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Archives LGBT : comment les Archives nationales participent-elles à leur sauvegarde ?

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    "A la suite de l'organisation d'une journée d'étude aux Archives nationales en décembre 2013, de nombreux contacts furent pris avec des propriétaires privés d'archives et des associations". (Guillaume Paumier via Visualhunt.com / CC BY)
  • La question de la sauvegarde, de la valorisation et de la communication au public du patrimoine archivistique LGBT (lesbien, gay, bi et trans) français est épineuse. Si le plus important fonds d'archives du mouvement se trouve aujourd'hui à Lyon, au sein de la bibliothèque municipale, l'ouverture d'un possible centre à Paris fait polémique depuis treize ans. Et du côté des Archives nationales, qu'en est-il ? Quels sont les efforts faits par l'institution, et avec quels partenaires, pour concourir à la sauvegarde de ce patrimoine archivistique ? Rencontre avec Patrice Triboux, conservateur du patrimoine, responsable du pôle Affaires sociales au département Éducation, Culture et Affaires sociales.

    Quelle démarche les Archives nationales ont-elles mise en oeuvre pour la préservation des archives LGBT françaises ?

    Comme vous le savez, les fonds d'archives privés relatifs au mouvement gay et lesbien français conservés par des centres d'archives publiques ou autres institutions publiques sont assez peu nombreux, voire rares. Néanmoins, depuis 2012, les Archives nationales sont parvenues à collecter un certain nombre de sources, dont certaines sont majeures, pour la connaissance et la compréhension du mouvement gai et lesbien français, dont l'histoire de la lutte contre le sida constitue l'un des éléments.

    Travaillez-vous en partenariat avec les associations ?

    En effet, à la suite de l'organisation d'une journée d'étude aux Archives nationales sur l'histoire de la lutte contre le sida et les archives d'AIDES en décembre 2013, de nombreux contacts furent pris avec des propriétaires privés d'archives et des associations, parmi lesquels   Act Up - Paris qui déposa par l'intermédiaire des Archives départementales de Seine-Saint-Denis ses archives aux Archives nationales par contrat de dépôt en date du 14 janvier 2014. Ce dépôt a été transformé en don aux Archives nationales en 2015, grâce à MM. Grenu et Zenouda. Il concerne 117 ml d'archives, des milliers d'affiches et photographies, prochainement mises à la disposition du public selon les dispositions prévues au Code du Patrimoine, et un inventaire sera publié et accessible à tous début 2016 dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales. Le traitement matériel et intellectuel de ce fonds a mobilisé ponctuellement quatre agents des Archives nationales pendant 2 années.

    Concernant, AIDES, la convention de dépôt signée en 1999, entre les Archives de France, les Archives nationales, et l'association AIDES a fait l'objet en 2013 d'une nouvelle convention de partenariat, comportant un volet valorisation. A l'heure actuelle, une dizaine de fonds d'archives de l'association AIDES ont été déposés aux Archives nationales, et peuvent être communiqués aux chercheurs sur autorisation du déposant. L'un des dépôts en date de 2013 concerne la collection complète des dossiers du conseil d'administration entre 1987 et 2011.

    Ces fonds sont-ils amenés à évoluer ?

    Plus largement, sur la collecte des archives du mouvement gai et lesbien français, et à côté des enrichissements majeurs que constituent le don des archives d'Act Up-Paris et plus récemment le dépôt des archives de l'association David & Jonathan, il fut convenu avec la direction des Archives nationales, la direction des fonds et la direction du département Education/Culture/Affaires sociales d'envisager favorablement les enrichissements lorsqu’ils sont d'intérêt national. Cette collecte, s'inscrit dans le projet scientifique, culturel et éducatif des Archives nationales au titre de la connaissance et de la sauvegarde du patrimoine archivistique des nouveaux mouvements sociaux de la France contemporaine. Théorisés par Deleuze, Guattari ou Foucault, les nouveaux mouvements sociaux trouvent une communauté d'approche dans les nouveaux moyens de résister et les "nouveaux modes d’existence" en marge de l'appareil d’État, des syndicats et partis politiques traditionnels. Ils comportent principalement, le mouvement féministe, le mouvement lesbien, gai, bi, trans et inter-sexe (LGBTI) et les mouvements écologiques. Ces archives constituent des sources essentielles pour les historiens.

    D'autres fonds sont-ils venus enrichir ce noyau ?

    L'association David & Jonathan, la plus ancienne association gai et lesbienne française, association homosexuelle et confessionnelle chrétienne, a déposé ses archives historiques aux Archives nationales en 2015. Elles sont en cours de traitement, et leur inventaire sera prochainement publié en salle des inventaires virtuelle. Le fonds constitue une source inédite de premier ordre pour la recherche sur la place des personnes homosexuelles dans l'espace des religions.

    Citons encore, le don Daniel Defert, le don du fonds Yves Roussel, constitué des archives du GAGE (Association des étudiants gais / Groupe achrien des grandes écoles), et d'archives juridiques relatives aux premiers projets d'union civile pour les personnes du même sexe, le dépôt du fonds Gérard Bach-Ignasse, source de premier plan pour l'histoire des mouvements homosexuels des années 70 et 80 (Cuarh, GLH...). Citons encore, le don du docteur Christiane Charmasson relatif aux archives de l'association PSY-VIH / Association Didiers Seux, ou le don récent de pièces relatives aux relations du groupe Arcadie avec l'Eglise de France.

    Citons enfin, le dépôt des archives de Geneviève Pastre, grammairienne, poétesse, écrivaine et militante féministe et LGBT de la seconde moitié du XXe siècle. Ce fonds tout à fait passionnant contient entre autres l’ensemble de ses carnets, ou encore les archives éditoriales de son ouvrage sur les Amazones."

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