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D’ici quelques mois, c’est dans un bâtiment flambant neuf que les Archives nationales de Luxembourg trouveront refuge. Situé à Belval, à quelques encablures de la frontière avec la France et à proximité de l’Université du Luxembourg et de la Cité des sciences, le nouveau bâtiment accueillera les usagers dans des locaux pensés pour assurer la conservation du patrimoine archivistique du Grand-Duché, mais aussi pour permettre aux archivistes de travailler dans les meilleures conditions possibles. "Ce projet a pu aboutir grâce à la loi de 2018 sur les archives, qui a joué un rôle d’accélérateur", explique Josée Kirps, directrice des Archives nationales de Luxembourg. "La construction d’un nouveau bâtiment avait en effet été évoquée dès 2003, mais elle avait été ajournée à plusieurs reprises, soit pour des raisons budgétaires, soit à l’occasion des changements de gouvernement."
Conçu par l’agence Paul Bretz Architectes, le bâtiment offrira une capacité de stockage de 105 kilomètres linéaires, répartis dans 56 magasins d’archives d’environ 220 m² chacun. Un dimensionnement qui sera en mesure d’accueillir les 45 kilomètres d’archives physiques actuellement dispersées sur quatre sites. "Le nouveau bâtiment permettra donc de doubler la capacité, couvrant les besoins pour les 25 à 30 prochaines années, avec une possibilité d’extension", précise Gilles Regener, directeur adjoint des Archives nationales du Luxembourg et maître d’œuvre du déménagement lancé en avril dernier.
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Rayonnages fixes et mobiles
L’aménagement des magasins varie selon les besoins. Certains sont équipés de rayonnages fixes, d’autres de rayonnages mobiles, avec différentes profondeurs (30 ou 45 cm). Un magasin offrant des conditions de température plus basses est spécialement dédié aux microfilms. Quatre autres dépôts sont consacrés aux cartes et plans, avec des équipements adaptés aux grands formats, notamment des armoires à plans et des rayonnages pouvant atteindre 1,20 m de profondeur.
À l’heure où le volume d’archives physiques décroît d’année en année, de nombreux documents restent encore conservés dans les ministères, administrations et institutions du Luxembourg. À cette production d’État, il convient d’ajouter des archives d’entreprises, qui sont déposées aux Archives nationales. C’est notamment le cas du fonds du groupe sidérurgique Arbed, aujourd’hui ArcelorMittal. À lui seul, ce dépôt représente environ quatre kilomètres linéaires.
S’adapter à une montée en charge
Au-delà des espaces de stockage, le nouvel équipement aura également un impact sur les missions des archivistes : "Les conditions de travail n’étaient plus adaptées à nos besoins, car nous manquions d’espace", poursuit Gilles Regener. "Des solutions provisoires avaient été mises en place successivement, mais l’objectif est désormais clair : regrouper sur un seul site l’ensemble des fonds et disposer d’espaces adaptés ainsi que de conditions de travail modernes."
Prévu pour accueillir environ soixante-quinze agents, le bâtiment a été conçu pour s’adapter à une montée en charge et sera en mesure d’accueillir jusqu’à cent personnes grâce à des réaménagements ou à l’ajout de postes dans les bureaux. Les archivistes auront notamment à leur disposition des salles de tri et de travail entièrement dédiées au traitement des archives.
Situé à une vingtaine de kilomètres du centre-ville de Luxembourg, le nouveau site présente un avantage non négligeable : il se trouve dans un environnement universitaire, proche des principaux usagers que sont les chercheurs, historiens et universitaires. Les usagers pourront profiter de nouveaux espaces, comme des cabines de recherche individuelles pour les documents sensibles, ainsi que de salles pour les travaux en groupe. Les flux (documents, personnel, public) ont été soigneusement séparés pour garantir un fonctionnement optimal.

La salle de dépôt des Archives nationales du Luxembourg. (ANLux)
Une méthodologie éprouvée
En cet été 2026, les ANLux sont concentrées sur le déménagement de leurs fonds. Au mois de mai dernier, ce sont les services administratifs qui ont été les premiers à prendre possession de leurs bureaux. Depuis, le mois de juin, un ballet de camions transporte des milliers de cartons vers le nouveau site. "Le transfert s’effectue site par site, puis fonds par fonds, selon une méthodologie éprouvée", indique Gilles Regener. "Chaque unité a été identifiée, contrôlée pièce par pièce, et dotée d’un code-barres permettant un suivi précis. Cela garantit la traçabilité complète des documents à chaque étape".
À l’échelle du pays, ce déménagement représente un défi majeur, non seulement en raison du volume (45 km linéaires), mais aussi de la diversité des formats et de la fragilité des documents. On y trouve en effet des chartes, des sceaux, des dossiers administratifs, des plans de grand format… Les plus anciennes pièces remontent au Moyen Âge et sont constituées d’archives seigneuriales ainsi que des fonds administratifs couvrant les différentes périodes historiques du Luxembourg : régime français, régime néerlandais, régime belge, puis, à partir de 1880, les fonds contemporains des ministères et administrations.
"Une planification détaillée est donc essentielle, notamment pour déterminer les équipements de transport adaptés à chaque type de document", explique-t-on à Luxembourg. Le recours à un prestataire spécialisé a été nécessaire et un cahier des charges précis a été établi afin de préciser les exigences relatives au transfert des fonds. Au début du mois de juin 2026, la durée totale du déménagement était estimée à 175 jours, avec une finalisation prévue début 2027.
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Un bâtiment à énergie positive
Plus de vingt ans se seront donc écoulés entre le projet de construction, annoncé en 2003, et l’ouverture au public, prévue pour le mois d’octobre 2027. Bonne nouvelle, une salle de lecture sera ouverte dès juin 2027 pour limiter l’impact sur les usagers. Une partie des fonds restera indisponible à la consultation pour des périodes limitées afin de garantir la continuité du service.
Pour le Grand-Duché, il s’agit d’un investissement qui aura finalement eu raison des compressions budgétaires. L’État a en effet consenti un budget d’environ 80 millions d’euros. Aux yeux de Josée Kirps, ce site présente un autre atout : il s’agit d’un bâtiment à énergie positive, produisant plus d’électricité qu’il n’en consomme pour son fonctionnement. "Conçu avec des matériaux durables, notamment une structure en bois pour les espaces administratifs, il affiche une performance énergétique remarquable", conclut-elle. "Il s’agit d’un aspect majeur de ce projet, qui s’inscrit dans une dynamique globale de durabilité, désormais incontournable pour les institutions culturelles."










