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IA et automatisation : vers la fin de la veille ?

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    Face à l’automatisation croissante de la veille, l’expertise humaine reste essentielle pour vérifier, analyser et contextualiser l’information. (Magnific)
  • L’irruption de l’intelligence artificielle rebat radicalement les cartes de la veille professionnelle en permettant, entre autres, de rationaliser les flux documentaires grâce à l’automatisation. Et, puisque l’IA excelle aussi dans le tri massif, le résumé ou la traduction, que reste-t-il à l’humain ? Cette révolution sonne-t-elle le glas des métiers de la veille ou annonce-t-elle leur mutation profonde ? Si chaque étape du cycle se réinvente, du cadrage des besoins à la diffusion, en passant par le sourcing, la collecte et l’analyse, où l’expertise humaine reste-t-elle indispensable ? Entre gain de productivité et impératif éthique, vérification et contextualisation, comment redéfinir les compétences ? L’hybridation s’impose pour transformer le chaos en savoir.

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    Au sommaire :

    - Enquête Archimag : comment les professionnels de la veille voient-ils leur métier ?
    - Quand les besoins informationnels passent par le tamis de l’IA
    - L’aide au sourcing, mais sous condition
    - Une efficacité relative de l’IA pour la phase de collecte
    - En appui de l’analyse, les RAG entrent en scène
    - L’IA renouvelle la diffusion de la veille


    "Si l’intérêt de mener une veille rigoureuse est évident pour la plupart des entreprises, l’un de ses problèmes semble résider dans le fait qu’il est difficile de faire reconnaître l’expertise de ses spécialistes", écrivait Stéphane Goria, alors maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine et chercheur au Centre de recherches sur les médiations (Crem) dans le guide pratique Archimag n° 72 "Projets de veille". La question de la reconnaissance du métier de veilleur se posait déjà en 2022, avant même que la déferlante des IA génératives ne vienne bousculer une très grande partie des métiers. Le chercheur, spécialiste en veille stratégique et en l’intelligence économique, poursuivait ainsi son analyse : "Le développement des technologies numériques a facilité l’externalisation de nombreux métiers et la montée en puissance de l’intelligence artificielle permet à tout personnel, selon certains promoteurs de logiciels, de s’affranchir de l’expertise du veilleur."

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    Quatre ans plus tard, quel regard les professionnels de la veille portent-ils sur leur métier ? Craignent-ils un effacement de leurs missions au profit de l’intelligence artificielle ? Pour le savoir, Archimag a souhaité donner la parole aux veilleurs et aux veilleuses en menant une enquête auprès de plus d’une centaine de professionnels. Tendances budgétaires, effectifs en mouvement, évolutions du métier, usage de l’IA… Notre enquête, menée en ligne d’avril à juin 2026, révèle que si les lignes du métier bougent et si des tensions apparaissent, la valeur de l’expertise se renforce.

    Lire aussi : VeilleLabs 2026 : ce que l’IA change vraiment pour la veille stratégique

    Un métier transversal

    Les différents profils des répondants à cette enquête démontrent à quel point le métier de veilleur reste très transversal. 53 % des professionnels de la veille déclarent travailler dans le secteur public, 40 % dans le secteur privé et 3 % dans le milieu associatif. 4 % des répondants exercent, de leur côté, en tant que prestataires indépendants. Les domaines d’activités sont également variés, avec, sur le podium, celui de l’enseignement, de la recherche et de l’éducation (23 %), celui des collectivités territoriales (11,5 %) et enfin celui des banques, de l’assurance, de la finance et des mutuelles (10,4 %). À noter : si les activités de service, étude, conseil et assistance (9,4 %) ou encore l’industrie pharmaceutique et les laboratoires (8,3 %) sont bien représentés, 11,5 % des professionnels ont choisi la case "autres secteurs", ne se retrouvant pas dans les quatorze domaines que nous avions recensés.

    Moins d’effectifs et de budget malgré l’élargissement des missions

    Notre enquête met également en lumière des équipes de veille resserrées : seuls 22 % des répondants déclarent travailler dans des services de plus de cinq personnes. Un professionnel sur deux (52 %) fait partie d’une équipe de deux à cinq collaborateurs et un veilleur sur quatre (26 %) est seul dans sa structure pour réaliser ses missions. Et si, là encore, un professionnel de la veille sur deux (49 %) estime que les effectifs de son service sont stables, ils sont tout de même 30 % à constater une réduction des équipes ces cinq dernières années.

