La sortie d'un magazine est souvent comparée à un accouchement. Qu'il se passe aux forceps ou par césarienne, la tension des jours de bouclage est vite oubliée lorsque paraît le dernier-né qui fleure bon la colle fraîche et dont les pages ont la douceur d'une peau de bébé. La gestation débute par un chemin de fer qui déroule sur 48 à 60 pages, selon les mois, les rubriques du numéro conformément au planning rédactionnel conçu pour l'année. Une charte définit le contenu, la forme et le calibrage (nombre de pages et de caractères) de chaque rubrique. L'angle des sujets est discuté en réunion de rédaction. Le chemin de fer évolue au rythme de la construction des articles et des réservations d'espaces publicitaires et peut connaître jusqu'à sept versions avant de trouver sa voie définitive.
premiers croquis
La matrice est prête. L'équipe rédactionnelle se lance alors dans l'écriture d'articles, de comptes rendus de salons, d'interviews, épluche les communiqués de presse pour retenir ceux qui créeront l'événement ou feront l'actualité. Certains articles sont commandés à des pigistes, experts en info-doc ou journalistes, qui pour certains, comme Hélène Ochanine ou Patrick Brébion, collaborent régulièrement à la revue. Le dessinateur Yves Barros nous envoie par e-maili ses premiers croquis et colorisera ceux qui auront recueilli le plus de sourires. Les claviers crépitent entre deux coups de fils d'attachées de presse.
Ah ! Les attachées de presse. On les aime bien, même si on les trouve parfois un peu envahissantes. L'attachée de presse se reconnaît au téléphone à son débiti de parole qui n'a d'égal que sa farouche détermination à rentrer en relation avec l'"Etre Suprême", c'est-à-dire le rédacteur en chef. Elle s'appelle Claudia ou Lætitia, détient le scoop du siècle et tente de prononcer le maximum de mots en une minute sans reprendre son souffle, comme en apnée, craignant qu'on l'empêche de terminer sa phrase. C'est pourquoi nous avons grand peine à en interrompre certaines qui se fourvoient manifestement, pour leur expliquer que non, Archimag n'est pas une revue consacrée à l'architecture !
un rough pour la mise en page
Le texte brut de l'article saisi sous Word est relu une première fois et habillé de sa titraille, d'accroches, de légendes, d'encadrés qui mettent en relief photos, définitions, listes de prestataires et contribuent à la densité visuelle à l'article. Les fichiers texte sont envoyés à Jean Foucher, maquettiste indépendant, accompagnés de photos numériques et de captures d'écran. Pour les articles prévus avec une mise en page particulière, on adjoint un rough ou brouillon de maquette comportant toutes les indications nécessaires au placement des objets sur la page. Le risque d'un magazine qui a vingt ans et qui connaît le succès d'Archimag est de "s'installer" dans une maquette agréable à lire, certes, mais qui risque de lasser le lecteur à la longue. Ainsi, le dossieri central a subi un lifting en janvier 2005. Cette nouvelle présentation, avec un article principal qui court d'un bout à l'autre, entrecoupé d'articles plus courts, est mieux adaptée au mode de lecture hypertextuelle de notre époque. De même, la rubrique Interneti, rebaptisée "favoris", a été redéfinie ; elle recense maintenant les meilleurs sites existant autour d'un thème donné. Jean Foucher monte les pages sous Xpress, logiciel de PAO (Publication assistée par ordinateur), et nous renvoie les épreuves au format PDFi. Commencent alors les corrections typographiques. Il faut traquer les coquilles, chasser la veuve et l'orpheline, déplacer des intertitres qui tombent en bas d'une colonne, réajuster un texte trop long ou trop court, faire disparaître les coupures disgracieuses en fin de ligne. La langue française et surtout le vocabulaire informatique évoluent vite. Faut-il tolérer les anglicismes "upgrade" et autres "release" ? accepter les néologismes comme "utilisabilité" (des interfaces), "historiser" ? faut-il mettre une majuscule à "Internet"? accorder webi comme un adjectif (les sites web) ? écrire encore les locutions latines en italiques alors que même Le Monde a abandonné cette pratique. Autant de questions qui ne manquent pas de provoquer, au sein de la rédaction, des querelles d'anciens - qui se réfèrent au Larousse - et de modernes - qui privilégient l'usage.
l'odeur nauséabonde de l'ozalid
Frédéric Coquin (Imprim Flash) s'occupe de la photogravure. C'est lui qui numérise les photos papier, les couvertures des ouvrages de la rubrique édition et incorpore leur version numérique dans le fichier Zip que lui remet le maquettiste. Les dernières corrections d'auteur, sont intégrées chez lui ainsi que les finitions : calage d'un texte, retouche d'une photo… Puis la version finale est gravée sur un cédérom qui, accompagné du cromalin de la couverture, est envoyé chez l'imprimeur. Ce dernier nous retourne dans un délai de deux jours le BAT (Bon à tirer). L'ozalid qui dégageait une odeur nauséabonde a été remplacée l'an dernier par un traceur couleur, plus proche du résultat final et… inodore. L'imprimé ne pardonne pas. C'est une leçon d'humilité permanente. On se croit rigoureux, on découvre chaque mois qu'on ne l'est pas assez lorsque la seconde d'inattention nous est renvoyée en pleine figure. Car même si trois personnes sont dans le circuit de relecture, il reste toujours des coquilles et même des fameuses ! Evidemment, c'est toujours la première chose qui saute aux yeux lorsqu'on ouvre le dernier numéro.
* Secrétaire de rédaction d'Archimag, responsable de la collection Guides pratiques