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Les groupements hospitaliers de territoire, "une vraie révolution !"

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    La France compte aujourd'hui 135 GHT (Pixabay)
  • Sommaire du dossier :

    Les Groupements hospitaliers de territoire sont un projet médical, mais concernent aussi les fonctions support. Ainsi, le système d’information est partie prenante, avec pour mot d’ordre la mutualisation. La mise en place d’un dossier patient unique en découle. Le programme est chargé.

    Il y avait eu les Communautés hospitalières de territoire, il y a désormais les Groupements hospitaliers de territoire. Malgré ce précédent, pour la Fédération hospitalière de France, les GHT constituent “une vraie révolution”. De fait, la France compte aujourd’hui 135 GHT. Ils sont de tailles variables, avec un périmètre allant de deux établissements à une vingtaine. A la tête du GHT, un “établissement support”, soit le centre hospitalier universitaire quand il y en a un sur le territoire, sinon un centre hospitalier.

    un calendrier serré

    C’est la loi de modernisation de notre système de santé, du 26 janvier 2016, qui est à l’origine des GHT. Le calendrier est serré :

    • 1er juillet 2016 : constitution des GHT ;
    • 1er janvier 2018 : mutualisation de la fonction système d’information ;
    • 1er janvier 2021 : convergence des systèmes d’informations des établissements.

    Avec les GHT, il est d’abord question de...

    ...“stratégie collective médico-soignante”, de “politique qualité partagée pour améliorer le service rendu au patient” et d’innovation. Mais, sur le plan des moyens, cela passe par la mutualisation des fonctions support : système d’information (SI), département de l'information médicale (Dim) et achats.

    Le Code de la santé publique (article L6132-3) précise les fonctions que l’établissement support remplit pour le compte des “établissements parties”. Il s’agit en particulier de “la stratégie, l'optimisation et la gestion commune d'un système d'information hospitalier convergent”. On imagine l’ampleur du travail à accomplir pour un GHT quand chaque établissement était déjà lui-même confronté à l’hétérogénéité de son SI.

    déploiement en big bang

    Pour installer une solution, c’est d’ailleurs carrément un “déploiement en big bang” qui est recommandé. Autrement dit, non un déploiement progressif, par type de service, par typologie d’utilisateurs, mais un déploiement simultané d’un produit informatique pour l’ensemble des utilisateurs. On cherche ainsi à gagner du temps, réduire la période d’instabilité, simplifier la conduite du changement, améliorer vite la productivité.

    Pas de recommandation sur le choix du logiciel. Simplement une sélection qui peut avoir pour critère la certification qualité obtenue par l’éditeur. C’est l’établissement support qui pilote la fonction achat ; cela lui donne-t-il plus de poids dans la décision ? Difficile de l’affirmer catégoriquement.

    La convergence touche bien sûr le dossier patient informatisé (DPI) dont les informations doivent pouvoir être partagées, dans le respect de la loi de 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. Il est même prévu “la mise en place d’une gestion commune des identités patients” à l’échelle du GHT.

    Conscients de l’ampleur du travail à accomplir, l’Asip Santé (Agence des systèmes d’information partagés de santé) et l’Anap (Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux) apportent leur soutien. Des centres de ressource sont mis en place.

    Enfin, l'informatisation du dossier patient est aussi l’occasion de se réinterroger sur son archivage, dans un souci à la fois de sécurité et de réduction des coûts. C’est la réglementation des archives publiques qui s’applique. Là encore, pas d’improvisation, le dossier patient devant être conservé pendant au moins vingt ans suivant la dernière venue ou le dernier séjour du patient dans l’hôpital, et avec des règles de communicabilité particulières.


    Méthode de convergences 

    Didier Alain, responsable national du projet “développement des usages du numérique en santé” Anap, décrit la façon dont les Groupements hospitaliers de territoire travaillent pour obtenir la convergence de leurs systèmes d’information.

    "Pour les Groupements hospitaliers de territoire, la convergence des système d'information repose tout d’abord sur la recherche de l’aboutissement à un SI commun, mais aussi sur le renforcement de l’interopérabilité entre les différents SI des établissements parties. Les bonnes pratiques d’urbanisation invitent à simplifier l’architecture applicative, donc à tendre vers un niveau « maximal » d’uniformisation de l’architecture applicative.

    D’autres arguments d’efficience renforcent cette pression : diminution des coûts, rationalisation des paramétrages, des formations et plus généralement de la conduite du changement, etc. Toute la question consiste bien entendu à trouver le bon dosage entre simplification et bonne réponse au besoin métier…

    Le dossier patient informatisé (DPI) fournit l’exemple le plus complexe, mais aussi le plus illustratif du sujet : de toute évidence, les besoins de partage et le nombre d’informations communes excluent le scénario de multiples DPI entre les différents établissements, activités ou spécialités médicales. 

    L’interopérabilité est bien trop lointaine, voire illusoire pour permettre un interfaçage réaliste de tant de DPI. Le schéma d’un dossier patient informatisé commun, donc unique semble donc incontournable."

    questions d’utilité et de compromis

    “Mais cette pression vers l’uniformisation doit être contrebalancée par deux paramètres :

    • dans la masse d’informations nécessaires pour exercer une spécialité médicale, seule une petite partie a vocation à être partagée. Mettre toutes ces informations et surtout tous les traitements effectués sur ces informations dans un dossier commun n’a aucune utilité ;
    • en l’état actuel de l’offre, peu d’éditeurs, voire aucun, ne sait fournir un DPI totalement satisfaisant pour tous les types d’activité hospitalières : court séjour, psychiatrie, long séjour, hospitalisation à domicile (HAD), soins de suite et réadaptation. Mettre le même DPI pour toutes les spécialités oblige donc à des compromis qui peuvent se trouver au niveau des GHT.

    “La bonne méthode pour faire converger le SI en trouvant le meilleur mix d’uniformisation - à privilégier - et d’interopérabilité - à consentir - est l’urbanisation : alignement avec le métier, conception des architectures cibles et évolutions successives de l’architecture applicative vers l’architecture cible. Le problème du DPI étant le plus aigu, ceux qui sauront le dépasser avec succès n’auront aucun problème avec les autres pans de leur SI."

    des DSI très mobilisés

    “L’on doit enfin souligner que les DSI de GHT ont une conscience aigüe de l’absence quasi totale d’urbanisation de leurs SI actuels.

    Par exemple, mettre en place un identifiant commun les oblige à remplacer quasiment toutes les applications de facturation car ce sont elles qui intègrent « en dur » la gestion de l’identité des patients, pour des raisons historiques, mais en dépit de toute cohérence en termes d’architecture ! Les DSI sont actuellement très mobilisés pour urbaniser réellement leur futur SI !”

    Propos recueillis par MR

     

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    Jusqu’où la fièvre des données de santé va-t-elle monter ? Les géants du net et de l’intelligence artificielle manifestent une véritable boulimie à leur égard, tandis que de plus en plus de particuliers en recueillent et en diffusent quotidiennement. Mais avec quelle protection ? Il convient de s’interroger sur le statut des données de santé. En France, le Système national des données de santé offre un cadre et l’hébergement des données de santé est régulé. Du côté des établissements, les Groupements hospitaliers de territoire sont en mouvement. La mutualisation de leurs systèmes d’information touche bien sûr les données des patients. Pas question qu’il y ait une hémorragie.
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