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Archivistes, emparez-vous de l’open data !

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    Si les archivistes ne sont pas encore légion dans l’univers de l’open data, il faut tout de même noter que l’Association des archivistes français s’est dotée, dès 2010, d’un groupe de travail baptisé "Réutilisation des données publiques" (Fotolia)
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    Les données ouvertes sont un fait. Des données à qualifier, conserver, communiquer : typiquement du travail pour les archivistes ! Pourtant l’implication de ces professionnels dans les projets open data, notamment de l'État, des collectivités territoriales ou des entreprises publiques, n’a encore rien d’évident. L’un d’entre eux milite ici pour une démarche volontaire. Il convient de bien connaître les normes et les formats de l’open data. Des archivistes témoignent : à la ville de Toulouse et à la SNCF.

    barros-open-dataOn trouve de tout parmi les métiers de l'open data : des informaticiens, des data scientists, des responsables de la communication... Mais où sont les archivistes ? À ce jour, ils sont encore peu nombreux à intégrer les projets open data. « La plupart du temps, l’open data est géré par les services de communication ou bien par les directions des systèmes d'information ou bien encore par des services d’innovation numérique quand ils existent », estime Simon Chignard éditeur de données au sein de la mission Etalab.

    Le cursus de Simon Chignard, auteur de Comprendre l'ouverture des données publiques (FYP Editions, 2012), est lui-même révélateur des profils les plus répandus dans le domaine. Ingénieur de formation puis consultant en marketing dans le secteur numérique, il s'est ensuite tourné vers l'ouverture des données publiques alors que le sujet n'était pas encore à la mode. Il a notamment évangélisé dans la ville de Rennes, ce qui ne doit rien au hasard, la capitale de la région Bretagne fait en effet figure de précurseur après avoir été la première ville de France à ouvrir un portail open data en 2010.

    D'une façon générale, c'est la direction des systèmes d'information (DSI) qui est convoquée lorsqu'il s'agit de lancer un projet d'ouverture des données publiques. Car, d'emblée, la fonction informatique s'impose en raison de la dimension numérique du projet.

    Le rôle pivot de l'archiviste

    Si les archivistes ne sont pas encore légion dans l'univers de l'open data, il faut tout de même noter que l'Association des archivistes français s'est dotée, dès 2010, d'un groupe de travail baptisé « Réutilisation des données publiques ». Objectif de l'AAF : mener « une réflexion collective avec l'ensemble des partenaires (ministériels, associatifs, économiques) à commencer par le Service interministériel des Archives de France » pour que les archivistes prennent leur place dans le mouvement. Quatre ans plus tard, une délégation de l'AAF se rendait au Sénat dans le cadre d'une mission d'information consacrée à l'open data et la protection privée. L'occasion de rappeler « le rôle pivot de l'archiviste dans la bonne gestion de l'information, sécurisée et souple, dans l'environnement numérique ».

    Et lors du forum des archivistes qui s'est tenu l'an dernier à Troyes, la thématique des données publiques a fait l'objet d'un « data sprint des archives ». Cette initiative est partie d'un constat : « Les services d'archives créent et conservent de nombreuses données et contenus. Nombreux sont ceux qui diffusent sur leur portail internet des inventaires et bases de données très riches, normalisées et des documents numérisés. Pour autant, les expériences de réutilisation, visualisations et remix de ces contenus en dehors de la sphère archivistique et culturelle sont relativement rares ». De fait, il suffit d'aller sur la plateforme Data.gouv.fr pour constater que seulement neuf jeux de données estampillés « archives publiques en France » sont mis à la disposition des internautes (en février 2017). Ces corpus documentaires proviennent des services d'archives municipales, départementales et nationales. Disponibles au format ODS (tableur), ces fichiers sont arides et n'ont pas été enrichis par un traitement visuel qui pourrait les rendre plus attractifs.

    Si l'infrastructure informatique doit être naturellement laissée à la DSI, certaines actions peuvent parfaitement être assurées par des archivistes. C'est notamment le cas de tout le travail autour de la donnée : recensement, collecte, nettoyage... On peut également imaginer des actions périphériques : animation d'ateliers consacrés à la réutilisation de données, organisation de hackathons et de rencontres entre associations et développeurs...

    Trois licences

    En Saône-et-Loire, les archives départementales sont déjà passées à l'acte. Il n'est pas étonnant de voir ce département investir l'open data, car il fut l'un des premiers, dès 2011, à lancer une plateforme dédiée à l'ouverture des données publiques. Le rôle des archivistes a consisté à intervenir sur les modalités de réutilisation des données.

    Les archives départementales des Yvelines, quant à elles, ont franchi le Rubicon : elles ont fait le choix de l'open data complet et misé sur la gratuité et la liberté. « Cette décision a été prise par les archives départementales elles-mêmes afin d’encourager et de favoriser la réutilisation, en se fondant sur la conviction que les archives sont faites pour être réutilisées, explique le site Chronique chartistes ; les archives départementales ont alors élaboré trois licences : une licence ouverte (type Etalab) pour tout ce qui n’est pas à caractère personnel, une licence type pour les documents comportant des données de cet ordre et, enfin, une licence tarifée, non pour la réutilisation, mais pour la fourniture des informations aux réutilisateurs (prises de vue, transfert, etc.) ».

    Face à la complexité qui entoure le statut et la réutilisation des données publiques, les archivistes ont leur rôle à jouer. En bons connaisseurs des régimes juridiques appliqués aux archives, ils peuvent expliquer ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. À l'image de Bruno Ricard (Service interministériel des Archives de France) qui, au forum de l'AAF de Troyes en 2016, expliquait que « toutes les données réutilisables ne sont pas opendatables. L'open data est un sous-ensemble du champ de la réutilisation ». Ce rappel de la loi s'applique en particulier aux documents comportant des données à caractère personnel : à ce titre, elles ne sont pas « opendatables ». 

    À côté des informaticiens et des data scientists, les archivistes ont donc de sérieux atouts à faire valoir.


    + repères

    En Suisse, un hackaton dédié à l'open data culturel réunit archivistes et bibliothécaires

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    En Suisse aussi la communauté infodocumentaire se convertit aux ateliers collaboratifs. La bibliothèque universitaire de Bâle a accueilli au mois de juillet 2016 la deuxième édition du hackathon Open Cultural Data. Objectif : réunir des archivistes et des bibliothécaires pour travailler concrètement sur des projets de réutilisation de données culturelles. Les contributeurs se sont notamment penchés sur des réalisations graphiques (carte de localisation réalisée à partir du fichier des bibliothèques suisses), documentaires (développement d'une ontologie dédiée aux arts du spectacle) et historiques (carte dynamique des parcours de réfugiés juifs ayant transité par la Suisse réalisée à partir de jeux de données anonymisées).

    Résolument collaboratif, ce hackaton a également permis aux dizaines de professionnels de l'infodoc réunis à Bâle d'échanger de bonnes pratiques en matière d'outils, de sources et de méthode. Sur son blog, l'archiviste Maïwenn Bourdic évoque « une riche expérience, assez bluffante au niveau de ce qu'on peut réaliser en peu de temps, en mettant des gens et des compétences complémentaires et enrichissantes autour d'une table ».

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    Le chiffre du jour

    C'est le nombre de documents relatifs aux attentats du 13 novembre 2015 et mis en ligne sur le site des Archives municipales de Paris.

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