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L'art de concevoir des bibliothèques en 2026

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    Une architecture devenue familière à la bibliothèque Niemeyer du Havre. (Archimag)
  • Avec plus de 15 500 établissements sur le territoire français, les bibliothèques font figure de premier équipement culturel de proximité du pays. L’occasion pour les architectes de concevoir des lieux accueillants, au plus près des attentes des bibliothécaires et des usagers.

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    En 2015, le célèbre "Volcan" du Havre (Seine-Maritime), conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer (1907-2012), devenait une bibliothèque après avoir accueilli une Maison de la culture pendant plusieurs décennies. Un changement de fonction précédé d’un important chantier, mené notamment par Dominique Sogno.

    Dix ans plus tard, dans un entretien accordé à la ville du Havre, l’architecte fait un constat : "La bibliothèque Oscar Niemeyer s’est imposée comme un véritable repère social et culturel. Sa fréquentation dépasse les attentes. L’architecture, souvent perçue comme spectaculaire, a su devenir quotidienne et familière. Les courbes du béton abritent désormais des ambiances multiples : zones calmes pour la lecture, espaces de convivialité, coins pour enfants, salons dédiés à la musique ou au cinéma. C’est un lieu qui a su évoluer sans perdre sa puissance symbolique."

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    La médiathèque Marnata dans le quartier de Saint-Jean du Var, à Toulon (Var), conçue par l’agence Basalt. (Basalt Architecture)

    Quinze mille cinq cents bibliothèques sont aujourd’hui réparties sur le territoire français et font figure de premier équipement culturel de proximité du pays. Si certaines d’entre elles font la fierté des architectes et des bibliothécaires, d’autres auraient besoin d’une bonne réhabilitation. Mais en tenant compte d’une nouvelle donne : "La dématérialisation des collections a poussé les publics à venir vivre d’autres expériences dans les médiathèques", constate Sébastien Loiseau, architecte DPLG, associé et cofondateur de l’agence Basalt. "Cela a été particulièrement flagrant depuis les années 2010 jusqu’à aujourd’hui. Désormais, nous concevons la médiathèque très différemment : auparavant, on la concevait autour des livres, puis on y ajoutait le public. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse."

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    Une démarche constructive avec les bibliothécaires

    Fondée au début des années 2000, l’agence Basalt compte à son actif plusieurs dizaines de réalisations de bibliothèques et de médiathèques. En 2025, elle a célébré la livraison de son cinquantième établissement dédié aux documents. Sa vingtaine d’architectes place l’expérience des usagers au centre de ses projets : "Nous faisons une médiathèque autour du public. C’est la grande différence et la grande évolution. Nous la concevons pour les publics, en fonction de la manière dont ils souhaitent la vivre, de ce qu’ils veulent y faire, puis nous venons y intégrer le livre", reprend Sébastien Loiseau.

    Et pour comprendre les attentes du public, les architectes recueillent la parole des professionnels de la lecture publique à l’occasion de réunions de travail et d’ateliers avec les bibliothécaires. Une étape indispensable pour expliquer les contours du projet et surtout répondre à leurs attentes et à leurs besoins afin de les intégrer au mieux dans le projet final. "Nous essayons d’avoir une démarche très constructive avec les équipes, car ce sont elles qui feront vivre le lieu et qui le développeront. Il est donc essentiel qu’elles s’approprient le projet."

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    Priorité à la lumière naturelle pour la bibliothèque Alexis de Tocqueville, à Caen. (Bibliothèque Alexis de Tocqueville)

    Se sentir légitime à entrer dans une bibliothèque

    L’agence Basalt revendique également une approche plus locale, basée sur des échanges avec les bibliothécaires, bien sûr, mais aussi avec les programmistes qui interviennent avant les architectes et parfois directement avec les usagers. Objectif : créer une bibliothèque au plus près de l’image du territoire dans lequel elle s’insère. 

    C’est par exemple le cas à Ferney-Voltaire, dans l’Ain, où une ancienne ferme voltairienne a été transformée en bibliothèque. Le choix du mobilier a été fait conjointement par les architectes, la maîtrise d’ouvrage et la directrice de la médiathèque. Les personnes impliquées dans le projet se sont retrouvées sur un mobilier qui prend en compte les volumes de l’ancienne ferme et qui respecte l’ambiance typique du territoire gessien : grandes tables en chêne massif, assises de type "bancs de grange"… Tout a été fait pour que les usagers ne pénètrent pas dans une atmosphère aseptisée.

    Aux yeux de Sébastien Loiseau, les architectes ont leur mot à dire lorsqu’il s’agit de rapprocher les citoyens de leurs bibliothèques : "Quand nous concevons ces lieux, l’un des enjeux aujourd’hui est justement de faire disparaître la barrière qui existait auparavant : tout le monde doit pouvoir se sentir légitime à entrer dans une bibliothèque. Ce ne doit pas être un temple du savoir, cela ne doit exclure personne. Une fois que cette condition est remplie, nous constatons que l’émulation vient d’elle-même."

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    Cela fait maintenant près d’un quart de siècle que les collections se présentent sous forme dématérialisée. Comment donner de la visibilité à ces collections ? L’agence Basalt a fait le choix de proposer des dispositifs de type lutrins numériques : "Ce ne sont pas simplement des iPad posés sur une table, mais des dispositifs intégrés, avec de grandes surfaces tactiles qui permettent de feuilleter, de naviguer et de choisir des contenus. L’idée est de sortir du modèle des anciens "postes Opac", avec un ordinateur posé sur une table où l’on va chercher les ressources numériques". Les architectes cherchent au contraire des dispositifs plus didactiques, comme de grands "pavés" numériques permettant de fouiller dans l’offre numérique grâce à des présentations simples et intuitives.

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    La médiathèque Marnata dans le quartier de Saint-Jean du Var, à Toulon (Var), conçue par l’agence Basalt. (Basalt Architecture)

    Priorité à la lumière naturelle

    Inaugurée il y a près de quinze ans, la bibliothèque Alexis de Tocqueville, à Caen (Calvados), est devenue un site culturel incontournable de la région. Dans un entretien qu’il avait accordé à Archimag, Clément Blanchet - alors architecte associé à l’agence OMA de Rem Koolhaas - expliquait les choix qui avaient présidé à sa conception : un bâtiment ouvert sur la ville afin de ne pas l’isoler, un lieu de croisement des savoirs organisés en quatre pôles (arts, sciences humaines, littérature, sciences et techniques), avec une priorité donnée à la lumière naturelle dans les salles de lecture.

    "Nous avons également décidé de mettre en valeur la matérialité de l’objet livre et conçu des unités multimédias dédiées aux ressources numériques. La bibliothèque doit être un lieu de contact entre ces deux mondes", expliquait-il. Un pari gagnant, puisque ce projet est sorti vainqueur d’un concours qui avait reçu 176 dossiers. 

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