dans les filets de l'information-documentation

 

Blogs, wikis, forums de discussion : impossible de ne plus prendre au sérieux ces nouvelles sources d’information. Professionnels de l’infodoc et agrégateurs s’y adaptent peu à peu, même si des hésitations demeurent.

 Telle une bourrasque, la vogue des blogs est en passe de bousculer les pratiques des professionnels de l’informationi-documentationi. Pas un jour ne passe sans que les listes de diffusion consacrées à l’infodoc et à la veille Intelligence économique.  ">i ne fassent allusion aux sources alternatives d’information: blogs, Wikipédia, Agoravox, web 2.0i, forums de discussion, podcasts…
Ces dernières jouent désormais dans la cour des grands et prétendent rivaliser avec la presse généraliste et spécialisée. Les journalistes eux-mêmes observent l’irruption de ces nouveaux pôles d’information avec intérêt. Selon une étude réalisée par l’agence Euro RSCG Magnet en association avec l’université de Columbia (www.magnet.com/index.php?s=_thought), de nombreux journalistes utilisent la blogosphère à des fins professionnelles. Plus de la moitié d’entre eux y arecours de façon régulière, soit pour y rechercher des idées de sujet, soit pour y trouver des sources et des références. Un tiers estime même que les blogs sont devenus une source idéale pour dénicher des informations inédites ou révéler des scandales. Les documentalistes, les veilleurs et les bibliothécaires se convertissent également à ces genres éditoriaux émergents. Ils louent l’extrême réactivité de la blogosphère face aux sources traditionnelles d’information jugées empesées et inaptes à rivaliser en vitesse avec les blogs. Il n’est pas rare, en effet, qu’un décalage de plusieurs jours soit constaté entre une information délivrée par la blogosphère et la reprise de cette même information par la presse. Le supplément d’âme que l’on reconnaissait jusqu’ici aux médias traditionnels – la hiérarchisation de l’information, la contextualisation, l’analyse – tend à s’estomper.

de Wikipédia à Citizendium…

Selon Alexa.com, qui évalue le classement des sites les plus fréquentés du monde, Wikipédia pointe à la quinzième
position devant la BBC et CNN. Cela après seulement cinq années d’existence ! La fulgurante ascension de cette
encyclopédie gratuite, collaborative et multilingue fait couler beaucoup d’encre et provoque quelques grincements
de dents. Comment une encyclopédie construite autour des savoirs apportés par les lecteurs eux-mêmes peut-elle
rivaliser avec les prestigieuses Encyclopaedia Britannica et Encyclopaedia Universalis ? C’est en tout cas ce que suggéraitune récente enquête anglaise… Ce succès semble aiguiser les appétits. L’un des fondateurs de Wikipédia, Larry Sanger, vient d’annoncer son intention de lancer une encyclopédie rivale afin de garantir un contenu plus « responsable ».
La philosophie de Citizendium.com reposera toujours sur le principe de la fourniture d’informations par les internautes
eux-mêmes, mais ceux-ci devront démontrer « un niveau minimum de qualification, basé sur des mesures du monde réel » comme des diplômes par exemple. L’initiative de Larry Sanger consiste à « combiner un projet wiki avec une direction d’experts souple » afin de créer « un projet de libre connaissance ».
Citizendium devrait démarrer publiquement dans quelques mois.
www.citizendium.org
 
