibliothécaire en 2026 signifie également avoir un rôle dans l’accès à l’information, la visibilité et la diversité des collections et des publics. Il faut aussi savoir jongler entre la défense des choix documentaires et de la programmation et le dialogue avec les publics et les tutelles.

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