Documation 2026 - La veille au défi des agents IA

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    Table ronde consacrée à désinformation lors du salon iExpo (Archimag)
  • La deuxième  journée du salon Documation-iExpo a exploré les attentes et les limites des agents IA parmi les professionnels de l'information-documentation. Autre thème abordé, celui de la fiabilité de l'information alors que l'on assiste à l'industrialisation de la désinformation sous les effets de l'IA générative à bas coût.

    A l’heure de la déferlante IA, les moteurs de recherche traditionnels ont-ils encore leur place dans la trousse à outils des professionnels de l’information-documentation ? Telle est la question à laquelle était invité à répondre le panel de la table ronde lors de la deuxième journée du salon Documation-iExpo 2026. Pour Véronique Mesguich, consultante et formatrice spécialisée en veille stratégique et management de l'information, le monde de la veille est entre deux eaux : “l’on assiste à une convergence entre les moteurs de recherche traditionnels sur le web et les IA auxquelles ont peut confier une mission de veille. Mais, à ce jour, cela n’est pas pleinement satisfaisant car on reste sur le web de surface.”

    Même son de cloche pour Noureddine Lamriri (Everteam) : “des fonctionnalités supplémentaires ont progressivement enrichi les moteurs de recherche traditionnels : thésaurus, tables d’autorité, recherche à facette… Avec l’IA, on passe d’une approche déterministe à une approche probabiliste.

    Valorisation ou dépréciation du métier de veilleur ?

    Sans surprise, l’IA  agentique est en passe de détrôner l’IA générative dans les discussions des professionnels de l’information-documentation. Apparue récemment, elle est précédée d’une réputation qui génère autant d’espoirs que de craintes. Les veilleurs doivent-ils  s’inquiéter pour leur avenir ? “L’IA agentique n’efface pas l’humain” estime Romain Ponceau, Directeur général d’Opinion Act ; “les agents permettent d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin mais les veilleurs restent au cœur de nos process. Ils pourraient même revaloriser le travail des veilleurs s’ils savent s’en emparer et exploiter tout leur potentiel. Nous continuons de recruter ce genre de profil grâce à la phase de croissance que nous connaissons en ce moment.”

    Véronique Mesguich, de son côté, est plus prudente : “l’intelligence artificielle n’est pas la première transformation majeure qui impacte les professionnels de l’information. Les tâches qui leur seront confiées vont évoluer. Mais nous devons développer nos capacités de discernement. Sinon, nous nous exposons à un risque de dépréciation des métiers de l’information-documentation.”

    Face au design de persuasion

    Autre thème abordé cette année, celui de la fiabilité de l’information à l’ère de l’IA. Une préoccupation pour tous les professionnels de l’information à qui l’on demande justement de présenter des notes et des livrables exempts de toute désinformation. Plus facile à dire qu’à faire selon Enguérand Chary, ingénieur de recherche au sein de Magic LEMP : “la performance de l'œil humain pour détecter une image générée par l’IA générative s’élève à seulement 52 %. Or, aujourd’hui, il suffit de quelques secondes pour générer un avatar à partir du visage et de la voix de n’importe quel individu.” 

    La manipulation de l’information se niche également là où on l’attend le moins : notamment dans les interfaces des sites web. Karl Pineau, Directeur du Media Design lab de L'Ecole de Design Nantes-Atlantique, évoque le cas particulier du design de persuasion : “ce type de design a pour objectif d’orienter les utilisateurs vers un objectif précis. C’est le cas des célèbres bandeaux du RGPD que certains utilisent pour inciter les internautes à cliquer sur le bouton  “Accepter les cookies”. On peut d’ailleurs noter que les services d’IA (Gemini, Chat GPT, etc…) recourent à l’imaginaire de la magie pour concevoir leurs logos : baguette magique, étoiles…”

    “L’IA n’a pas créé la désinformation, elle l’a industrialisée…”

    Pour Guillaume Chillet (Agence de l'innovation de défense), une chose est sûre : “la production de contenus falsifiés mais crédibles est désormais gratuite. En revanche, vérifier l’information pour éventuellement la réfuter coûte plus cher et représente une charge cognitive beaucoup plus importante.” Une analyse qui s’appuie sur les travaux du psychologue Daniel Kahneman, selon lequel il convient de distinguer le système 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et le système 2 (plus lent, plus réfléchi et plus logique). 

    Face à constat, l’Agence de l'innovation de défense (Ministère des Armées) a d’ailleurs lancé un appel à projet baptisé “Résistance” et doté d’une enveloppe de trois millions d’euros. Objectif : accroître la résistance des citoyens face aux influences étrangères.

    De son côté, Louise Monjo, experte en intelligence économique au sein de la Commission de l'Influence et de la Lutte informationnelle de l'Institut National des Affaires, estime que “l’IA n’a pas créé la désinformation, elle l’a industrialisée. Contrer la désinformation demande en effet un effort personnel pour les individus et un effort industriel pour les Etats et les entreprises”.

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    Les podcasts d'Archimag
    Pourquoi parle-t-on autant d’éthique quand il est question d’intelligence artificielle - et de quoi parle-t-on exactement ? Pour les Podcast d'Archimag, nous avons rencontré Enrico Panai, éthicien de l’intelligence artificielle. Avec lui, on clarifie ce que recouvre vraiment le mot "éthique" - au-delà des slogans - et pourquoi l’IA rend ces questions plus visibles, plus urgentes, et parfois plus confuses. On parlera aussi de l’entreprise : ses valeurs, ses contraintes, ses arbitrages… et de la manière dont une démarche éthique, quand elle intervient dès le départ, peut devenir un outil de décision et même un moteur d’innovation.
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