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Veille : en première ligne de la bataille pour la souveraineté numérique

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    Les éditeurs de solutions de veille mettent la question de la souveraineté numérique au cœur de leur développement. (Tete_escape/Freepik)
  • Les éditeurs français de logiciels de veille et les prestataires sont, par nature, particulièrement sensibles aux questions de confidentialité des données de leurs clients. Mais le code de la commande publique ne leur facilite pas la tâche.

    couv392bd.pngenlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : QUI SONT NOS CHAMPIONS FRANÇAIS ?

    Au sommaire :

    Souveraineté numérique : qui sont nos champions français ?
    La gestion de contenu en mode souverain
    Confiance numérique souveraine : un écosystème mature et dynamique
    Facturation électronique : la souveraineté à l’épreuve d’un marché mouvant
    Plateformes collaboratives et messageries "made in France"
    L’archivage électronique souverain : un impératif stratégique
    Veille : en première ligne de la bataille pour la souveraineté numérique
    Start-up françaises : un levier tactique pour l’innovation et la souveraineté


    Il est rare que les questions liées à la veille s’invitent à l’Assemblée nationale. C’est pourtant ce qui s’est passé au mois de juin 2025, à l’initiative du député de Vendée Philippe Latombe (Les Démocrates) : pourquoi le Service d’information du Gouvernement (SIG) a-t-il évincé le prestataire français Visibrain au profit de la société canadienne Talkwalker pour réaliser une veille média ?

    "Alors que le gouvernement multiplie les déclarations sur son engagement en faveur de la souveraineté numérique, un tel choix expose potentiellement l’État à des risques majeurs", explique le député. Philippe Latombe évoque notamment la perte de maîtrise de l’information, la dépendance technologique et l’exposition aux réglementations extraterritoriales américaines. La décision gouvernementale est d’autant plus étrange que le SIG recourait aux prestations de Visibrain depuis 2017.

    Lire aussi : Solutions de veille : quel outil choisir en 2026 ?

    Dans sa réponse, Clara Chappaz, alors ministre en charge du Numérique, mettait en avant un impératif financier : "conformément au code de la commande publique, le marché est attribué au soumissionnaire ayant présenté l’offre économiquement la plus avantageuse". Tout en alléguant un argument juridique imparable : "la commande publique est régie par le principe de liberté d’accès, d’égalité de traitement et de transparence qui interdit l’introduction d’un critère de préférence nationale." Des contraintes qui n’ont cependant pas empêché Clara Chappaz de rappeler que "la recherche d’une souveraineté numérique accrue constitue une priorité du gouvernement". 

    Le choix du court terme et la politique du pire

    Pour l’École de guerre économique (EGE), les choix répétés de l’État favorables à des solutions extraeuropéennes posent d’importants problèmes : "le gouvernement français privilégie une fois de plus le court terme et la politique du pire. La quête incessante d’argent pour combler le déficit de l’État amène le politique à abandonner toute vision lucide des enjeux pour se rabattre sur des solutions purement budgétaires."

    Depuis sa création en 1997, l’EGE ne cesse de promouvoir une pratique offensive de la concurrence économique. Elle a surtout formé des centaines de professionnels aux enjeux de l’intelligence économique et de la veille. Pour autant, une cécité semble frapper le cœur de l’État : "les hauts fonctionnaires n’ont toujours pas compris que la maîtrise sécuritaire de nos flux de connaissances est une condition sine qua non pour assurer le développement de nos entreprises dans le monde immatériel en émergence. La question du stockage des données, c’est-à-dire du cloud, est donc pour Bercy un non-sujet stratégique."

    Lire aussi : Rechercher et traiter l’information avec les IA

    Empêcher toute prise de contrôle externe

    Les éditeurs de solutions de veille, quant à eux, mettent la question de la souveraineté numérique au coeur de leur développement. C’est par exemple le cas de KB Crawl : "dans le contexte actuel, il est désormais préférable que les éditeurs de solutions de veille stratégique, qui manipulent des flux massifs d’informations sensibles, hébergent leurs infrastructures sur le sol européen", explique le directeur des opérations, Arnaud Marquant. "Cette exigence repose sur plusieurs impératifs : garantir la conformité avec le RGPD, limiter les risques d’ingérence étrangère et assurer la résilience face aux cyberattaques." L’éditeur a par ailleurs retenu Mistral pour réduire les risques d’hallucinations.

    En devenant une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), Sindup a opté pour un statut lui garantissant une inaliénabilité du capital : "la SCIC est protégée de toute prise de contrôle externe", permettant à ses clients de bénéficier d’une garantie de long terme sur la sécurité et l’indépendance de leurs outils stratégiques. Une voie à explorer pour les éditeurs de logiciels ?

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