    "Nous faisons face à des baisses d’effectifs et de budget. Nous avons moins de demandes sur de la recherche d’informations, mais sommes davantage sollicités au sujet de l’IA, notamment sur la création d’assistants IA pour les collaborateurs." Parole de veilleur

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    "Nous faisons face à des baisses d’effectifs et de budget", témoigne un veilleur. "Nous avons moins de demandes sur de la recherche d’informations, mais sommes davantage sollicités au sujet de l’IA, notamment sur la création d’assistants IA pour les collaborateurs." Un sentiment partagé par d’autres, qui décrivent une perte de visibilité de la fonction veille dans leur organisation : "Les parties prenantes pensent pouvoir trouver les informations seules", confirme un professionnel. Il précise : "La qualité de l’information semble perdre de son importance, avec pour conséquence une volonté de réduire les ETP [Ndlr : équivalent temps plein] consacrés à cette fonction." Et un veilleur de compléter : "Nous fournissons plus de travail pour ne pas faire oublier le service de veille au sein de notre organisation."

    Sur le plan budgétaire, les réponses sont nuancées, mais confirment cette tension. Seuls 10 % des veilleurs constatent une hausse du budget de leur service ces cinq dernières années. 38 % des professionnels font état, de leur côté, d’un budget stable, quand 40 % témoignent d’une réduction des moyens financiers dédiés à la réalisation de leurs missions. "Le manque de budget pour engager du personnel entraîne une surcharge de travail pour l’une de mes collègues et moi", se désole un veilleur en commentaire.

    Lire aussi : Documation 2026 - La veille au défi des agents IA

    La pression s’intensifie

    "Les flux d’information augmentent et nous avons davantage de dossiers de fond à traiter." Parole de veilleur

    Ce sentiment d’une contraction des moyens humains ou financiers au sein des services intervient pourtant dans un contexte où plus de neuf veilleurs sur dix signalent une évolution partielle à forte de leurs missions, que ce soit pour "plus de travail pour un même poste" (14,3 % indiquent une évolution forte et 25,4 % une évolution partielle), ou pour un élargissement des missions et des compétences (33,3 % indiquent une évolution forte et 21 % une évolution partielle). "Les flux d’information augmentent et nous avons davantage de dossiers de fond à traiter", constate un professionnel, tandis qu’un autre explique que "malgré la réduction d’effectif, il a fallu créer une plateforme interne dédiée à la veille à destination des agents de la collectivité". Pour certains, la pression s’intensifie : "Avec une demande accrue des collaborateurs pour de la veille ciblée et davantage d’études prospectives ou de marché, nous peinons à répondre à toutes les sollicitations."

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    Ambivalence face à l’IA

    La consultation d’annonces d’emplois récentes orientées veille, business intelligence ou analyse sur le réseau social professionnel LinkedIn permet de constater que l’intelligence artificielle (IA) est désormais pratiquement devenue un prérequis. En témoignent quelques-unes des compétences attendues par les recruteurs : "connaissance des outils IA et des bonnes pratiques du prompt engineering appliquées à l’intelligence économique", "intérêt pour les outils digitaux et l’IA" ou encore "connaissance et intérêt pour les nouvelles technologies telles que l’IA, la blockchain, le quantique et les nouveaux usages qu’ils apportent". Au niveau des missions, les professionnels peuvent aussi s’attendre à trouver des demandes de développement d’outils, de méthodes ou de formation. Dans son annonce, un recruteur indique que l’emploi proposé nécessitera de "participer aux échanges avec l’éditeur de la plateforme pour tester et proposer de nouvelles fonctionnalités (automatisation, IA…)".

