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Mieux que l'œil humain, l'IA performe dans la reconnaissance des œuvres d'art

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    L’intelligence artificielle trouve toute sa place dans la lutte contre les vols d'oeuvres d'art. (Dessin Vince)
  • Déployée depuis quelques années par des institutions publiques et privées, l’intelligence artificielle trouve toute sa place dans la reconnaissance des œuvres d’art. Dans la lutte contre le fléau des vols de pièces de collection, mais aussi pour authentifier des dessins et des tableaux peints au XVIe siècle.

    mag-391bd-dossier.jpgenlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : IA : les nouveaux défis de l’édition scientifique

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    Plus de 57 000 objets sont actuellement enregistrés dans une base de données d’Interpol dédiée aux œuvres d’art volées. Un chiffre impressionnant qui s’explique aisément, selon l’Organisation internationale de police criminelle : "le trafic de biens culturels constitue une activité peu risquée, mais hautement lucrative pour des malfaiteurs ayant des liens avec la criminalité organisée." 

    C’est ainsi que les bijoux et joyaux de la Couronne de France, dérobés au Louvre lors du cambriolage spectaculaire du 19 octobre dernier, figurent désormais dans cette base de données. 

    Cette activité est tellement lucrative que "chaque jour, quelque part dans le monde, un objet est volé ou pillé dans le but d’être vendu illégalement sur le marché", affirme l’Observatoire international du trafic illicite de biens culturels. "Au cours des trente dernières années, le trafic illicite d’œuvres d’art et de biens culturels est devenu un problème majeur."

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    Pour autant, la riposte s’organise. Et c’est bien évidemment vers l’intelligence artificielle (IA) qu’Interpol s’est tournée pour remettre la main sur des œuvres d’art pillées aux quatre coins du monde. L’application ID-Art utilise une technologie de reconnaissance d’images de pointe qui permet à toute personne (policier, douanier, collectionneur, marchand d’art, citoyen…) de prendre une photo d’une œuvre d’art suspecte. L’algorithme compare cette image avec les 57 000 œuvres enregistrées dans la base de données mondiale d’Interpol.

    Résultat : l’IA est en mesure de trouver des similitudes importantes instantanément. Si une correspondance est trouvée, l’utilisateur est encouragé à envoyer un rapport à Interpol pour une vérification approfondie. Lors de sa phase pilote, l’application a permis d’identifier des œuvres volées, notamment deux statues en Italie et deux peintures à Amsterdam, aux Pays-Bas, qui avaient été repérées sur des plateformes commerciales.

    Collecte dans les profondeurs du dark web

    Autre institution à recourir à l’IA pour lutter contre le vol des œuvres d’art, le Commandement italien des carabiniers pour la protection du patrimoine culturel a développé une plateforme alimentée par l’IA. Baptisée Swoads (Stolen works of art detection system - Système de détection des œuvres d’art volées), cette plateforme est reliée à la base de données nationale italienne des biens culturels et est à l’image du patrimoine transalpin.

    Elle recense pas moins d’1,3 million de biens dérobés ! Swoads moissonne et analyse les plateformes de vente en libre accès, les catalogues des maisons de vente aux enchères et descend même dans les profondeurs du dark web. Dotée de fonctionnalités de reconnaissance d’images et de textes, la plateforme est capable d’identifier les correspondances potentielles. Le cas échéant, des alertes sont alors examinées par des agents formés à cette vérification.

    Après quelques années d’utilisation, Swoads va faire l’objet d’améliorations portant sur la technologie utilisée (big data, apprentissage automatique, blockchain…). "Cette approche permet à Swoads de recourir à toutes les nouvelles fonctionnalités, en combinant la collecte de données effectuée automatiquement - à partir du web, du web profond, des réseaux sociaux - à celle provenant de la transmission de photographies de marchandises obtenues dans le cadre des activités opérationnelles", affirme le Commandement italien des carabiniers.

