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Archives : pourquoi et comment valoriser son patrimoine ?

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    "Les voies de valorisation dépendent avant tout de l’attitude adoptée par les entreprises vis-à-vis de leur passé", affirme Jean-Louis Moreau. (Fotolia)
  • archives-barros-archimagSommaire du dossier :

    Nombre d’entreprises ont dans leurs armoires et leurs serveurs un véritable trésor : leurs archives. Prenant conscience de leur potentiel, des projets de valorisation se montent. Audit, sélection, traitement : tout une méthodologie est à suivre. Elle est décrite par un expert. Ensuite, place à la valorisation elle-même qui peut prendre de multiples formes, entre opérations de communication interne ou externe, de marketing, manifestations culturelles diverses... A découvrir au travers de retours d’expérience.

    Entretien avec Jean-Louis Moreau, archiviste-historien indépendant en Belgique et collaborateur de l'Association de valorisation des archives d'entreprises (AVAE).

    Jean-Louis-MoreauQu’est-ce qui pousse une entreprise à valoriser ses archives ? 

    Une expérience trentenaire dans ce « métier » nous enseigne que le déclic est souvent un événement ponctuel : fusion, changement dans la direction de l’entreprise, déménagement, anniversaire… Tout d’un coup, le temps n’est plus un continuum. Cette rupture déclenche soit un phénomène de curiosité intellectuelle (quelles sont les étapes franchies par l’entreprise avant cet événement), soit un réflexe conservatoire (la fusion, le déménagement ou le changement d’actionnaire constitue une menace pour la mémoire de l’entreprise et pour la préserver, il faut s’occuper des archives). Il y a tout d’un coup urgence !

    Comment valoriser ces archives ? 

    Impossible de valoriser efficacement un patrimoine que l’on ne connaît pas ! La première étape, ingrate sur le court terme mais indispensable, consiste donc à se doter d’outils qui permettront de maîtriser aussi précisément que possible le contenu des archives. L’AVAE a très souvent pu jouer sur les deux tableaux : pour de nombreuses entreprises, nous nous sommes occupés successivement du classement des archives historiques puis de leur valorisation.

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    C’est inventaire à la main et nantis d’une connaissance pratique des archives que nous nous attaquons à des projets de valorisation ! Du point de vue de la connaissance d’un fonds, rien ne remplace la manipulation des documents.

    Faut-il adapter cette valorisation selon l'activité de l'entreprise (industrie, services...) ? 

    Les types d’archives rencontrées varient en fonction du secteur : les entreprises de services et de biens de consommation génèrent davantage de publicités, les bureaux d’études produisent des plans en quantité et les entreprises de l’industrie lourde des études sur la qualité des matériaux. Mais les voies de la valorisation dépendent avant tout de l’attitude adoptée par les entreprises vis-à-vis de leur passé. Pour certaines, celui-ci est un gage de solidité, d’expérience… Des notions positives qu’elles projettent vers l’extérieur. D’autres entreprises font de leur histoire un ciment à usage avant tout interne. Certaines entreprises enfin s’en désintéressent, sous le motif par exemple que le métier qu’elles exercent aujourd’hui n’est pas celui qu’elles exerçaient hier. D’autres firmes sont devenues les succursales belges de groupes internationaux et il leur est devenu plus difficile de parler de leur passé : c’est la maison mère qui désormais écrit l’histoire !

    Quelles formes cette valorisation peut-elle prendre ? 

    Il faut reconnaître cette originalité à l’AVAE que, dès sa naissance en 1985, elle a proposé aux entreprises les modes de valorisation les plus divers : réalisation d’expositions, rédaction de livres et brochures, alimentation de sites internet, apports historiques dans les rapports annuels, insertion d’articles dans des journaux d’entreprise… Mais nous ne sommes pas au service de la « com » des entreprises ! Quel que soit le support concerné, nous tenons à exécuter un travail sérieux, fondé sur les travaux scientifiques et sur les archives – nous sommes historiens de formation. Il nous est arrivé de refuser de signer un travail quand on cherchait à le dévoyer et à rendre le passé trop lisse.

    D’ailleurs, nos interventions ne se limitent pas au secteur de la communication : nous travaillons aussi sur des projets qui ne sont pas destinés à publication. Quelques exemples. Dès 1989, un groupe belge important nous a demandé des notes historiques sur son expansion dans l’Est européen ; ceci, dans la perspective d’un nouvel essor sur ces marchés, après la chute du rideau de fer. Plus tard, dans le cadre des travaux d’une Commission parlementaire qui enquêtait sur la spoliation dont les Juifs avaient été victimes pendant la Seconde Guerre mondiale, une compagnie d’assurances nous a demandé d’indaguer [enquêter] sur d’éventuels biens en déshérence. Plus récemment encore, nous sommes intervenus pour faciliter les travaux d’une autre Commission parlementaire qui enquêtait sur les responsabilités dans l’assassinat du Premier ministre congolais Patrice Lumumba en 1961. 

    Les archivistes doivent-ils rester entre eux pour valoriser le patrimoine documentaire de l'entreprise ? 

    Pas du tout ! Dans notre esprit, la plus belle valorisation des archives, c’est leur ouverture au public. Pour cela, nous collaborons étroitement, depuis toujours, avec les Archives de l’État en Belgique. Quand une entreprise désire se défaire de ses archives historiques, nous nous efforçons de négocier leur versement aux Archives générales du Royaume, à Bruxelles, siège principal des Archives de l’État. Le site JosephCuvelier (du nom d’un ancien archiviste général), conserve plusieurs kilomètres d’archives d’entreprises inventoriées par nos soins et dont nous avons obtenu le don aux Archives de l’État. Il y a là des archives d’entreprises coloniales, cimentières, bancaires, mais aussi l’essentiel des archives du secteur électrique belge, les archives de la Fédération patronale interprofessionnelle, celle de la bourse de Bruxelles, etc. Une bonne partie des inventaires réalisés ont déjà été publiés, d’autres sont en voie de finalisation.

    J’ajoute que, même lorsqu’une entreprise désire conserver ses archives, nous plaidons pour leur ouverture au public. C’est ainsi que nous avons passé une convention avec la banque BNP Paribas Fortis en vertu de laquelle nous avons organisé pour elle un Centre d’archives (le BNP Paribas Fortis Historical Centre) accessible au public, centre dont l’AVAE assure la gestion depuis 2008.  

    Peut-on évaluer le coût d'un tel chantier ? 

    Chaque projet est évalué en fonction de sa complexité, de l’intérêt des archives, de leur l’importance matérielle… L’évaluation des coûts est un art difficile où l’expérience joue beaucoup. Il faut néanmoins arriver à maîtriser sa passion pour le métier : certaines archives sont d’une telle richesse qu’on serait prêt à beaucoup sacrifier pour les traiter ou les valoriser ! 

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