    "Nous endossons un rôle de "pionniers de l’IA" au sein d’un groupe de collaborateurs de tous horizons, afin d’acculturer les autres et de déployer l’IA au sein de l’entreprise." Parole de veilleur

    Dans certaines organisations, les veilleurs sont en pole position pour mener à bien les projets IA. "Nous sommes chargés de créer des assistants IA pour la veille ou pour d’autres métiers", confirme un veilleur. "Nous endossons un rôle de "pionniers de l’IA" au sein d’un groupe de collaborateurs de tous horizons, afin d’acculturer les autres et de déployer l’IA au sein de l’entreprise."

    Pour rappel, Archimag avait interrogé les professionnels de la veille sur leur usage de l’IA dans le guide pratique n° 83 "IA génératives : cas d’usage et retours d’expérience", publié en février 2026. 88 % des veilleurs se déclaraient alors utilisateurs d’IA génératives, dont 52 % tous les jours. Cette tendance se poursuit : les cas d’usage se précisent, l’IA agentique se développe et les pratiques bousculent les compétences tout en réaffirmant les savoir-faire des professionnels de l’information. "L’IA agentique n’efface pas l’humain", expliquait Romain Ponceau, directeur général d’Opinion Act, à l’occasion du salon i-Expo, en avril dernier. "Les agents IA permettent d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin, mais les veilleurs restent au cœur de nos processus. Ces agents pourraient même revaloriser le travail des veilleurs s’ils savent s’en emparer et exploiter tout leur potentiel. Actuellement en phase de croissance, nous continuons de recruter ce genre de profil." Un guide pratique Archimag spécialement dédié à la veille et à l’IA, constitué de retours d’expériences, de méthodes et de conseils sur les outils, paraîtra à l’automne 2026 pour explorer en détail l’ensemble de ces mutations et accompagner les professionnels.

    "Je dois dégager plus de temps et d’énergie pour convaincre mes collègues de continuer à faire appel à notre service de veille plutôt que d’utiliser ChatGPT." Parole de veilleur

    Pour autant, l’IA ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté des veilleurs. "L’utilisation de l’IA me demande plus de travail (vérification de l’information récoltée et de sa source, correction des erreurs, etc.) et je vais souvent plus vite en rédigeant moi-même", indique un professionnel. Il complète : "Je dois aussi dégager plus de temps et d’énergie pour convaincre mes collègues de continuer à faire appel à notre service de veille plutôt que d’utiliser ChatGPT (beaucoup confondent veille et recherche ponctuelle d’informations), au risque d’utiliser de l’information non fiable. Je dois vérifier, corriger et alerter sur ces pratiques qui font ralentir des projets."

    Lire aussi : Solutions de veille : quel outil choisir en 2026 ?

    Une transformation, pas un effacement

    Lors de notre enquête, nous avons également interrogé les non-utilisateurs de l’IA sur les raisons qui expliquaient ce choix. Pour une grande majorité, cela ne semble pas relever d’une volonté personnelle, mais de contraintes extérieures : 33 % l’expliquent par un interdit de l’organisation dans laquelle ils travaillent, 33 % parce que leur organisation ne leur a pas fourni d’outil d’IA et 27 % parce qu’ils n’ont pas reçu de formation. Plusieurs professionnels font également état de réticences personnelles à utiliser l’IA ou d’une absence de recommandations ou de charte au sein de leur entreprise. "L’intelligence artificielle n’est pas la première transformation majeure qui impacte les professionnels de l’information", rappelait Véronique Mesguich lors du dernier salon i-Expo d’avril dernier. "Les tâches qui leur seront confiées vont évoluer. Mais nous devons développer nos capacités de discernement. Sinon, nous nous exposons à un risque de dépréciation des métiers de l’information-documentation."

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    L’IA sonnera-t-elle le glas du métier de veilleur ? Face à cette question un brin provocatrice, la profession semble nuancer tout scénario de disparition et met en avant la maîtrise des outils IA (82 %) comme l’une des compétences prioritaires pour affronter cette montée en puissance de la technologie, juste devant l’analyse critique (75 %) et l’expertise métier (45 %), toujours.

    De plus, un professionnel sur deux pense que son métier sera transformé et 18,2 % de professionnels pensent même qu’il sera renforcé. Si 13 % des veilleurs estiment que leur métier sera remplacé en partie, 17 % considèrent que cette évolution reste difficile à prévoir et seuls 2,6 % anticipent un déclin.

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