discriminer les blogs pertinents

Sélectionner, voir discriminer, les blogs pertinents et les autres reste indispensable. Ce travail de tri, les veilleurs le savent, repose sur une lecture critique de la Toile, sur une fréquentation assidue des listes de diffusion et sur l’exploitation systématique et rigoureuse des innombrables liens proposés par les blogueurs. Cesderniers sont bien souvent issus de métiers proches de l’infodoc.
Quel que soit le domainede compétence du documentaliste – intelligence économique, sciences juridiques, industrie pétrolière, haute technologie – il est fort probable que la blogosphère réponde, au moins partiellement, à ses besoins professionnels. Si la force de réaction des blogueurs est indiscutable, elle n’en pose pas moins le problème majeur de la fiabilité du contenu. A confondre vitesse et précipitation, ces sources d’information commettent des erreurs, se fourvoient dansdes emportements regrettables et peuvent même désinformer. Au début de 2006, l’édition anglaise de Wikipédia a ainsi publié une notice(ou bordereau ou enregistrement ou grille de saisie...) Ensemble structuré des champs et des informations constituant les références d'un document">i bibliographique consacrée à un homme politique, délibérément mensongère et malveillante. L’auteur de l’articlei voulait démontrer l’insuffisance des procédures de vérification et de validation de cette « encyclopédie librement distribuable que chacun peut améliorer ». A la suite de cet incident, les administrateurs de Wikipédia ont décidé de modifier les règles d’enrichissement d’articles afin de déjouer les actes de vandalisme.
Là comme ailleurs, les campagnes de ragots, de rumeurs et de déstabilisation sont inévitables et il convient d’en tenir compte. Les documentalistes ne manquent d’ailleurs pas de pointer du doigt les limites de cette information citoyenne : le manque de filtrage et le non respect des règles élémentaires de la fonction journalistique mènent inévitablement à des situations de désinformation.
 
la confiance grandit

A rebrousse-poil de ces critiques, le cabinet Hotwire a publié le mois dernier une étude portant sur les indices de confiance des différentes sources d’information. Avec 24 %, les blogs se situent après les articles de presse (30 %), mais devant la publicité (17 %) et le marketing par voie de courriel ">i (14 %). Ces sondages, menés simultanément en Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne et Espagne, dévoilent une tendance remarquable : 52 % des sondés déclarent être enclins à acheter un produit dont ils auraient lu une critique positive sur un blog. Signe des temps, à l’occasion de la première conférence Documents numériques et société qui s’est tenue les 20 et 21 septembre derniers à Fribourg, en Suisse, les chercheurs, usagers et industriels concernés par la problématique du document numérique se sont intéressé aux « pratiques sociales innovantes ». Leurs travaux ont porté aussi bien sur les blogs, les wikis, la diffusion en flux que sur les podcasts ou les vidéoblogs (Document numérique et société. Actes de la conférence Docsoc 2006, sous la direction de GhislaineChartron et Evelyne Broudoux, Editions ADBS).

quelques blogs consacrés à l'information-documentation

Les professionnels de l’information-documentation sont souvent à la recherche d’informations leur permettant de
comparer leurs expériences et d’améliorer leurs savoir-faire. Ils peuvent, bien entendu, se tourner vers des livres et des
revues réputés pour la pertinence de leur contenu. La blogosphère leur offre un complément d’information particulièrement
judicieux. Impossible de recenser tous les blogs consacrés à l’infodoc, mais cette sélection constitue un point d’entrée
qu’il conviendra d’étoffer au fil de l’eau :
blog.abondance.com/
www.activeille.net/index.php
affordance.typepad.com/mon_weblog/
arkandis.blogsome.com/
blogbbf.enssibi.fr
www.fredcavazza.net/index.php
gillesbalmisse.com/v2
inforizon.blogs.com/veille
grds04.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php
metiers-info-doc.joueb.com
urfistinfo.blogs.com/urfist_info
 
agrégateurs de presse

Du côté des agrégateurs de presse, on ne reste pas indifférent à cette mutation. L’Argus de la presse, par exemple, procède à la surveillance d’une cinquantaine de blogs depuis le mois de septembre 2005. Nicolas Jaunet, directeur du marketing et de la communication, souligne que cette veille dédiée à la blogosphère s’ajoute aux deux mille sites internet">i déjà suivis. « Notre veille fonctionne grâce à un crawler (logiciel desurveillance de sites) que nous avons développé en interne. Les résultats obtenus sont ensuite validés par intervention humaine selon l’intérêt qu’ils présentent pour nos clients. Le choix des blogs se fait sur la base de plusieurs critères : une mise à jour régulière, de préférence quotidienne, la qualité rédactionnelle, la compatibilité technique avec nos propres instruments… ».
Parmi la cinquantaine de blogs suivis par L’Argus de la presse, l’on trouve des blogs accolés à une publication connue – 01Blog, le Blogfinance, Publiciblog, Adminet – mais aussi des initiatives plus personnelles comme l’incontournable blog de Loïc Le Meur. Selon Nicolas Jaunet, les clients de l’Argus de la presse soumettent parfois des idées de blogs à surveiller…« Nous étudions alors leurs conseils et répondons favorablement ou non à la lumière de nos propres critères. Nous suivons attentivement cequi se dit sur internet de ces nouvelles sources d’information, le buzz (en marketing, faire du bruit autour d'un nouveau produit pour le promouvoir) joue un rôle important… Le site d’information citoyenne Agoravox, par exemple, est très intéressant à suivre ».
 
