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Informations toxiques : comment l’IA industrialise la désinformation

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    Nicolas Curien, membre fondateur de l’Académie des technologies et Thierry Weill, coanimateur du groupe “lutte contre les informations toxiques” de l’Académie des technologies. (DR)
  • Deep fakes, microciblage et diffusion automatisée : Nicolas Curien et Thierry Weil -  co-rédacteurs du rapport "La lutte contre les informations toxiques à l’ère numérique", publié par l'Académie des technologies en juin 2026 - analysent le rôle de l’IA dans la production d’informations toxiques et présentent leurs pistes pour y répondre.
    Couverture du magazine Archimag n°398
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    Qu'est-ce qu'une information toxique ?

    Nous qualifions d’information toxique tout contenu qui dégrade la capacité de son destinataire à comprendre son environnement et à agir dans son intérêt ou dans l’intérêt général. Ce contenu trompeur (qu’il s’agisse d’une information fausse, d’une conjecture ou d’une opinion présentée comme une vérité établie, d’une information tronquée ou sortie de son contexte) peut être diffusé avec ou sans intention de nuire ou de manipuler. Il est nocif, car il pourra convaincre qu’il ne sert à rien d’aller voter ou de se faire vacciner, ou que discuter avec des gens d’opinions différentes est inutile ou dangereux.

    De quelle façon l'IA renforce-t-elle la production d'informations toxiques ?

    L’IA permet de produire des deep fakes, notamment de fausses vidéos très crédibles, mais aussi de "profiler" les internautes grâce aux traces laissées sur internet, de "micro-cibler" les messages en fonction des goûts et des opinions de chacun, de relayer massivement l’information à travers des comptes virtuels coordonnés. Tout cela pour un coût très abordable qui permet une industrialisation du faux.

    Quelles pistes d'action préconisez-vous ?

    Les réseaux sociaux, comme X, Meta ou TikTok, peuvent certes détecter les fake news ou réagir rapidement pour les rendre moins visibles. Mais ce n’est pas leur intérêt économique, car les infox attirent beaucoup l’attention, et donc engrangent des revenus publicitaires. C’est pourquoi il faut pénaliser financièrement la négligence des plateformes en coupant ou taxant la manne publicitaire du "fake".

    Dans la mesure où nous n’endiguerons que partiellement le flux d’infox et où vouloir le tarir menacerait par ailleurs la liberté d’expression, il faut armer le "consommateur" en lui permettant de développer son esprit critique, de comprendre ses biais cognitifs, de savoir doser la confiance qu’il accorde à différentes sources d’information. Enfin, il faut garantir le pluralisme sur tous les médias, traditionnels et en ligne, et donner accès à des ressources permettant de mieux comprendre notre environnement, notamment en promouvant une culture du débat et du raisonnement scientifique.

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