Sans surprise, l'IA générative est devenue un outil de recherche courant pour les étudiants européens en sciences humaines. 61 % d'entre eux déclarent l'utiliser couramment, très loin devant les catalogues des bibliothèques (38 %). Pour les bibliothécaires, cette préférence pour l'IA soulève des questions auxquelles s'ajoute un autre chiffre préoccupant : la bibliothèque reste avant tout valorisée comme espace de travail calme (75 % des répondants), loin devant l'accès aux ressources numériques (48 %) ou l'emprunt de livres (39 %).
Selon une enquête menée auprès de 2 294 étudiants (bachelor, master et doctorat), ces nouvelles pratiques documentaires donnent à réfléchir sur les attentes des étudiant : "ils privilégient les contenus « rentables » plutôt que les sources fiables" explique Cécile Touitou, chargée de mission Prospective à la bibliothèque de Sciences Po ; "ils nous disent qu'ils utilisent peu les documents primaires dont la lecture peut être exigeante, longue, et ardue, et passent désormais par l'IA pour en obtenir la synthèse."
Le temps consacré à la documentation est entravé par la charge du travail universitaire
Autre enseignement, le temps dédié à la recherche d'information est compris entre 2 à 5 heures par semaine pour 41 % des étudiants. La même proportion déclare y consacrer au moins 6 heures alors que 24 % des doctorants y passent plus de 10 heures. Résultat : plus de la moitié des répondants (55 %) reconnaissent un stress généré par l'abondance de sources ou de réponses dans une recherche. D'une façon générale, le temps consacré à la lecture et à la documentation est entravé par la charge du travail universitaire pour une très large majorité des étudiants.
Quant aux livres imprimés, ils font désormais figure de curiosité quasiment exotique : 14 % des usagers déclarent les utiliser régulièrement contre 73 % qui y recourent rarement ou jamais. Les doctorants sont les plus nombreux à en lire (42 %), avec 26 % qui les utilisent régulièrement, mais 58 % déclarent ne jamais en lire.
Une IA à géométrie variable
A l'image du grand public, les étudiants utilisent l'IA générative tout en pointant ses risques et ses limites. L'intelligence artificielle est reconnue performante pour des tâches linguistiques et de compréhension (traduction pour 86 % des répondants, synthèse à 71 %, compréhension de concepts complexes à 69 %). En revanche, elle est moins convaincante pour la recherche d'articles scientifiques (38 %) et la suggestion de sources (32 %) "précisément là où les erreurs peuvent compromettre la qualité académique."
Alors que 61 % des étudiants utilisent l'IA générative, seuls 35 % la considèrent aujourd'hui comme utile et pertinente pour les études.
L'enquête « CIVICA Information Literacy Skills Barometer 2025 » a été menée en novembre 2025 par l'IFOP pour l'alliance universitaire européenne CIVICA auprès de 2 294 étudiants en sciences humaines de niveau bachelor, master et doctorat, via une interface conversationnelle sur smartphone.