du journalisme au blog

Les journalistes seraient-ils à l’étroit dans leur journal ? A en croire certains, le blog serait le dernier havre de paix leur permettant d’écrire librement, loin des pressions des annonceurs ou des ordres de la hiérarchie. L’espace disponible étant illimité, ils pourraient donner libre cours à leur inspiration et écrire au-delà du calibrage contraignant de la presse papier.
Pointblog.com, l’un des blogs français les plus lus, a récemment évoqué le cas du quotidien gratuit 20 Minutes où « (presque) toute la rédaction blogue »… L’on pourrait ajouter les extras proposés par les journalistes des Echos, du Monde ou de Libération, dont les blogs sont hébergés sur les sites de leurs employeurs. Le site de RTL réserve également une place de choix au blog de Jean-Michel Apathie pour raconter l’envers du décor de l’entretien politique diffusé lors de la tranche matinale d’information. Le style impressionniste du sémillant journaliste méridional semble très apprécié des lecteurs, avides de découvrir les coulisses de la radio. A son tour, Europe 1 vient de lancer un blog collectif auquel contribuent les journalistes du service politique afin « de vivre au plus près la campagne électorale qui ne fait que commencer ».
www.20minutes.fr/blogs.php
blogs.lesechos.fr
www.lemonde.fr/web/blogs/0,39-0,48-0,0.html

www.liberation.fr/interactif/blogs
blog.rtl.fr/rtl-aphatie
europe1.fr/blogs/presidentielles
 
valeur d’usage

Cedrom-Sni, agrégateur de contenu, ne semble en revanche pas convaincu de l’urgence de proposer de l’information issue de la blogosphère ou des différents wikis. Raymond Descout, vice-président ventes et marketing Europe, explique « qu’à ce jour, nos clients n’ont pas formulé de demande particulière en matière de blog. Notre métier consiste à fournir de l’information ainsi que des instruments qui permettent d’éliminer le bruit et de ne retenir que le contenu pertinent. Nos clients déterminent la valeur d’usage de l’information. Nous avons cependant le projet de proposer quelques blogs à partir de l’année prochaine sur la base de l’expérience de notre maison mère, au Canada, qui diffuse des liens vers des blogs intéressants. Notre démarche consistera à donner le lien vers le blog et non pas le contenu lui-même ».
Quant à la société Factiva, elle a opté dès 2004 pour la prise en compte des blogs et les a intégrés au mois d’août 2005 dans sa solution Factiva Inside. Pas moins de deux millions de blogs et six mille forums de discussion complètent cette solution dédiée à la surveillance des médias. Selon Muriel de Boisseson, responsable marketing, l’approche de Factiva repose « sur les besoins concrets du marché et des clients en matière d’information. Nous intégrons de nouvelles fonctionnalités lorsqu’elles présentent un intérêt et, si le retour de nos clients est favorable, nous les déclinons dans nos différentes solutions ». En revanche, pas question de proposer les wikis ou les podcasts : « Il ne faut pas griller les étapes ! Nous sentons bien une curiosité de nos clients pour ces nouveaux produits mais ils ne nous apparaissent pas prioritaires pour l’instant ».
L’enjeu de ces nouveaux genres éditoriaux intéresse aussi bien les fournisseurs d’information que les documentalistes. Il s’agit, pour les uns et les autres, de séparer le bon grain de l’ivraie. La popularité croissante d’Agoravox, de certains blogs et de Wikipédia ne peut plus être ignorée. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de défiance envers les médias traditionnels et de méfiance envers les élites à laquelle sont associés les journalistes. Il appartient aux professionnels de l’infodoc de tirer profit de cette offre enrichie.
 

Le chiffre du jour
C'est le nombre de dossiers médicaux partagés ouverts par les assurés.