    L’unité de police spécialisée s’efforce également d’étendre les capacités du système à la détection des objets pillés ou contrefaits figurant sur les listes rouges du Conseil international des Musées. À ce jour, la plateforme a permis de remettre la main de plus de deux cents objets dérobés.

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    Un vrai Dürer à 82,2 %

    L’IA ne sert pas seulement à aider la police dans sa lutte contre le vol. En 2024, un collectionneur privé contactait la société suisse Art Recognition pour une mission délicate : le portrait sur vélin intitulé "Una Vilana Windisch" et attribué à Albrecht Dürer (1471–1528) est-il authentique ? Réponse : oui, ce portrait a 82,2 % de probabilités d’être un vrai Dürer.

    Comment Art Recognition s’y est-il pris pour apporter une réponse aussi précise, alors que les experts se querellent depuis des années sur son authenticité ? "À l’aide d’un ensemble de données comprenant 144 œuvres authentiques de Dürer (à l’encre, à la craie et au fusain) et un nombre équivalent de contrefaçons, d’imitations et d’images synthétiques, l’IA a été entraînée à reconnaître le style unique de l’artiste."

    Plus surprenant, la société suisse a également analysé la version sur papier de "Una Vilana Windisch", exposée au British Museum. Cette version a longtemps été considérée comme un véritable dessin de Dürer. Pourtant, l’IA lui a attribué un score d’authenticité légèrement inférieur ! Nul ne sait comment le vénérable British Museum accueillit la nouvelle… Mais alors que les faux se multiplient, Art Recognition est de plus en plus souvent sollicité par les particuliers et les institutions culturelles. Créée en 2019, la société revendique aujourd’hui plus de cinq cents évaluations d’authenticité, ainsi que plus de cent clients ayant fait appel à ses services.

    Les coups de pinceau de Raphaël

    En Grande-Bretagne, ce sont les chercheurs de l’Université de Bradford qui sont parvenus à percer le mystère du splendide tableau "Madonna della Rosa" (La Vierge à la rose) peint par Raphaël vers 1518. En réalité, il serait plus juste d’écrire "peint en partie" par le maître de la Renaissance.

    Car, selon Hassan Ugail, directeur du Centre de calcul visuel et de systèmes intelligents de l’Université de Bradford, le visage de Joseph qui apparaît dans le coin supérieur gauche de la toile a été peint par un autre artiste : "lorsque nous avons examiné "Madonna Della Rosa" dans son ensemble, les résultats n’ont pas été concluants. Nous avons donc analysé les différentes parties du tableau ; si le reste de l’œuvre a été attribué à Raphaël, le visage de Joseph s’est avéré très probablement différent."

    Ce verdict repose sur une analyse des coups de pinceau, de la palette de couleurs, des ombres… Autant de détails que l’IA perçoit plus finement et plus rapidement que les historiens de l’art grâce à un entraînement réalisé sur des bases de données. 

    Pour autant, Hassan Ugail ne prétend pas que l’IA est amenée à remplacer des professionnels bien formés : "il ne s’agit pas d’un cas où l’IA supprime des emplois. L’authentification d’une œuvre d’art implique l’examen de nombreux aspects, tels que sa provenance, ses pigments ou son état de conservation. Toutefois, ce type de logiciel peut être utilisé comme un outil parmi d’autres pour faciliter ce processus." 

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    Pourquoi parle-t-on autant d’éthique quand il est question d’intelligence artificielle - et de quoi parle-t-on exactement ? Pour les Podcast d'Archimag, nous avons rencontré Enrico Panai, éthicien de l’intelligence artificielle. Avec lui, on clarifie ce que recouvre vraiment le mot "éthique" - au-delà des slogans - et pourquoi l’IA rend ces questions plus visibles, plus urgentes, et parfois plus confuses. On parlera aussi de l’entreprise : ses valeurs, ses contraintes, ses arbitrages… et de la manière dont une démarche éthique, quand elle intervient dès le départ, peut devenir un outil de décision et même un moteur d’innovation.
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