Ils étaient 53 % en 2022, puis 54 % en 2024 et sont désormais 55 % à présenter un niveau élevé de fatigue informationnelle. Année après année, les Français sont de plus en plus nombreux à ressentir un malaise face au déluge d'informations. Un phénomène qui semble s'installer durablement dans la psychologie nationale selon la troisième étude de l’Observatoire de la fatigue informationnelle menée par l’ObSoCo, la Fondation Jean-Jaurès, Arte et Cafeyn.
Cette fatigue informationnelle est socialement située si l'on en croit l'étude : "La fatigue concerne 60 % des personnes vivant avec moins de 1000 euros par mois et par unité de consommation, pour 48% au-dessus de 2500 euros.". De même, elle touche plus particulièrement les femmes : 61% d'entre elles sont classées parmi les personnes fatiguées, pour 50% des hommes.
Sécession informationnelle
Dans le détail, cette fatigue prend des formes diverses à commencer par l’impression de retrouver les mêmes informations au cours de la journée pour 82 % des personnes interrogées. Résultat : cette répétition s’accompagne d’une difficulté à hiérarchiser l'information.
"Pour résumer ce qu’il se passe, nous proposons le terme de « sécession informationnelle » expliquent les auteurs de l'étude ; "Par lui, nous ne désignons pas une sortie générale de l’information. Nous décrivons le mouvement par lequel une partie croissante du public se soustrait à l’espace informationnel commun : certains réduisent leur exposition, d’autres choisissent leurs intermédiaires en fonction de leur confiance ou de leurs affinités, d’autres encore délèguent à de nouveaux acteurs, plateformes, créateurs de contenus ou intelligence artificielle. On continue de s’informer, mais de moins en moins ensemble."
Personnes submergées, détachées, défiantes, boulimiques, et traditionnelles
En appui de ce constat, l'étude établit une typologie des cinq rapports à l’actualité en tenant compte des pratiques des personnes interrogées : nombre de canaux d'information utilisés, participation aux échanges, importance accordée à l’information, effort, fatigue et difficultés ressenties. A la lumière de ces critères, cinq profils apparaissent : les submergés, les détachés, les défiants, les boulimiques, et les traditionnels.
"Les submergés forment le groupe le plus important, avec 39 % de la population, et presque tous sont fatigués" constate l'étude. Ils consomment environ sept canaux d'information et ont le sentiment, en fin de journée, de n’avoir rien retenu d’utile. Un sentiment qui se traduit par le retrait pour près de neuf personnes sur dix qui limitent ou interrompent leur consultation.
Un surinvestissement dans l'information
A l'opposé, les boulimiques sont très minoritaires et ne représentent que 12 % des personnes interrogées. "Ils multiplient les contacts et les formats – près de dix canaux en moyenne –, aiment apprendre et tiennent à se forger une opinion. Ils sont plus jeunes : 42 % ont moins de 35 ans contre 29 % dans l’ensemble de la population, et plus souvent diplômés du supérieur." Un surinvestissement dans l'information qui génère cependant un paradoxe : ils représentent près de trois personnes sur quatre qui déclarent être fatiguées. "Chez eux, l’abondance produit sa propre confusion : plus on suit de sources, plus il devient difficile de suivre le fil et de démêler le vrai du faux. Renoncer à une source supplémentaire leur est difficile, et l’effort consenti finit par coûter ce qu’il rapporte."
Comparés à leurs voisins, les Français sont plus nombreux à déclarer une fatigue informationnelle (55 %) contre 46 % au Royaume-Uni et 39 % en Allemagne. Ils sont aussi moins consommateurs de canaux d'information (7,2 %) contre 9 canaux en Italie et 8,4 en Allemagne.
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